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Logo du journal Le SoirLe Soir (Pierre Maury) - Février 2010

Le pauvre qui fut riche

 

Chez Pia Petersen, même «Une livre de chair» ne paiera pas la dette.

Shakespeare, propriétaire du titre, lui donne son sens. La livre de chair est le paiement exigé du marchand de Venise par Shylock. Ryan, joueur et endetté, a tenté l’allusion: «Ce matin il a essayé de négocier un délai pour sa dette mais sans succès. Il avait dit en rigolant qu’il pouvait donner une livre de chair en garantie mais ses propos n’avaient fait rire personne. Ils n’avaient sûrement jamais lu Shakespeare.» En effet, l’apparition du créancier et de ses hommes de main dans l’appartement de Ryan n’aura rien de théâtral. Ces gens-là ne connaissent que la valeur de l’argent.
Romain, personnage principal du nouveau roman de Pia Petersen, est un peu comme eux. Dans la vie, à défaut d’avoir pu compter sur sa mère morte trop tôt, il n’a confiance qu’en l’argent. Il en a eu beaucoup. Il en a beaucoup perdu. Au jeu, lui aussi. Toujours à penser qu’il va se refaire. C’est pourquoi il se trouve chez Ryan, à jouer, boire et sniffer. De toute manière, il n’attend qu’une chose : la mort. Il a le cœur fragile, fragilisé encore par les excès. Romain est une épave.
Le pauvre jeune homme autrefois riche a une telle tendance à s’apitoyer sur lui-même qu’il en devient irritant. Il nous casse les pieds avec la souffrance qu’il a bien cherchée ! Et d’expliquer comment son malheur d’orphelin le pousse vers la face sombre de la vie aggrave son cas au lieu de susciter la compassion. On a envie de lui donner des baffes, ce qui interromprait peut-être ses pleurnicheries!
Une livre de chair, malgré ce héros médiocre emporté dans une tragédie qui le dépasse – conséquences des dettes impayées de Ryan –, ou grâce à lui, est un roman qui donne de l’énergie. On est presque obligé de réagir devant la passivité veule d’un Romain qui sert de repoussoir, voire de punching-ball.
En outre, Pia Petersen introduit, par l’entremise de ce triste sire aux idées très arrêtées, une réflexion sur l’horreur économique dont Viviane Forrester avait fait le thème d’un essai. Et contre laquelle, dans Une livre de chair, la fille adoptive de Marlon Brando (on croise du beau monde), s’élève à son tour, renvoyant Romain à ses «valeurs».

 

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