Pia Petersen Le site officielSite de Pia Petersen

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Logo VSDVSD (Interview sur l'Europe), mai 2005

 

Pays: Danemark

Profession: romancière

"Quand je suis arrivée en France à 22 ans, je n’avais rien pour moi: je n’avais pas de diplômes, de qualifications, de travail. Pourtant, dès 1984, j’ai eu mon permis de séjour parce que j’étais européenne. Sans cela, je crois que je n’aurais jamais pu rester. C’est ça le symbole de l’Europe: une certaine idée de l’humanisme qui passe par la culture, et des conditions de vie incroyablement confortables par rapport à ce qu’on peut voir ailleurs dans le monde. C’est un projet extraordinaire que d’amener d’autres pays à ce niveau. Et c’est à préserver."

 

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Logo TransfugeTransfuge (Alain Mabanckou), février 2006

 

Pia Petersen ou le Danemark francophone

En 1995, Françoise et Hubert Nyssen créèrent donc la collection intitulée « Un endroit où aller » au sein de leur maison Actes Sud. L’intitulé de la collection est à lui seul déjà une invitation à la découverte, et les amoureux des lettres francophones seront plus que surpris de trouver des affinités pour le moins extraordinaires ! Bien sûr qu’on y retrouve déjà des auteurs comme Alice Ferney, Nancy Huston, Assia Djebar ou Michel Butor, mais aussi Pasolini, Montaigne, ou Berberova. Ce n’est pas cela qui avait suscité mon admiration pour la collection. « Un endroit où aller » a inventé, sans bruit, un grand îlot de francophonie en publiant ma grande amie danoise…
Reprenons notre souffle et expliquons les choses avec calme.
Elle s’appelle Pia Petersen. Elle est danoise. Je l’avais croisée il y a quelques années à Toulouse, au salon du Livre et du vin de Balma. Elle était assise derrière une pile de livres, espérant signer ce qui était alors son unique roman publié en toute clandestinité chez Autres Temps, Le jeu de la facilité. Les lecteurs s’arrêtaient par politesse, parcouraient la quatrième de couverture, découvraient que c’était une Danoise qui n’était pas traduite, mais qui écrivait directement en français. Et puis, on reposait le livre sur la table, avec un sourire de convenance pour l’auteur.
Et Pia Petersen de me confier, le sourire aux lèvres : « Les choses auraient été peut-être plus simples si j’étais une francophone du Congo comme toi ! Même les éditeurs se méfient de moi, parce que c’est suspect qu’une Danoise écrive en français… »
Elle s’amuse à mettre la langue française à nu, à lui infliger des accents, ceux-là qui naissent de la pratique d’une langue d’écriture. L’essai d’Alain Fleischer, « L’Accent » (Seuil, 2005), serait volontiers invoqué ici comme pièce à conviction. Pia Petersen est née au Danemark. Elle est arrivée en France au-delà de la vingtaine, ne parlant pas la langue de Voltaire, mais fascinée par la culture française et animée par la volonté de poursuivre des études de philosophie. Les images étaient là : Descartes, Sartre, Derrida, Foucault etc. Elle voulait étudier la pensée de ces intellectuels dans leur langue, sans la traduction dont elle se méfie. Elle a travaillé pour cela. Une langue se mérite. La voici, Pia Petersen, une vingtaine d’années plus tard, qui vit toujours dans le sud de la France, publie des romans en français, après avoir pris soin des livres dans une librairie qu’elle dirigeait ! Elle se consacre entièrement à la littérature. Hubert Nyssen a reçu un jours quelques textes de Pia Petersen, découragée par les refus d’éditeurs. Le flair qu’on lui connaît a joué. Il était en face d’un écrivain, d’un univers. Il allait la publier. Il lui a fait signer un contrat avant l’achèvement du manuscrit. Et Pia Petersen me soufflait ses angoisses au bout du fil. Lorsqu’elle m’appelait de France, aux USA il était parfois 5 heures du matin. Simplement parce qu’elle venait de trouver l’incipit de son roman. Elle exultait alors :
Voilà, j’ai trouvé ce début et je le garde: « Il avait encore menti et c’était stupide, voilà ce qu’il pensait, il était stupide ».
Qu’est-ce que tu en penses, me demandait-elle à brûle-pourpoint. Et je bredouillais quelques commentaires sans queue ni tête, sachant que Pia Petersen est sans cesse en train de retravailler à longueur de journée ce qu’elle a créé la nuit…
La « Francophonie danoise » compte désormais deux livres dans la collection « Un endroit où aller ».
Son premier est paru en 2004, Parfois il discutait avec Dieu. Qui d’autres que des personnages humbles, ceux de la rue, peuvent discuter avec Dieu, voire Le tutoyer ? Un de ces êtres, Pia Petersen le décrit avec une sobriété qui traduit sa préférence du mot juste à l’emphase facile dans laquelle tombe le romancier zélé : « Mais il avait des trous dans ses chaussures, des boutons manquaient à sa veste et en plus la bibliothécaire savait qui il était, mais elle faisait comme si c’était vrai et elle le dirigeait vers le rayon où il y avait des livres sur les Indiens. Il s’en foutait des Indiens. Il l’avait dit comme ça. Pour se sentir important. »
Enfin, en 2005, elle a fait paraître Une fenêtre au hasard. Comme un appel à l’horizon, une fenêtre que le personnage principal retrouve à chaque instant, son existence étant désormais dictée par l’urgence et la manie de regarder par cette ouverture dans l’attente que quelque chose se passe en face. Une espèce d’atmosphère du « Désert des Tartares » de Buzzati ou de l’attente à la Samuel Beckett ? Comme toujours, puisque rien ne se passait jusqu’alors, quelque chose arrive enfin !
L’année francophone qui s’ouvre en France considèrera-t-elle Pia Petersen comme un écrivain francophone ou danois ? Je plaide pour son intégration dans la francophonie. Le Danemark a désormais une petite fenêtre au hasard vers le monde francophone. Nous nous en réjouissons!

