Pia Petersen Le site officielSite de Pia Petersen

Logo de Facebook Logo de Twitter Logo de Linkedin Logo de Google+

PDF 

Drapeau américain Drapeau confédéré

The appropriation of cultures (De l’appropriation des cultures) de Percival Everett a été mis à disposition sur le site de son éditeur américain Graywolf Press après la tuerie de Charleston en Caroline du Sud en 2016.
Comme beaucoup d’amis et de lecteurs m’ont fait part de leur désir de la lire et que c’est une nouvelle magnifique, je l’ai traduite. Ceci est bien entendu une traduction libre.

 

The despicable news coming out of Charleston, South Carolina brought to mind Percival Everett's short story "The Appropriation of Cultures," which all of us at Graywolf felt we should share.

 

De l’appropriation des cultures
de Percival Everett

 

    Daniel Barkley avait de l’argent que sa mère lui avait laissé. Il avait une maison que sa mère lui avait laissée. Il avait un diplôme en Études Américaines de Brown University qu’il avait d’une certaine manière mérité mais qui ne lui avait jamais rien apporté. Il jouait sur une guitare Martin 1940 doté d’un micro Barkus-Berry et il conduisait une Jensen Interceptor 1976 achetée après le décès de sa tante qui lui avait laissé de l’argent parce qu’elle n’avait pas d’enfant. Daniel Barkley ne travaillait pas et ne prétendait pas en avoir besoin et il passait la plupart de son temps à lire. Certains soirs il se rendait dans un club près du campus de l’université de South Carolina et jouait du jazz avec quelques vieux amateurs qui travaillaient tous très dur la journée mais qui ne lui tenaient pas rigueur de sa condition.

    Daniel jouait des standards avec les anciens mais ce qu’il aimait surtout jouer, c’était des bons vieux morceaux slidés. Un soir, quelques garçons blancs qui appartenaient à une confrérie étudiante, crièrent en direction de la scène à l’homme noir qui tenait la guitare acoustique, ils gueulaient Joue ‘Dixie’ pour nous! Joue ‘Dixie’ pour nous!

    Daniel les regarda longuement, étudia leurs grimaces qui s’ouvraient sur de grandes dents et leurs yeux luisants de bière plantés dans des visages pâles et bouffis, planant au-dessus des chemises de golf et des chinos. Son regard passa d’eux aux expressions embarrassées des vieux amis avec qui il jouait puis aux visages gênés des autres étudiants présents dans le club.

    Et alors il commença à jouer. Lentement et à tâtons, il chercha les accords de la chanson une première fois en écoutant le silence de mort qui était tombé sur la salle. Il utilisa le slide afin d’extraire la mélodie de la chanson qu’il avait haï depuis petit, la chanson que les blancs ressortaient encore et encore pour se rappeler à eux-mêmes et aussi aux autres exactement où ils étaient… Daniel chantait la chanson. Il la chantait lentement. Il la chantait, se laissant pénétrer par les paroles, décidant que les paroles étaient les siennes, décidant que la chanson était la sienne. Old times there are not forgotten… Il chantait la chanson et écoutait le silence autour de lui. Il résista à l’envie de laisser la satire passer par sa voix. Il pensait ce qu’il chantait. Look away, look away, look away, Dixieland.

    Quand il eut fini, il leva les yeux et vit tous les regards braqués sur lui. Une personne applaudit. Puis une autre. Et aussitôt les applaudissements et les sifflements envahirent la taverne. Il découvrit et observa les garçons de la confrérie dans le fond de la salle qui décampaient à toute vitesse sous les moqueries des gens près de la porte.

    Le vieux Roger qui jouait du sax ténor tapa Daniel dans le dos et dit quelque chose comme Parfait ou Cool. Roger joua alors les premières notes de Take the A train et c’était reparti.
Le morceau terminé, les gosses du collège tapèrent eux aussi Daniel dans le dos avec approbation quand il se dirigea vers le bar où une bière l’attendait.

    Daniel n’appréciait pas vraiment ces tapes sur le dos mais il ne s’arrêta pas là-dessus. Il tentait plutôt de démêler ses sentiments au sujet de ce qu'il venait de jouer. L’ironie de lui jouant la chanson sans hésitation et du fond du coeur était davantage ironique du fait que pendant qu’il la jouait, c’était venu droit et du fond du coeur, comme s’il se réclamait de la terre du Sud, ou du moins qu’il y reconnaissait son sang.

