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Logo du blog Salon littéraireSalon littéraire (Dan Burcea) - Décembre 2014

 

 

Site du Salon littéraire

 

 

Couverture du livre Mon nom est DieuPremier volet d’une trilogie: "Mon nom est Dieu", de Pia Petersen

Morgane Latour, jeune journaliste d’origine française à Los Angeles Examiner, fait une rencontre inattendue : à l’occasion du concours du meilleur Père Noël, organisé par la société Disney à Concert Hall, somptueuse salle de la ville, elle fait la connaissance d’un homme qui, devant le parterre de bienfaiteurs réunis pour l’occasion, prétend ni plus ni moins être le Bon Dieu en personne.

Loin de l’hilarité générale, la jeune femme lui explique, lors d’une discussion privée dont elle bénéficie à la fin de la soirée, que des personnes comme lui «qui ne sont pas dévorées d’ambition» et surtout capables de «s’affranchir de la réussite à tout prix et de revenir à quelques chose de plus humain» l’intéressent beaucoup. Surtout qu’elle est en train de mener une enquête sur Lester Jansen, psychanalyste de renom, fondateur d’une église, semblable à une secte, qui aiderait les gens à découvrir les capacités et la vocation nécessaires à leur rencontre avec la divinité. Son travail de journaliste sur la secte de Jansen ayant été perturbé par la rencontre avec l’homme aux airs de Père Noël, il ne reste à Morgane que de se rendre à la nouvelle évidence qui est celle de répondre à l'injonction de ce dernier d’écrire sa biographie. Sauf qu’écrire la biographie de Dieu, surtout lorsqu’on proclame, comme elle ose le faire, ne pas avoir la foi, n’est pas chose facile.

Nous voici arrivés au cœur de l’intrigue du livre de Pia Petersen. L’entreprise s’avère difficile surtout lorsque son héroïne avoue, comme nous le disions plus haut, son ignorance voire sa distance par rapport aux questions liées aux fondements conventionnels de la foi. Pour elle, la Bible est «un roman magnifique, une œuvre de fiction», l’Ancien Testament «un ouvrage collectif» et «les histoires de Dieu» des choses compliquées suspendues entre mythes et traditions en perte de sens dans les mentalités du monde d’aujourd’hui dépourvu de garde-fou, comme elle aime le décrire. Signalons qu’elle ne prétend nullement à rédiger un traité d’histoire des religions ni un concentré de règles d’une nouvelle doctrine religieuse, encore moins une somme théologique. Son ambition consiste à résoudre avec les moyens de la littérature cette énigme liée à la relation du monde contemporain avec l’image que celui-ci a de celui que nous nommons communément Dieu, en optant pour la liberté et le moyens de l’invention romanesque.

Pour cela, elle place l’action sur la côte ouest des États Unis et nous propose une enquête journalistique qui soutient la trame narrative et rappelle le suspens des séries télévisées, tout en poursuivant un schéma proche de celui du scénario cinématographique où volets successifs et intrigue appuyée conduisent à une accélération des plans cherchant leur justification dans un dénouement deviné et annoncé à l’avance.

Toutes ses caractéristiques font du Mon nom est Dieu un roman d’action réussi qui n’hésite en revanche à poser des questions pertinentes sur la perte des repères culturels et spirituels du monde contemporains. L’idée d’enfermer Dieu dans une image anthropologique réductrice est sans doute proche de celle trop connue de la mythologie. Le fait de faire de lui un homme – certes, avec beaucoup de charisme, «un je-ne-sais-quoi qui le sauve d’être complétement banal» –, a ses risques et ses avantages.

Parmi ceux-là, il y a d’abord, ceux qui obligent la narratrice à affronter beaucoup de clichés extraits de l’arsenal très riche de la mythologie greco-romaine ou de celui des idées reçues des cercles évangéliques ou New Age américains. Ce recours lui donne en revanche l’occasion de peindre en couleurs volontairement réalistes tous ces rapports compliqués que le monde entretient avec l’image de Dieu et oblige les protagonistes à se positionner selon des valeurs qui tiennent plutôt du domaine de l’éthique et de la morale – justice, mensonge, manipulation, profite, etc. – que de celui de la théologie ou de la gnoséologie.

D’autre part, Pia Petersen ouvre à ses personnages la possibilité de dévoiler toute leur humanité, en utilisant une double perspective, d’abord celle du questionnement existentiel en général et ensuite celui concernant la recherche personnelle nécessairement liée à la recherche implicite de soi. C’est justement le cas de Morgane pour qui l’enquête qu’elle mène au début du roman aboutit inexorablement à une quête de sens dont il faut, sans doute, mesurer l’ampleur, tant sa réserve est grande tout au long de son histoire mais qui, au fond, rejoint les questionnements de toute l’humanité, y compris la nôtre, sur ces éternels problèmes.

Au fond, cette journaliste, partie à la recherche du sensationnel et du scoop, finira par comprendre l’ampleur de la rupture entre cette quête et les manipulations dont des gens comme Jansen sont capables de profiter pour manipuler les foules. À tel point qu’il va finir par embarquer dans cette aventure même ce Dieu en habits d’homme, victime du mimétisme facile qui le pousse à se laisser entrainer dans la manipulation sectaire d’un personnage qui cherche à gagner la confiance et la gloire du bas monde.