Alain Mabanckou

 

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Logo RFIRFI (Darya Kianpour), octobre 2005

Lettres d’amour à un inconnu

 

Que faire pour sortir de la solitude ? Rêver ? S’accrocher à quelqu’un ou même à quelque chose au hasard ? « Si seulement j’avais été suffisante, plus belle ou intelligente, plus capable ou plus drôle, ma vie aurait été différente mais je ne suis rien de tout cela et finalement mon contenu de vie se résume à une fenêtre par laquelle je regarde une autre fenêtre et faute d’avoir une vraie vie, je vole celle des autres. » S’accrocher donc à une fenêtre ! Mais pas à n’importe laquelle, à celle derrière laquelle surgit un homme qui devient le « contenu » de l’existence vide d’une fille seule. Et que faire pour s’approcher de ce rêve, se l’approprier, quand on est timide, qu’on se sent « insuffisante » et pas à la hauteur ? Lui envoyer une carte postale ou lui écrire des lettres ? Le guetter ou l’espionner ?
Et comment un homme, lui aussi seul, à la recherche d’une passion, pourrait réagir quand il trouve dans son courrier des lettres d’amour d’une inconnue et découvre qu’il est aimé malgré lui ? Deux solitudes parallèles qui pourraient se croiser et se combler l’une l’autre. Voilà l’histoire d'Une fenêtre au hasard que nous livre Pia Petersen.
Après avoir sillonné l’Europe et les États-Unis, Pia Petersen, d’origine danoise, s’est installée à Marseille dans le sud de la France où elle a ouvert une librairie. Dans son troisième roman, Une fenêtre au hasard, en se mettant tantôt dans la peau de la rêveuse, tantôt dans celle de l’être rêvé, Pia Petersen nous étonne en nous contant avec son langage et ses mots simples le mal de la solitude et tout ce qui va avec : les frustrations, les maladresses, les imprudences, les regrets mais aussi les rêves, les espoirs et les désirs.