    Sa terre à lui était la terre du coton et bordel, non, ce n’était pas oublié. A vingt-trois ans, sa colère était toujours aussi forte et typique et il s’accommodait de ça, la manière dont ça pouvait être oublié pendant un temps très long, jusqu’à ce que quelque chose comme ce soir avec les garçons blancs de la confrérie ou une lumière bleue dans un rétroviseur ramène tout à la surface. Il aimait la chanson, voulait la jouer à nouveau, savait qu’il le ferait.

    Il quitta le bar sur Green Street pour rentrer et une fois à la maison il prépara du thé puis assis dans le grand fauteuil en cuir qui avait appartenu à son père, il étudia la charge de Pickett à Gettysburg. Il s’endormit et fit un rêve et dans son rêve, sur la route d’Emmitsburg, il arrêtait les hommes de Pickett qui s’acheminaient vers la bataille et leur disait Rendez-moi mon drapeau.

    Sarah, l’amie de Daniel, était une femme très grande avec une très grande coiffure afro. Ils buvaient du thé sur la véranda de la maison de Daniel. Cet après-midi de fin d’automne était doux et légèrement couvert. Daniel était assis dans le fauteuil à bascule en osier pendant que Sarah, sur la balancelle, repliait ses jambes sous elle.
    Si seulement je l’avais entendu, dit Sarah.
Ouais, moi aussi.
    Personnellement, je déteste ce bar. Tout cet alcool. Ces petits blancs aiment boire. Sarah étudiait ses ongles.
    Peut-être mais l’endroit est inoffensif. Ils avaient l’air d’aimer la musique.
    Tu crois que je dois faire mes ongles? Daniel fronça les sourcils en l’observant. Si tu veux.
    Je veux dire les peindre vraiment. Tu sais, en noir, ou avec des rayures rouges, blanches et bleues. Quelque chose comme ça. Elle tendit sa main, comme si elle imaginait les couleurs.
    Je devrais les faire pousser.
    De quoi est-ce que tu parles?
    Rien. Que des bêtises.

    Daniel et Sarah se rendirent au magasin afin d’acheter de quoi déjeuner, ainsi que le dîner de Daniel. Daniel poussait le caddie à travers le supermarché Piggly Wiggly pendant que Sarah marchait devant lui. Il observait ses mouvements amples et sa démarche assurée. A la caisse, il ajouta à ses affaires sur le tapis un bulletin local rempli d’images de véhicules à vendre.
    C’est pour quoi, tout ça? demanda Sarah.
    Je crois que je veux acheter un pick-up.
    Acheter un pick-up?
    Pour que je puisse te conduire pendant que tu peins tes ongles.

    Plus tard, après déjeuner et après que Sarah l’eut laissé seul, Daniel, assis dans son salon, ramassa le magazine de vente de voitures. Comme il le pensait, il y avait plusieurs bons pick-up et un en particulier, un Ford 1968 trois quarts de tonne qui avait une seule chose en commun avec les autres véhicules, un autocollant du drapeau Confédéré sur l’ensemble de la lunette arrière. Il appela le numéro le lendemain et arrangea un rendez-vous avec Barb, la femme de Travis, pour voir le pick-up.

De l'appropriation des cultures lu par Ruben Santiago Hudson

                                                      
Watch The Appropriation of Cultures ~ Percival Everett in Entertainment | View More Free Videos Online at Veoh.com

    Travis et Barb vivaient de l’autre côté de la rivière, dans une ville du nom d’Irmo, un nom que Daniel avait toujours pensé convenir à une maladie de bovin. Il tourna dans un labyrinthe de pavillons jusqu’à ce qu’il trouve la rue et le bon numéro. Une femme en robe de chambre de l’autre côté de la rue le surveillait de sa terrasse, en sécurité derrière la clôture de grillage qui entourait son jardin. Plus loin dans la rue, un homme et un adolescent, couverts de cambouis et apparemment engagés dans un travail sur un Dodge Charger en pièces détachées, essuyèrent machinalement leurs mains et le dévisagèrent.
    Daniel traversa la cour en zigzagant pour éviter les jouets en plastique qui jonchaient le sol et frappa à la porte. Travis ouvrit la porte et demanda d’une voix revêche, Qu’est-ce que c’est?
    J’ai appelé pour le pick-up, dit Daniel.
    … c’est toi… Dan?