En effet, Jansen réussira à enrôler ce prétendu Dieu dans ces projets de conquête des âmes jusqu’au moment où Morgane réussira à déjouer ses plans visant à manipuler en grand nombre les membres de son église-secte.

Est-ce pour cela une victoire de la raison contre celle de la naïveté et de la confusion générale de la multitude qui suit en si grand nombre et avec autant de ferveur ce faux prophète que représente Jansen?

Nul ne le sait, pour le moment. Il faudra lire le roman de Pia Petersen et attendre patiemment la suite de ce roman passionnant avec lequel elle ouvre sa série sur Dieu afin de bouleverser nos interrogations et pousser dans leurs retranchements nos certitudes.

Et si ce roman rajoute encore son lot de doutes ou de certitudes aux consciences des lecteurs contemporains, il invite en échange tous ceux qui acceptent d’accompagner Morgane dans son enquête à se positionner entre le regard lucide et personnel et la tentation sectaire et intégriste qui menace tant de consciences de nos semblables d'aujourd’hui.

C’est en cela que le pari de Pia Petersen prend toute sa valeur, en nous invitant à regarder les réalités de la foi avec une juste distance et à faire la part des choses dans ce monde de fausses images et pompeuses représentations.

En attendant la suite de cette série qui s’annonce captivante, prenons le temps de savourer ce premier volet qui est en lui-même un roman tout simplement passionnant et très bien écrit.
Dan Burcea

 

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Logo de MondoBlogLibre de lire (Charles Wébert) - Mai 2014

 

Site: Libre de lire

 

Couverture du livre Instinct primairePia Petersen: les femmes en Occident, sont-elles libres?

La collection «Les Affranchis» des éditions du Nil a demandé à quelques auteurs de rédiger une lettre. La lettre qu’ils n’ont «jamais écrite». Une expérimentation littéraire à l’ère de l’explosion de l’autofiction? Une sorte de jeu qui aboutirait aux je (je moi et je l’autre) littéraires? Dans Instinct primaire, Pia Petersen, écrivain danois, auteur d’Un écrivain, un vrai chez Actes Sud, sous la trompeuse apparence d’une lettre d’amour, nous parle de la femme. Ses instincts de reproductrice. Sa soumission à un modèle social désuet qui n’a pas été pensé pour elle ou avec elle.

 

 

Pia Petersen @L'Express

Les premières phrases du livre laissent croire qu’il s’agit d’un roman. Un de ces romans épistolaires dans lequel le narrateur n’est pas le lecteur, mais une troisième personne (réelle ou fictive). Ce n’est pourtant pas le cas d’Instinct primaire. C’est un essai. Un essai qui se déroule sur fond de fiction ou d’autofiction. Ce n’est pas une œuvre littéraire telle que le conçoit Roland Barthes dans Essais critiques (Écrivains et écrivants). C’en est peut-être une pour Jean-Paul Sartre dans Qu’est-ce que la littérature? (Qu’est-ce qu’écrire?). Au milieu de toutes ces contradictions théoriques (engagement ou désintéressement de la littérature), une chose est sûre: ce livre est une lettre-prétexte pour dire l’abêtissement de la femme moderne qui partage sa vie avec un homme comme un morceau de gâteau.

Le mariage est un contrat désuet

Pour la rédactrice de cette lettre (Pia Petersen?), le mariage est un contrat désuet, qu’on met «autour du cou» de l’autre pour le posséder. Un simple acte d’achat d’un produit pour une durée indéterminée. Un lien sacré qui perdure dans une société qui n’a de sacré que la recherche des intérêts personnels, du profit. Un deal comme on dit en anglais.

«Le mariage est fondé sur un contrat et ça me trouble. Aujourd’hui, en Occident, on divorce à tout bout de champ, ce qui annule le caractère sacré de ce lien. […] Mais si le mariage n’est plus une union sacrée, il est réduit à n’être qu’un contrat, voire un contrat d’embauche à durée indéterminée, soit, mais dans lequel les clauses de rupture devraient être prévues. Ce contrat alors n’est plus qu’un acte de propriété qui se revendique à chaque instant au nom d’une vieille, trop vieille tradition, désormais inadaptée à la société actuelle » (p. 30)

Pour l’auteur, le mariage devrait être un choix. Non pas une imposition. Car la société occidentale le sanctionne par des avantages et des désavantages fiscaux. Celui qui refuse de se marier se trouverait dans l’obligation de payer son choix. Le mariage, s’il est envisageable, devrait être un contrat à durée déterminée. Le jusqu’à ce que la mort nous sépare traditionnelle entrave la liberté de l’individu.

La femme s’appartient

Le corps de la femme n’appartient à personne d’autre qu’à elle. Cela, tous les féministes l’ont compris. Mais, Pia Petersen va plus loin. Pour elle, le problème de l’avortement ne devrait pas être posé, car il revient à la femme de décider si elle veut avorter ou pas, non pas à la loi.