Darya Kianpour

 

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Article Première Une fenêtre au hasard Première (Hubert Prolongeau, septembre 2005

Ça ferait un bon film…

Dans Une fenêtre au hasard, la danoise Pia Petersen joue la carte de la simplicité et de l’évidence sentimentale;


Au hasard et sur cour… Ce roman, écrit directement en français par une auteure danoise, raconte l’histoire toute simple d’une jeune fille solitaire qui tombe bêtement amoureuse du mec d’en face, qu’elle observe par la fenêtre. Lui remplit la noble tâche de journaliste, sent bien qu’il est observé et camoufle comme il peut son irritation. Elle est standardiste et lui écrit des lettres qu’elle n’envoie pas… Une histoire simple donc, mais qui bouleverse parce que précisément, elle est écrite avec des mots simples qui vont droit au cœur…

Le casting idéal

Le réalisateur.
Ils sont rares, les cinéastes qui s’attachent à filmer des objets et sont capables de faire passer des tonnes de sentiment à travers l’encadrement d’une fenêtre… Feu Jean-Daniel Pollet était de ceux-là. Alain Cavalier, lui, l’est toujours. Qu’il retrouve le 35 mm ou qu’il tourne dans le format DV qu’il affectionne désormais, nul doute qu’il saurait raconter ce heurt de deux solitudes avec profondeur et émotion.

Les acteurs.
Pas de vedettes, bien évidemment, l’anonymat et la discrétion étant à la base même du projet. Coralie Zahonero, vue et admirée dans quelques téléfilms (« Adieu », de Fabrice Cazeneuve, en particulier), semble avoir privilégié le théâtre : c’est dommage ! En face, Marcial Di Fonzo Bo (vu, entre autres, dans Peau neuve, d’Emilie Deleuze) sait adopter une passivité un tantinet désespérée qui conviendrait impeccablement au personnage de Luca, l’espionné. Et Alexandra London, repérée dans Van Gogh, serait très bien pour le rôle secondaire mais important de Sandrine, la collègue…

Hubert Prolongeau

 

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Logo Marie-ClaireMarie-Claire (Emmanuelle de Boysson), décembre 2005

Le roman d’amour


De sa fenêtre, une femme observe l’appartement d’en face où un inconnu, Luca, vient d’emménager. L’événement bouleverse la platitude de son existence. Très vite, elle tombe amoureuse, fantasme, écrit un roman sur lui. Luca, reporter blasé, caché derrière sa caméra, se sent surveillé. Au rythme des battements du cœur, Pia Petersen met à nu la peur d’être vu, jugé. Elle pousse au paroxysme le décalage entre l’irrépressible désir de tendresse et la triste réalité. L’écriture réunira-t-elle les âmes solitaires ?

Emmanuelle de Boysson

 

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Logo Les EchosLes Échos (Brigitte Challiol), décembre 2005

 

Un écrivain en Provence Alpes Côte d’Azur

Pia Petersen, une vocation qui s’épanouit dans le sud


L’installation à Marseille, il y a une dizaine d’années, de cette Danoise de 44 ans, relève d’un véritable choix de société. « Je n’ai jamais pu m’adapter à un monde où l’on doit rentrer dans un moule. J’aime les variations, les approximations et en France on a encore cette liberté. » Lorsqu’elle quitte son appartement, Pia Petersen aime se promener dans la ville, traverser des situations noires, même si elle a souvent du mal à rester zen devant les incivilités permanentes… Elle n’en apprécie que plus son choix de vie, affirmé dès l’âge de 7 ans sur une carte postale envoyée à son père qui vivait à Paris. « Je voulais être écrivain pour libérer le verbe », se souvient-elle avec amusement mais aussi une visible fierté. Car, depuis quelques années, l’écriture est devenu le métier auquel elle consacre tout son temps, un absolu qu’elle ne peut partager avec aucun autre. Derrière un physique tout en douceur (petite, plutôt blonde avec ses yeux vairons), Pia Petersen cache une volonté de fer qui l’a poussée à quitter le Danemark dès 16 ans pour aller tenter sa chance en Grèce. Elle y vit de petits boulots, fait des allers-retours avec son pays, avant de venir à Paris où elle apprend le français et réussit l’examen pour entrer en philo à la Sorbonne. « Je n’y connaissais rien mais j’avais des affinités avec ce type de préoccupations », se souvient-elle. Elle voyage beaucoup, finit sa maîtrise à Aix-en-Provence et ouvre avec des amis un café-librairie, Le Roi Lire, à Marseille. Une expérience enrichissante mais très prenante et économiquement difficile qui s’arrêtera au bout de trois ans, car Pia veut enfin commencer à écrire. « J’ai multiplié les petits boulots pour différer l’échéance car il fallait que je me sente prête », explique-t-elle. Le jeu de la facilité, son premier roman, publié chez Autres Temps, est de son propre aveu « un peu lourd et indigeste, mais dans un premier livre on a envie de tout mettre ». Sa rencontre avec Hubert Nyssen, le patron de la maison d‘édition Actes Sud, à Arles, va changer la donne. « Mon premier roman publié chez eux m’a vraiment donné le droit d’être ce que j’étais, un écrivain à part entière. » Après Parfois il discutait avec Dieu paru en mars 2004, Pia Petersen a publié cet été Une fenêtre au hasard, deux romans très différents mais dans lesquels transparaissent ses interrogations sur les problèmes générés par la société occidentale : solitude, exclusion, mal-être. « J’évoque des situations glauques mais toujours avec un formidable amour de la vie et l’envie de changer les choses. »