    Daniel hocha la tête.
    Le pick-up est dans l’arrière-cour. Laisse-moi prendre les clés. Il essaya de fermer la porte mais elle resta entrouverte. Daniel ne distinguait pas les mots de l’échange entre Travis et Barb mais il en comprit la nature. Il entendit néanmoins Barb dire, quand Travis tira sur la porte pour l’ouvrir, Je ne pouvais pas savoir par téléphone.

    Je les ai, dit Travis. Viens avec moi. Il regarda la Jensen de Daniel en traversant la cour. C’est quoi comme voiture?
    C’est une Jensen.
    Elle est belle. Elle est rapide?
    On peut dire ça.

    Le pick-up avait l’air un peu déglingué, bleu ciel avec un capot blanchi et une fissure traversant le haut du pare-brise. Travis ouvrit la portière du conducteur et introduisit la clé dans le contact. C’est de la mécanique solide, il dit. Daniel posa sa main sur le capot décoloré et sentit la chaleur et sut que Travis avait déjà fait chauffer le moteur. Travis tourna la clé, le moteur eut des ratés mais il démarra. Il fit un signe de tête à Daniel et Daniel fit un signe de tête à son tour. Il leva les yeux et vit une blonde les observer de derrière la porte grillagée du porche arrière.
    L’embrayage et l’alternateur sont neufs, de cette année. Travis recula de quelques pas, jusqu’aux ridelles du plateau du pick-up et regarda à l’intérieur. C’est un peu rouillé ici mais le bas est assez solide.
    Daniel se concentrait sur le bruit du moteur. Il saute un peu, il dit.
    Un réglage le corrigera.
    Daniel regarda l’autocollant du drapeau sudiste couvrant la lunette arrière de la cabine, le toucha de son doigt.
    La chose se détachera rapidement.
    Non, je l’aime bien. Daniel s’assit dans le pick-up derrière le volant. Ça te dérange si je fais un tour?
    Non, bien sûr que non. Travis regarda vers la maison puis regarda Daniel. Les freins sont bons mais tu dois appuyer.
    Daniel hocha la tête.

    Travis ferma la portière, ses longs doigts noués sur le bord de la vitre à demi-baissée. Daniel remarqua qu’un des ongles de l’homme était noirci.
    Je le conduis autour d’un bloc ou deux.
    La blonde était maintenant debout devant la porte sur les marches en béton. Daniel engagea une vitesse et quitta la cour, passa devant sa propre voiture et descendit la rue où l’homme et l’adolescent travaillaient toujours sur le Dodge. Ils le dévisagèrent et quand il tourna à droite au coin, ils le suivaient toujours des yeux. Le pick-up se manœuvrait correctement mais ce n’était pas vraiment important.

    De retour à la maison de Travis, Daniel laissa les clés sur le contact et examina les pneus usés pendant que Travis l’observait.
    L’annonce du magazine disait deux mille.
    Ouais mais je suis prêt à négocier.
    Tu sais quoi, je te donne 2200 si tu me le livres à la maison.
    Perdu, Travis se gratta la tête et chercha des yeux sa femme qui n’était plus là. Tu habites où?
    J’habite près de l’université. Vers Five Points.
    Deux-mille deux cents? répéta Travis plus pour lui-même que pour Daniel. Bien sûr que je peux le livrer chez toi.
    Voici déjà deux cents. Daniel compta l’argent et le tendit à l’homme. Je te donnerai le reste demain en liquide quand tu livreras le pick-up. Il observa Travis palper les billets de ses doigts maigres. Peux-tu me l’amener pour 16h?
    Je peux faire ça.