«[…] elle seule [la femme] a le droit sur son corps et ce qu’elle en fait est de sa responsabilité, à elle et cela n’est pas négociable. La question [de l’avortement] ne devrait même pas être posée. A moins, bien entendu, que son corps soit mis sous tutelle d’Etat comme étant un bien de l’humanité à préserver, auquel cas, elle ne s’appartiendrait plus, auquel cas elle ferait partie d’un fonds commun, à la manière d’une espèce à préserver ou d’un monument classé patrimoine mondial […]» (p. 33)

Non, enfanter n’est pas la fonction première de la femme!

Instinct primaire est un vrai plaidoyer contre la femme-animal, qui n’a d’autre but que la reproduction. Le danger est beaucoup plus grave quand la femme croit elle-même qu’elle ne s’accomplit qu’en mettant au monde un enfant; qu’en jouant sa fonction de reproductrice, de fournisseuse de bras au capitalisme ambiant. La femme, a-t-on envie de dire, est une fournisseuse de main-d’œuvre. Un objet. Une machine à reproduire. Qui s’achète sur le marché matrimonial (Gary Backer) et qui se vend à bon marché, car elle croit elle-même en sa valeur marchande.

Ce livre de 112 pages pose des problèmes profonds. Pia Petersen s’expose au scandale, soulève le voile que porte la société occidentale qui se dit libre et dans laquelle la femme est un dogme, une chose à ne pas toucher, qui ne peut se (re)penser, effort pourtant indispensable à son plein épanouissement. «Si la femme se remettait en question, sa situation serait plus claire et peut-être même qu’elle ne voudrait plus retourner à la maison ou porter le voile ou attendre de se faire violer dans une tournante».
Wébert Charles

 

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Site: FNAC

 

Couverture du livre Instinct primaireInstincts primaires: Pia Petersen une femme libre

Dans Instinct Primaire son dernier roman sorti en fin d'année dernière, la romancière Pia Petersen, en belle insoumise, nous met face à nos conventions. A travers la chronique de ce livre, je voulais aussi mettre en lumière cette collection Les Affranchis créée et dirigée par Claire Debru chez NIL éditions regroupant des ouvrages qui ont pour thème la lettre.
Celle qui reste au fond de nous, celle qui dort, celle qui nous empêche de dormir, celle qui appelle les mots sur le papier, celle qui nous pousse dans nos retranchements et qui parfois nous fait baisser les armes pour enfin dire-écrire les mots justes, les mots vrais.
On a tous au fond de nous ou dans nos tiroirs une lettre finie ou inachevée que l'on n'a pas envoyée.

Au début du livre la collection est présentée en ces mots:

«Quand tout a été dit sans qu'il soit possible de tourner la page, écrire à l'autre devient la seule issue. Mais passer à l'acte est risqué. Ainsi, après avoir rédigé sa Lettre au Père, Kafka avait préféré la ranger dans un tiroir. Ecrire une lettre, une seule, c'est offrir le point final, s'affranchir d'une vieille histoire. La collection "Les Affranchis" fait donc cette demande à ces auteurs: "Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite."»

La forme de ce texte est l'une des plus belles de la littérature. La lettre est intime, personnelle et à la fois d'une grande générosité. Elle est faite pour partager, donner, dire l'indicible par des mots posés sur le papier.

Avec Instinct primaire voilà une femme qui écrit une lettre à l'homme qu'elle a aimé (et qu'elle aime encore malgré son départ). Un décor: une église, un autel, des invités, tout paraît parfait. Une église, un autel, des invités, et une mariée qui n'arrive pas jusqu'à l'autel. Dans ce livre-lettre d'une puissance intime, Pia Petersen s'explique. Elle donne dans un discours raisonné et sans appel son avis sur la vie… sa vie et ce qu'elle veut en faire. Car c'est bien chacun de nous, après tout, qui est maître de sa vie et de ses envies. Pour ne pas céder à la pression des conventions, pour vivre comme elle l'entend sans se soucier des autres, il lui faudra être forte et résister.

«Ce qui est terrible c'est qu'on a beau dire que le regard des autres ne compte pas, on ne peut pas s'y soustraire, on le sent sur soi et ce regard nous enferme dans une vision du monde si étroite que l'on a du mal à respirer.»

«Il est hors de question de vivre avec des regrets rien que pour rassurer des gens qui n'ont pas le culot de vivre.»

Cette lettre adressée à cet homme prend rapidement le chemin du discours et de l'affirmation de soi. La narratrice nous fait réfléchir et prend position sur des questions bien établies dans nos sociétés.

Comment se définit-on?
Qui est-on vraiment?
Quelle est la distance entre ce que nous pensons de nous, nous voulons être et ce que la société, les "gens" nous renvoient?
Une femme peut-elle être entière, se réaliser sans enfant?

Pia Petersen fait voler les certitudes en éclat et affirme (à raison) que la femme – au même titre que l'homme - se définit en tant qu'être humain avant tout; et non dans son désir absolu (et obligatoire à priori) d'enfanter et/ou de se marier.

«Et on le dit encore, ne pas enfanter est un acte d'égoïsme»
«Je ne supporte plus d'être limitée à la maternité. C'est aussi ma liberté d'écrivain qui est en jeu.»
«Moi je dis que la femme devrait penser plus avec son cerveau qu'avec son utérus.»