Brigitte Challiol

 

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Couverture Le Pèlerin Le Pèlerin (Isabelle Marchand), octobre 2005

 

Pia Petersen

Le regard d’une solitaire


Pia Petersen a vécu la très grande solitude. Les mots qu’elle utilise pour la décrire dans son troisième roman, Une fenêtre au hasard, sonnent comme une musique particulière. Une romancière à découvrir.

Ce qui frappe, d’emblée, chez Pia Petersen, c’est son regard. Un regard très clair qui illumine son visage et donne envie de s’y plonger. Alors pendant que l’écrivain se raconte, on ne peut s’empêcher de regarder ses yeux vairons, une étrangeté qui lui donne un air d’ailleurs.
On songe, alors, que ce n’est pas étonnant si Une fenêtre au hasard est une histoire de regards qui se scrutent, se sentent, se fuient. Dans une rue étroite, une femme, assise à sa table, regarde la fenêtre de l’appartement d’en face. Les persiennes sont closes, elle s’invente des histoires. Pourtant, chaque fois qu’elle veut les écrire, celles-ci se dérobent. Jusqu’au jour où un homme vient habiter l’appartement. Le cœur qui bat, un état d’euphorie, quelqu’un à regarder : voilà une histoire qui accepte – enfin – d’être couchée sur le papier.
La narratrice achète des jumelles et observe cet homme. Peu à peu, il se sent épié. Il est cameraman, il ne supporte pas l’idée d’être guetté. Il a en tête que la fin du monde va peut-être arriver prochainement. Il n’a pas encore trouvé l’amour.
Elle se sent moins seule, découvre la souffrance d’aimer, cet amour qui aide à se sortir de soi, comme un moteur qui propulse. Ils n’ont qu’une rue à traverser.
Une fenêtre au hasard visite un thème qui n’est pas nouveau. Comme dans La spectatrice, actuellement au cinéma, on découvre l’histoire intime d’une femme qui regarde un homme, éperdument. Mais l’écriture singulière de Pia Petersen – comme deux monologues intérieurs de l’homme et de la femme qui s’effleurent -, touche. « Écrire, c’est donner de l’âme aux mots », note son personnage.
Les mots de Pia Petersen emportent le lecteur, comme les notes d’une musique. Ils décrivent avec force le quotidien d’une solitude extrême, ils disent avec justesse l’énergie du sentiment amoureux et celle de la naissance de l’écriture.
Pia Petersen avait 7 ans lorsqu’elle a décidé qu’elle serait écrivain. Mais elle a passé beaucoup de temps à ne pas écrire : « Avoir des intuitions sauvages, dit-elle, ce n’est pas suffisant pour devenir un bon écrivain. » De père français et de mère danoise, elle a grandi au Danemark où, dit-elle, « la société est trop froide, avec de moins en moins d’amour ».
Devenue adulte, elle a trouvé en France un peu plus de chaleur. Elle a appris notre langue en même temps que la philosophie. Elle écrit en français, elle en aime les sons et les textes. A Marseille, où elle s’est installée, elle a tenu quelques années une librairie-café.
Pendant longtemps, Pia Petersen n’a pas regardé la télévision. À 16 ans, un reportage sur le nucléaire l’avait trop bouleversée. Elle a préféré recueillir les bruits du monde auprès des passants, dans la rue, en les regardant. Elle a vécu avec rien, sans attaches, dans une grande solitude. C’est ainsi qu’elle a façonné son regard. Et son livre est comme son regard. À la fois lucide et généreux.