    Mais pourquoi diable as-tu besoin d’un pick-up? demanda Sarah. Elle alla au comptoir et se servit un autre café et s’assit à table avec Daniel.
    Je n’achète pas le pick-up. Bon, c’est vrai que j’achète un pick-up mais c’est uniquement parce qu’il a un autocollant et j’en ai besoin. J’achète l’autocollant.
    L’autocollant?
    Oui. Il a un drapeau confédéré sur la lunette arrière.
    Quoi?
    J’ai décidé que le drapeau confédéré est mon drapeau. Mon sang est un sang sudiste, pas vrai? Bon, alors c’est mon drapeau.
    Sarah posa sa tasse et sa soucoupe et prit un gâteau du plat qui se trouvait au milieu de la table. Tu déconnes complètement. J’en étais sûre. C’est parce que tu ne travailles pas. On a besoin de travailler.
    Je n’ai pas besoin d’argent.
    Il ne s’agit pas de ça. Ce n’est pas pour l’argent que tu as besoin de travailler. Elle se leva et alla jusqu’à la bordure de la véranda et observa la rue.
    J’ai mes livres et ma musique.
    Tu as besoin d’un travail pour que tu saches être avec des gens qui ne t’intéressent pas, pour que tu saches faire des choses qui ne t’intéressent pas. Tu as besoin d’un travail pour occuper cette partie-là de ton cerveau. De toute façon, c’est trop tard maintenant, je pense.

    Peu importe, dit Daniel. Tu aurais dû voir ces pèquenauds quand je leur ai pris ‘Dixie’. Ils ne savaient pas quoi faire. C’est comme ce foutu drapeau qui flotte au-dessus du Capitole de l’État. Ne le descend pas, prend-le, c’est tout, voilà ce que je dis.
    C’est tout ce que t’as besoin de faire? Rien d’autre?
    Ouais. Daniel se laisse aller en arrière dans son fauteuil à bascule. Observe bien le vieux Travis quand il arrivera.

    Travis arriva avec le pick-up un peu avant 16h, sa femme le suivant dans une TransAm jaune. Barb, après s’être extrait de la voiture, monta à la véranda avec Travis. Elle regarda attentivement la maison.
    Salut Travis, fit Daniel. Je te présente mon amie Sarah.
    Travis hocha la tête en guise de bonjour.
    Tu dois être Barb, dit Daniel.
    Barb sourit mollement.
    Le regard de Travis alla de Sarah au pick-up puis à Daniel. T’es sûr que tu ne veux pas que j’enlève ce truc sur la lunette arrière?
    Sûr et certain.
    D’accord.

    Daniel jeta un coup d’oeil à Sarah, pour être sûr qu’elle ne ratait pas les expressions de Travis. Voici le reste du paiement, il dit, tendant l’argent. Il prit les clés du pick-up des doigts maigres.
    Barb soupira et demanda, comme si la question lui brûlait les lèvres, Pourquoi veux-tu garder ce drapeau sur le pick-up?
    Pourquoi ne le voudrais-je pas? demanda Daniel.
    Barb ne sut pas quoi dire. Elle regarda ses pieds quelques instants puis regarda la maison à nouveau. Je veux dire, tu vis dans une jolie maison et conduit une voiture de sport. Pourquoi as-tu besoin d’un pick-up comme ça?
    Tu ne veux pas l’argent?
    Bien sûr que nous voulons l’argent, intervint Travis, essayant de faire taire Barb des yeux.

    J’ai besoin du camion pour transporter des choses, fit Daniel. Tu sais, des courses et… Il regarda Sarah pour de l’aide.
    Des livres, dit Sarah.
    Des livres. Des choses comme ça.
    Daniel fixa Barb dans les yeux jusqu’à ce qu’elle les détourne. Il observa Travis apposer son nom sur la carte grise puis Travis lui tendit la carte et quand Daniel la prit, il dit, J’ai vraiment eu de la chance de trouver un pick-up avec le drapeau du Black Power déjà dessus.
     Quoi? Travis plissa les yeux, faisant des efforts pour comprendre.
    Le drapeau du Black Power sur la vitre arrière. Tu veux dire que tu ne savais pas? Vraiment?
    Travis et Barb se regardèrent.
    Bon, ce n’est pas grave, dit Daniel. Je suis content que nous ayons pu conclure l’affaire. Il se tourna vers Sarah. Je t’amène faire un tour dans mon nouveau pick-up. Sarah et lui traversèrent la cour, montèrent dans le véhicule et firent un signe de la main à Travis et Barb, qui étaient toujours debout au milieu de la cour.