Pia Petersen revient sur son métier d'écrivain et sa liberté à créer. Elle ne veut pas être réduite à son statut de possible épouse ou mère. Elle ne veut pas se marier et ne veut pas d'enfant. Elle ose le dire et les femmes en face lui renvoient comme une seule voix leur incompréhension. Et pourquoi serions-nous toutes faites sur le même modèle? Et pourquoi ne pourrions-nous pas décider au-delà des conventions de prendre la liberté de dire non et de l'affirmer?

En mêlant dans ce texte histoire intime et discours d'idées, Pia Petersen touche à l'essence-même de ce que doit être la lettre. Un mélange d'idées complexes et suivies. Un discours qui se veut universel et qui touche l'intime du destinataire. Dans une écriture touchante et un propos toujours alerte, elle nous amène à réfléchir sur notre propre histoire et à nous positionner par rapport à un discours pas toujours des plus fédérateurs.

 

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Site: Eontos.

Mon nom est Dieu - Pia Petersen

Couverture du livre Mon nom est Dieu - Éditions Plon Morgane, jeune journaliste à Los Angeles, croise sur son chemin un étrange SDF; il prétend s'appeler Dieu, être Dieu lui-même, et va lui demander d'écrire sa biographie. Mais ils rencontrent une espèce de gourou, Jansen, fondateur d'une église, qui voit tout de suite le parti qu'il peut tirer de ce Dieu…

Scénario original, dont on se demande bien ce que va pouvoir en tirer la romancière; eh ma foi, en dehors de la fin, quelque peu chaotique ou pus exactement qui ressemble beaucoup plus à une fuite en avant, il faut reconnaître qu'elle s'en sort très bien, et qu'elle tient son lecteur en haleine.

Pour ce faire, elle sait mélanger adroitement deux niveaux de lecture: l'événementiel et le «philosophique».
En ce qui concerne le premier, il y a d'abord la découverte que fait (réellement ou seulement semblant?) Dieu du Monde; de la société des humains; à commencer par ces relations marchandes qui sont exclusivement conditionnées par l'argent. Cocasses ces scènes où dans différents magasins Dieu s'en va comme un voleur sans ne rien payer ; et il n'y aurait Morgane pour le ramener à la réalité, il se comporterait comme un vulgaire délinquant. Pourtant pour lui, et le raisonnement ne manque pas de sel, qui consiste à dire, puisque je suis Dieu, que j'ai créé l'homme, je reste Dieu et ne suis pas contraint d'obéir à ses règlements.

L’événementiel aussi, c'est cette critique acerbe et oh combien justifiée que fait la romancière des dérives sectaires: celle de Jansen. Exploitation de la naïveté populaire, il ne croit pas bien sûr en un quelconque Dieu, mais il sait que le phénomène religieux est capable de lui permettre d'assouvir sa volonté de pouvoir et de puissance et en même temps de lui apporter richesse et autres conforts, y compris, sexuels! Et il n'est pas le seul à en être convaincu, il a réussi, et sans la moindre difficulté, tant c'est dans la nature de l'humain, à mettre dans sa manche quelques-individus, ceux qui financent son Église. Pour être quelque peu simplifié, le mécanisme est quand même bien démonté, et dans le cadre de son roman, il fait mouche à tous les coups. Ajoutez à cela cette ultime dénonciation (mais avons-nous encore besoin d'en être persuadés?) de la main mise psychique sur les êtres dont est capable le même Jansen?

Toujours dans l’événementiel religieux, ce sont toutes les interventions surnaturelles dont est émaillé le récit: les prodiges qu'accomplit Dieu. Certains rappellent la Bible, et l'on s'en amuse, la mer qui se scinde en deux, mettant en péril d'innocents baigneurs dont des enfants! Ou encore des tremblements de terre, en particulier lorsque Dieu est en train de copuler à tiens en veux-tu voilà avec une prostituée qui ne demande qu'à monter au septième ciel (et Dieu n'est-il pas là pour cela?). Blasphématrice la Petersen? D'autres prodiges raviront les écolos, qui oscillent entre la foi du charbonnier et celle du scientiste pur et dur (remarquez, je l'écris, mais je ne sais pas où est exactement la différence!): imaginez cette plante verte qui, fanée avant que ne paraisse Dieu, va tout à coup refleurir à son départ.

L’événementiel encore, quelques caractéristiques de la société américaine (et pas seulement): le petit copain de Morgane, le self made man par excellence, Dorian, qui saisit lui-aussi, malgré la jalousie qu'il pourrait ressentir vis-à-vis de lui, tout ce que pourraient lui rapporter Dieu et la biographie que veut écrire sa petite amie Morgane. Autre lieu haut en couleurs, le bistrot tenu par un couple à trois, un homme à la fois marié et gay; ou encore, ces parties particulièrement bien léchées et qui ravissent les lecteurs au fait des manifestations collectives: ces mouvements de masse où Dieu, considéré comme pédophile par exemple, manque d'être lynché. Mais non elle n'en rajoute absolument pas la Petersen, combien de faits divers ne sont-ils pas là pour nous rappeler qu'il n'y a rien de plus dangereux qu'une foule devenue d'autant plus irrationnelle dans son comportement qu'on a flatté en elle ses plus bas penchants.