Isabelle Marchand

 

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Logo JDDLe Journal du Dimanche - août 2005

Fenêtre sur amour

 

Elle est seule, s’ennuie au standard de l’entreprise dans laquelle elle travaille. Par la fenêtre, elle observe son voisin. Et tombe amoureuse de lui. Elle lui écrit des lettres qu’elle n’envoie pas, fait naître chez lui, qui se sent observé, une légitime irritation. Amour tout bête, qui ne se dira jamais et vivra de sa belle mort… Les mots de Pia Petersen sont aussi simples que les sentiments qu’ils décrivent. L’histoire de son héroïne devient celle de tous les amours qui n’aboutissent pas. L’auteur, danoise vivant à Marseille et écrivant directement en français, cisèle la tendre histoire d’une solitude.

H.P.

 

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Couverture Le Figaro MagazineLe Figaro Magazine - octobre 2005

 

Au hasard, elle choisit une fenêtre en face de chez elle. Ce sera le sujet de son roman. Tous les jours, avec une assiduité d’écolière, elle scrute le cadre en bois de l’autre côté de la rue et guette l’inspiration. Quand soudain « il » arrive avec ses cartons, emménage dans l’appartement et anime la lucarne. Voilà un beau sujet pour un roman, pour un amour aussi. Elle s’équipe de jumelles, le suit dans la rue et intercepte son courrier. Où est le mal ? Elle vole la vie d’un inconnu faute d’en avoir une. Sur le trottoir d’en face, Luca a l’étrange intuition qu’on le surveille…
On est envoûté par le charme tranquille d’Une fenêtre au hasard. La canicule parisienne n’a jamais été aussi pesante que sous la plume de Pia Petersen. Le décor moite et plombé fait écho aux angoisses des personnages. Elle, contrainte par sa solitude accablante, lui, par cet œil qui l’espionne. Seule une rencontre pourrait les libérer. Peut-être.

A.E.

 

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Logo Corsica Corsica (Robert Colonna d'Istria), octobre 2005

Besoin d’amour


Pia Petersen, dont nous avions salué « Parfois il discutait avec Dieu », raconte dans son dernier roman une histoire d’amour. Une femme est seule, se sent inutile, laide, laissée pour compte, et sa vie, par un enchantement qu’elle construit, se remplit de la présence d’un homme. Elle en parle à ses camarades de bureau, elle témoigne à l’homme des attentions de chaque instant. Elle lui écrit. Sa vie prend un sens. Et l’homme, qui a une existence professionnelle et sociale satisfaisante, mais qui s’ennuie, est transformé de se savoir aimé. C’est une histoire parfaite, idéale, parce qu’elle est entièrement rêvée. « Une fenêtre au hasard » est le livre de la solitude et de l’amour. De la solitude angoissante, et de l’amour impossible. Il est le livre de nos attentes et de nos malheurs, de nos espérances, et de la vie ordinaire. Cette pauvre fille, qu’obsède la fenêtre en face de son appartement, et celui qui y habite, enfermée en elle, cette pauvre fille, c’est nous. Et l’homme qu’elle traque et qui finit par l’aimer, mais qui ne sait pas le lui dire, c’est encore nous. Parce que la vie, notre vie, est cet inextricable mélange d’isolement et d’amour. C’est ce qu’avec une admirable économie de moyens – c’est un compliment -, ce roman met en scène. Il raconte également que ce qu’on ne sait pas dire, il arrive qu’on sache parfois l’écrire. C’est pour cela, peut-être, qu’il y a des écrivains : par besoin d’amour. Et même d’amour impossible. Pia Petersen est un véritable écrivain.

Robert Colonna d’Istria

 

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Photo Pia dans Art SudArt Sud (S.L.), octobre 2005

Insolitude et Gravité

L'ultime recours selon Pïa Petersen


Installée depuis plusieurs années déjà dans un Sud qui lui est en fait totalement étranger, l'écrivain danois Pia Petersen vient de publier chez Actes Sud l'un de ces rares romans qui interpellent en cette morne rentrée 2005, lecteurs, libraires, éditeurs et critiques: Une fenêtre au hasard. Entre mélancolie et amertume, romantisme et rébellion, Petersen la sartrienne tire à elle la littérature occidentale dans une quête éperdue du livre total et du bonheur des autres. Il suffit pour s'en convaincre de regarder par la fenêtre, juste au-dessus de son épaule frêle, en face. Derrière l'obscurité qui dérange, rien encore...