    Dès que Travis et Barb furent hors de vue, Sarah donna libre cours à son excitation et rit aux larmes. C’était magnifique, elle s’exclama.
    Non, dit doucement Daniel. C’était vrai.

    Pendant les semaines suivantes, l’apparition de Daniel et de son pick-up s’avérèrent être un problème. Sur le parking d’un 7-Eleven sur Two Notch Road, il fut abordé par deux blancs baraqués dans une ’72 Monte Carlo’.

    Boy, qu’est-ce que tu fais avec ça sur ton pick-up ? dit le plus grand des deux.
    Je l’arbore avec fierté, répondit Daniel, remarquant la plaque d’immatriculation sudiste de la Chevrolet. Exactement comme vous, frères. Ne croyant pas ses oreilles, le deuxième homme fit un pas s’approchant de Daniel. Comment tu nous as appelés?
    Frères.

    Le deuxième homme poussa Daniel à la poitrine de ses deux poings, mais pas trop durement.
    Je ne veux pas de problème, leur dit Daniel.

    À ce moment, une Volkswagen avec quatre adolescents noirs se gara sur l’emplacement à côté du pick-up de Daniel et ils bondirent de la voiture, les fixant avec des regards sérieux. Que se passe-t-il? demanda le conducteur qui était aussi le plus costaud des adolescents.
    Ils sont en train d’admirer notre drapeau, dit Daniel, en désignant son pick-up.
    Ne sachant pas quoi penser, les adolescents hésitèrent,.
    Nous arborons le drapeau avec fierté, n’est-ce pas, mes jeunes frères? Daniel fit le salut poing serré du black-power. N’est-ce pas, répéta-t-il. N’est-ce pas?
    Ouais, dirent les jeunes hommes.
    Les hommes blancs reculèrent jusqu’à leur voiture. Ils y montèrent, démarrèrent et s’en allèrent.
    Daniel regarda les adolescents et, aussi sérieusement qu’il put, il dit, Trouvez-vous un drapeau et arborez-le fièrement.

    A une station-service, un avocat du nom d’Ahmad Wilson remplissait le réservoir de sa BMW en fixant la vitre arrière du pick-up de Daniel. Puis il regarda Daniel. C’est ton pick-up? il demanda.
    Daniel cessa de nettoyer le rétroviseur et hocha la tête.
    Wilson se contenta de pointer du doigt la lunette arrière du pick-up de Daniel, il ne posa pas de question.

    Pouvoir au peuple, fit Daniel en riant.

    Daniel joua ‘Dixie’ dans un autre bar de la ville, cette fois-ci avec un groupe de R&B, pour un banquet de l’association médicale des noirs. Les regards bizarres et les expressions d’indignation se transformèrent en des rires amusés puis en des plaisanteries et comme la chanson était jouée suffisamment vite pour pouvoir danser, en approbation. Puis la chanson fut chantée lentement, à la grande surprise de ceux qui la chantaient. I wish I was in the land of cotton, old times there are not forgotten . . . Look away, look away, look away . . .

    Assez vite, il y eut plusieurs puis beaucoup de voitures et de pick-up conduits par des gens noirs à Columbia, Caroline du Sud, qui arboraient des drapeaux confédérés. Des hommes d’affaires noirs et des ministres portaient des badges sur le revers de leur veste et des pinces du drapeau sudiste sur leurs cravates. L’orchestre du South Carolina State College, une institution agricole d’Orangeburg essentiellement noire, paradait avec le drapeau pendant la fête du Homecoming. Tous les noirs de l’État arborèrent le drapeau Confédéré. Le symbole disparut de l’avant des poids lourds et des arrière-vitres des 4x4 surélevés. Et après que l’emblème fut utilisé pour décorer les jardins et indiquer les sites de pique-nique où les familles noires se réunissaient le Quatre juillet suivant, le morceau de tissu fut discrètement congédié de sa hampe au sommet du Capitole où il voisinait avec les drapeaux US et de l’État. Il n’y eut ni cérémonie, ni communiqué. Un jour, il n’était plus là.

    Look away, look away, look away . . .

Traduction
Pia Petersen

 

 

 
Partager sur vos réseaux préférés

Copyright © 2018 Site de Pia Petersen. Tous droits réservés.
Joomla! est un logiciel libre sous licence GNU/GPL.