Les amoureux de polars trouveront aussi leur compte: Jansen qui fait surveiller de très près Dieu et Morgane, de peur que ces deux êtres qui doivent lui rapporter énormément, ne lui échappent; et en sens inverse, ces quelques lignes où les trois grandes religions monothéistes mettent tout en œuvre pour neutraliser Dieu et ce Jansen qui devient tout à coup bien trop encombrant.

L'on me pardonnera de ne citer que quelques-uns des innombrables moments de ce roman, mais si je les mentionnais tous, y aurait-il encore quelques raisons de lire ce roman?

Car il y a aussi une toute autre dimension, clairement définie: la place de Dieu et de la religion dans notre société, y compris dans l'histoire de l'Humanité! J'aime beaucoup les références que fait Dieu à la mythologie grecque et en particulier à son homonyme Zeus (mais c'est bien connu je suis complètement vieillot!).

La Morgane se présente comme athée, totalement imperméable à la notion de Dieu; elle la renie scientifiquement, comme étant impossible. De ce côté elle serait presque sympathique, sauf qu'elle nous est présentée comme une impulsive ou une sentimentale; c'est-à-dire que son athéisme ressort lui-aussi de la même nature que la foi du charbonnier (cf, plus haut). Cela me dérange, et m'aurait beaucoup moins troublé si elle avait eu le courage de poursuivre son analyse un peu plus loin et d'avouer que la nature de son athéisme n'était que le contrecoup d'un atavisme qui, depuis quelques trois ou quatre mille ans, veut à tout prix qu'il y ait un Dieu et que ce Dieu gouverne non seulement les êtres humains, mais, pire encore, inspire une morale qui régit les règles de la société (à ce niveau de la réflexion, interrogeons-nous: on reproche, et à juste titre à l'Islam de confondre religion et organisation sociale et politique, mais à y regarder d'aussi près, qu'a fait le judaïsme si ce n'est la même chose, et la religion catholique n'a-t-elle pas durablement et quasi indélébilement marqué nos sociétés occidentales? et ce n'est pas la séparation laïque qui a vraiment bouleversé les esprits! Serais-je toujours aussi ce grand sceptique???)

Alors, qu'elle en arrive à douter, et ce non tant sur des raisons philosophiques que seulement sentimentales, car elle est jalouse de celles que Dieu lui préfère, cela nous la rend vraiment sympathique cette Morgane.

Mais ce n'est pas là l'essentiel; l'essentiel est bien que Petersen dans tout son roman énonce la seule vraie question que devraient se poser tous les hommes croyants ou non: l'existence de Dieu est-elle une nécessité historique, morale, ou seulement sociale?

Lire ce roman c'est peut-être trouver une réponse, malgré l'ambiguïté totale de la fin, en tout cas c'est passer d'excellents moments qui allient à la fois divertissement et réflexion … ce qui n'est pas si mal par les temps qui courent.

 

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Site: Les lectures de Liliba

Le chien de Don Quichotte, Pia Petersen

 

Couverture du livre Le chien de Don QuichotteHugo est agent de sécurité, mais également tueur à gages au service d’Esteban, un entrepreneur véreux qui fait souvent appel à la méthode forte pour négocier ses contrats. Il n’hésite pas à tirer si on lui en donne l’ordre et ne se pose pas de questions. Jusqu’au jour où il rencontre par hasard un prêtre complètement alcoolique dans un bar, qui lui glisse Don Quichotte dans la poche, ainsi qu’un chien, un petit chien qui bêtement vient se coller contre lui, comme s’il le choisissait comme maître (il faut dire qu’Esteban vient de liquider le maître en question…). Ces deux rencontres vont l’amener à réfléchir et à faire travailler ses trois neurones, d’autant plus que pour la première fois de sa vie, il se met à lire, et lui faire découvrir la vie sous un autre jour. Et voilà qu’il ne veut plus tuer, mais devenir un homme de bien!

Mais il n’est pas évident avec un tel métier de claquer sa démission du jour au lendemain et son attitude devient suspecte pour son patron et ses collègues, avec lesquels il entretenait déjà des relations basées sur la méfiance, notamment Boris, un ex-mercenaire venu de l’Est dont on ne sait pas grand-chose sauf qu’il veut prendre la place d’Esteban, que le patron considérait jusque-là comme son bras droit, et qu’il est dangereux, très dangereux.

Donc Esteban continue à travailler, mais le cœur n’y est plus. D’ailleurs, il emmène de plus en plus souvent avec lui Bion, le petit chien, devenant aussi prévenant qu’une mère et frisant souvent le ridicule (rappelons qu’il n’a que quelques neurones en état de marche !). Il ne veut plus tuer, mais tente de raisonner ses victimes pour les exhorter à céder afin qu’il ne soit pas dans l’obligation d’obéir à son patron, mais il semble que la manière douce soit moins efficace, car les problèmes s’accumulent et le pauvre Esteban est un peu paumé.