Faire de sa fenêtre un passage poétique est une chose littérairement commune, lui donner la dimension métaphysique d'un viatique existentiel touche par contre à la para-normalité dans un contexte postmoderne tout entier placé sous l'effigie mercantile et oiseuse du prétexte égocentrique, de la fausse lubricité et de la veulerie ordinaire. Voir Houellebecq... et mourir de rire. Chez Petersen, rien jamais d'artificiel. Ni le cadre, ni le décor, ni les personnages, ni l'histoire caractérisée comme toujours dans le monde de Pia la Marseillaise - autre hasard - par une absence d'intrigue prétexte.
Il y a une rue banale, sans tristesse ni gaieté, la rue des Martyrs. Il y a un personnage et un autre personnage. Deux solitudes inexceptionnelles. Féminin et masculin. Déclinaison plus que conjugaison. Destins plaqués puis imbriqués dans le contexte ordinaire d'une époque rude et moite. Cette insupportable moiteur que l'héroïne, ou plutôt le personnage 1, redoute, réprouve, décrit, décrypte, subit, déteste. Au-delà de la chaleur, la moiteur. Au-delà de l'aspiration au bonheur, la négation du bonheur. Tout est pourtant possible dès le début, jusqu'à la dernière ligne, dernier souffle; rien n'est pourtant jamais possible par la force hallucinante d'une incapacité tragique au bonheur. Lui, le personnage 2, aperçu par la fenêtre refuge du personnage 1, n'est que mal-vivre et doute. Elle, en souffrance de sens et d'espoir, n'atteint jamais à cette lucidité qui ouvrirait portes et espoir.
Hanté par le mythe déconstructeur de la société du refus des singuliers, le personnage 1 crève d'ennui et d'angoisse dans son bureau. Retour à l'appartement de la rue des Martyrs, elle observe à la jumelle le nouveau locataire de l'appartement d'en face. Un homme seul, ou à peu près seul... qui promène sa caméra et sa mélancolie.
Désenchanté par un quotidien qu'il réfute, le personnage 2 tourne ses sujets de reportages TV sans enthousiasme, avec une infinie langueur mêlée de dégoût. Retour à l'appartement de la rue des Martyrs, il a le sentiment étrange d'être observé, espionné, guetté depuis la fenêtre d'en face.
Jour après jour les personnages se rapprochent et s'éloignent, les possibles ne tiennent qu'à l'impossible. Et puis au fond, qui guette qui? Tout est trouble, presque brumeux, avec des descriptions en clair-obscur qui donnent à l'avancée du récit la dimension esthétique d'un tableau de Rossetti. Le fluo et l'esprit ne font pas si bon ménage. Mais ils s'harmonisent et auréolent les descriptions et les sentiments retranscrits par Pia Petersen à coup de petites phrases concises et sèches. Sans pitié ni piété, l'auteur dirige ses personnages vers une issue d'autant plus folle qu'elle est inéluctable depuis la première image.Le destin lui-même n'est plus que le filigrane triste d'une rencontre qui n'aura plus lieu. A jamais plus qu'à toujours, Pia Petersen restitue à ses lecteurs la dualité existentielle du double-je chère à John Lennon. Avec un décalage esthétique en guise de nombre d'or, la perspective triplice qui donne loisir à l'auteur de se substituer au narrateur et même à l'un quelconque des personnages. Le lecteur alors se trouve entraîné dans le délicieux et poignant vertige spatio-sensuel en si large usage chez les décalés de la philosophie littéraire existentielle.
Photo Pia dans Art SudA la fin - est-ce une fin en fait? - le personnage 1 et le rythme prennent la direction totale d'une action-situation globale. Démission, tentation, fuite. Sur fond des souvenirs aigre-doux - le pathétique décès accidentel de sa mère alors qu'elle n'était encore qu'une enfant presque rebelle -, l'héroïne décide le départ. Pour le personnage 2, il est bien trop tard. Pur l'amour et la vie en plus, plus tôt encore qu'il n'y paraît. Un très beau roman entre époque et palimpseste.

 

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