Or son boss a besoin de lui pour trouver et faire la peau aux hackers qui se sont attaqués à son groupe et qui sont près de le ruiner, un groupe qui se fait appeler Vendredi 13, et qui a des allures de Robin des bois moderne, volant l’argent des riches en rêvant de le redistribuer à des associations caritatives.

La confrontation des uns et des autres n’en sera que plus déstabilisante pour le tueur, et truculente pour le lecteur. Ce roman est totalement déjanté et bien sûr à lire au second degré, puisqu’il est truffé de stéréotypes dont s’amuse l’auteur, qui manie avec virtuosité l’ironie. On ne s’y ennuie pas une seconde puisque les évènements s’enchainent très rapidement, et en même temps, on rit de la bêtise d’Esteban tout en ayant envie qu’il réussisse dans sa démarche de devenir un homme meilleur. Les personnages sont extrêmement caricaturaux et on se délecte de leurs descriptions, pleines d’humour et totalement satiriques. Les malfrats sont d’une bêtise sans nom, et en même temps doté d’une candeur incroyable et le lecteur s’amuse sans discontinuer de ce polar-comédie vraiment original qui se termine comme sur la scène d’un théâtre, dans un monde où l’absurde est roi. Bref, un régal !

 

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Site: Sab's pleasures

 

Couverture du livre Instinct primaire"Instincts primaires" de Pia Petersen

Cette lecture fut l’occasion de découvrir une maison d’éditions que je ne connaissais pas. Le principe de la collection Les Affranchis est à la fois simple et original: «Ecrivez la lettre que vous n’avez jamais écrite».
Une chouette idée qui pourrait m’inspirer de nombreuses pages dans la mesure où mon interlocuteur ne me répond qu’exceptionnellement…

Pia Petersen donne ainsi la plume à une narratrice, écrivain de son état. Cette dernière s’adresse durant une petite centaine de pages à l’homme qu’elle aurait pu épouser si … l’homme qu’elle aime sur un mode désormais solitaire. Elle se pensait pourtant prête à accepter le mariage à l’église, malgré elle, juste pour lui faire plaisir. Mais cette ambiance de contes de fées peut donner à réfléchir…

Dans cette longue lettre de plusieurs jours ,elle cherche à instaurer une conversation vraie avec celui qui est maintenant comme un étranger amnésique, muré dans son silence, réfugié dans son absence. Elle lui rappelle cette belle complicité qui les réunissait lorsqu’elle était sa maîtresse.

«Souvent il fallait faire vite, capturer beaucoup de temps, prendre une éternité sur un temps déjà compressé et se noyer l’un dans l’autre pour se remplir et être plus à ras bord pour tenir jusqu’au prochain rendez-vous».

Ces souvenirs sont l’occasion pour Pia Petersen d’aborder la question de l’adultère sous un angle assez nouveau, épuré de toute religiosité, de toute culpabilité morale. L’amour rime alors avec liberté, aussi paradoxal que cela puisse paraître, mais aussi respect. Elle aime, elle savoure, elle déguste, elle ne demande pas plus, elle ne menace jamais la position de l’Autre, de l’Epouse. Cet amour là n’est pas frustration, elle n’aspire pas à prendre la place de…L’espace de solitude qu’il suppose, lui permet au contraire d’atteindre une certaine forme de plénitude et de complétude, il lui permet de ne jamais s’oublier.

«Au lieu d’appréhender le vide ton absence, je le remplissais en réalisant ma propre vie, mon travail d’écriture se confirmait de plus en plus

Pia Petersen nous conduit ainsi à méditer sur le mariage, sur nos désirs de robes de princesse et de contes de fées. Est-il légitime de soumettre l’amour à un contrat? Ne court-on pas le risque d’une certaine claustrophobie? Elle nous entretient aussi de la maternité que l’on nous présente souvent comme l’unique voie de complétude. Epouser et enfanter relèvent-ils de l’évidence et plus encore de la nécessité? Ne s’agit-il pas d’instincts primaires, entretenus par nos cultures, nos sociétés et notre éducation, qu’il conviendrait, non pas de nier, mais au moins d’analyser. La femme crée en effet trop souvent «son propre ghetto», «les femmes mettent en place le modèle social dès les couches».

Rarement je me suis sentie aussi féministe qu’à cette lecture. J’ai longtemps pensé que le féminisme n’avait pas lieu d’être, tant cela allait de soi, du moins dans nos sociétés occidentales. Avec l’expérience, j’ai compris mes erreurs, mais j’avais toujours du mal avec un certain militantisme. Pourtant, comme Pia Petersen, j’ai beaucoup de mal avec les discours ambiants concernants la parité ou «la mère écolo» d’Elisabeth Badinter…

«Le débat sur l’indépendance des femmes est réduit à n’être plus qu’un problème de droit à l’allaitement et de couches plutôt qu’une réflexion sur la liberté de choix réel…»

Je n’adhère pas non plus au discours sur la supériorité de la femme et je ne confonds pas égalité et identité, similitude. J’aime une certaine galanterie, je revendique la féminité, je crois encore en l’amour mais je crois aussi profondément en mes possibles et en ma liberté. J’ai donc trouvé dans les propos de Pia Petersen, le féminisme intelligent, clairvoyant et respectueux auquel j’aspire. C’est un féminisme qui va de soi, qui n’a rien de vindicatif, qui s’impose comme un hymne à la liberté et à l’amour aussi. C’est un féminisme qui invite chacun, homme ou femme, à aimer tout en s’aimant, à aimer tout en s’accomplissant.
Autant dire que je vais offrir ce texte à mes trois filles !

 

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(Vanessa Gustaw)
Avril 2014

"Une fenêtre au hasard" Pia Petersen: le saut de l’ange en mal d’amour

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Couverture du livre Une fenêtre au hasard - Éditions Actes SudArticle paru dans Mon coin lecture «La passion reste en suspens dans le monde, prête à traverser les gens qui veulent bien se laisser traverser par elle.» Marguerite Duras

Une histoire d’amour impossible? Au contraire, tout est à portée de main dans cet incroyable roman construit sur un rien. Il y a une femme, il y a la fenêtre de sa cuisine, qui donne sur une autre fenêtre. Son monde à elle, son univers, c’est cette fenêtre et ce que ses contours lui permettent d’y voir. Deux fenêtres se font face. Sans jamais se rencontrer?

C’est au cœur de cette mise en scène épurée que l’on entre à pas feutrés dans les pensées les plus intimes d’une narratrice qui, plongée dans un isolement social extrême, trompe sa solitude en observant la fenêtre vide de l’immeuble d’en face. Ce huis clos étouffant se colore d’un espoir le jour où la fenêtre s’anime d’une présence: une silhouette aux traits masculins prend possession des lieux et de l’esprit de la narratrice. Entre les deux fenêtres s’instaure alors un dialogue à sens unique, conduit par le monologue intérieur de celle qui remet en question à chaque instant la possibilité d’aimer et d’être aimée.

Une fenêtre n’ouvre pas toujours sur le monde… Et cette femme le cœur mis à nu est notre sœur d’infortune, celle qui nous confronte à ce moment de l’existence où l’on se retrouve étranger à soi-même, SDF d’un corps qui refuse de se laisser habiter. Face à une vitre ou penchée sur une rambarde, le paysage qu’elle nous offre à voir est celui de notre propre solitude.

Roman d’une simplicité extrême et pourtant d’une densité inouïe, Une Fenêtre au hasard est une interprétation troublante de la poétique des «Fenêtres» de Baudelaire. De sa plume sinueuse, l’écrivain parvient à nous tenir en haleine sur plus de 200 pages à travers le flux de conscience d’une héroïne à l’insignifiance émouvante, traversée par un désespoir lumineux. En brouillant les frontières entre fantasme et réalité, voyeurisme et altruisme, Pia Petersen interroge l’amour, et l’amour de soi. Se dessine une géographie du sentiment dont les lignes de fuite emmènent le lecteur vers une perte de repères vertigineuse.

Accoudés à notre fenêtre, tenterons-nous, à notre tour, le saut de l’ange?
Vanessa Gustaw

 

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Mon nom est Dieu - Pia Petersen

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Couverture du livre Mon nom est Dieu - Éditions PlonArticle paru dans Mon coin lecturePour Pia Petersen, Dieu est une création littéraire. Du moins, c'est ce que je l'ai entendu dire en entrevue. Du coup, pourquoi pas en faire un réel personnage de roman actuel. C'est le défi que l'auteur a choisi de relever et pour ma part, je le considère comme relevé car j'ai passé un très bon moment avec cet hurluberlu bougon, qui - il n'en démord pas - est Dieu.

Morgane Latour est journaliste à Los Angeles et, présente à un concours pour découvrir le nouveau "vrai Père Noël" (soooo LA... j'ai adoré cette scène), voir un SDF bourru sur scène, qui dit se nommer Dieu. Quand elle le croise à nouveau quelques jours plus tard, elle est surprise. Mais elle n'est pas au bout de ses peines car Dieu va lui demander d'écrire... sa biographie. Rien de moins. Entre son article sur Jensen, gourou charismatique, et l'intrusion de Dieu dans sa vie, elle, moderne et athée, dire que son univers sera chamboulé, ce n'est rien.

Voyez-vous, Dieu est dépressif. Il se sent incompris, croit que les hommes le haïssent, est profondément anti-religion et est en chicane avec son fils, Jésus. Est-ce sa faute, à lui, si des illuminés ont choisi d'écrire et d'ériger en Vérité quelques mots qu'il avait lancés comme ça, sans trop y réfléchir? Bref, il veut que l'humanité, qu'il ne comprend pas du tout, le voit tel qu'il est réellement. Et Morgane ne sait trop qui il est. Imposteur? Fou? Manipulateur? Profiteur?
Dieu?

Beaucoup d'humour dans le traitement du thème. Les aventures de Dieu dans le monde qu'il a supposément créé et duquel il a perdu le contrôle sont parfois loufoques, parfois frustrante car Petersen ne ménage pas ici les hommes, autant face à l'autre que face à la religion, qui est parfois un concepts abstrait, parfois un concept trop concret ou parfois un mode de vie. C'est la socité par rapport au divin, au religieux... et ça fait parfois un peu peur. Voire même beaucoup.

Un roman qui fait réfléchir, qui fait rire... et qui nous fait, bizarrement, nous attacher à ce bonhomme pas agréable au premier abord. Un conte moderne admirablement amené. Heureusement pour nous, Pia Petersen a l'intention d'en faire un personnage récurrent. Parce que bon, la biographie de Dieu, ça ne s'écrit pas en un volume, n'est-ce pas!

 

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Logo du site MybooxMyBOOX (Lauren Malka) - Mars 2014



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Pia Petersen: "Ecrire la biographie de Dieu, c’est le rêve de tout écrivain"

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Couverture du livre Mon nom est Dieu - Éditions PlonArticle paru dans MyBOOXC'est au Salon du livre de Paris 2014 que la romancière Pia Petersen a répondu à nos questions au sujet de son tout nouveau livre Mon nom est Dieu (Plon).

Elle est d’origine danoise mais a choisi d’écrire en français. Elle est agnostique mais s’est portée volontaire pour relever un défi décliné par tant d’autres: écrire la biographie de Dieu dans son dernier roman: Mon Nom est Dieu (Plon). Pia Petersen a éclairci ces mystères en conversant avec MyBOOX entre deux dédicaces au Salon du livre de Paris.

MyBOOX: Ecrire la biographie de Dieu: comment vous est venue cette idée?
Pia Petersen: J’avais envie de créer un personnage récurrent. Mais encore fallait-il trouver un personnage qui ne soit pas ennuyeux, qui m’intéresse suffisamment pour que je puisse alimenter son histoire pendant un certain temps. J’avais aussi envie, depuis un moment, d’écrire une biographie. Je me suis dit mais quel homme célèbre n’a pas déjà eu une tonne de biographies? Il fallait à nouveau trouver une personne qui puisse m’intéresser pendant longtemps.

Et puis d’un coup j’ai réalisé que Dieu n’avait pas de biographie. Jamais on n’a écrit la biographie de Dieu et on ne s’est même pas posé la question de savoir s’il fallait le faire.
L’Angle Gabriel, Satan, Jésus, Marie sont souvent évoqués par les écrivains mais sur Dieu il n’y a que très peu de choses. Comme personnage récurent, j’ai trouvé que Dieu était parfait!

Quelles recherches avez-vous faites pour écrire ce livre?
J’ai une formation philosophique donc la question de Dieu m’intéresse depuis longtemps. J’ai lu la Bible plusieurs fois, les vieux textes grecs, le Coran. Et puis il y a des livres que j’ai découverts en écrivant le roman comme Le Dernier testament de Ben Zion Avrohom de James Frey et d’autres.

Certains lecteurs ont-ils été choqués par votre liberté vis-à-vis de Dieu et de la Bible?
Certains de mes lecteurs avaient été furieux en lisant Instincts primaires mais ils ont ensuite réfléchi et ils ont vu les choses différemment. Pour ce livre là c’est encore un peu tôt. Mais je commence à faire des conférences la semaine prochaine, notamment dans un lycée un peu difficile de Marseille. Ca risque d’être cocasse!

Quel est votre rapport personnel à Dieu?
Je suis complètement agnostique, je ne peux pas dire si Dieu existe ou non car je n’en sais rien et je pense que personne n’en sait rien. On ne peut avoir de certitude à ce sujet. De mon côté, je ne ferme aucune possibilité mais je considère Dieu comme une invention littéraire qui a particulièrement bien marché. Ce sont des écrivains qui ont rédigé la Bible, il ne faut pas l'oublier. Pourquoi ce texte a réussi à s'imposer plus qu'un autre?

Quoi qu'il en soit, je n’aurais pas pu écrire ce livre si j’avais été croyante. Il me fallait une liberté absolue, une insolence, une impertinence pour écrire cela. Si j’avais été pénétrée de la peur de l’idée de Dieu, je n’aurais pas pu l’écrire. Et encore, même en n’étant pas croyante, j’ai dû me livrer une bagarre intérieure quotidienne pour me réapproprier ma liberté vis-à-vis de Dieu.

Alors même que vous êtes agnostique?
Oui, c’est cela qui est intéressant. La Bible n’est qu’un texte parmi d’autres mais il a pris une telle ampleur que cela a fini par ressembler à une réalité. C’est avant tout une invention littéraire mais qui a su s’imposer de manière tellement sacrée que c'est presque devenu une réalité objective. C’est une idée! Ce n’est rien d’autre qu’une idée. J’ai dû me le répéter plusieurs fois et reprendre ma liberté sans arrêt par rapport à cela en me rappelant que je n’avais pas de compte à rendre à cette religion là.

Pourrait-on dire que cette prise de liberté par rapport à ce qui nous gouverne est un principe dans tout votre travail littéraire?
Oui j’essaye de toucher à toutes ces choses que l’on pense intouchables. J’essaye de ne pas rester sur une surface mais d’aller à la racine pour les déplanter. J’avais la même démarche à propos de l’économie dans Une Livre de chair (Actes Sud). J’essayais de rappeler que nous avions nous même créé cette économie qui nous gouverne, elle n’est donc qu’une idée, elle n’est pas imprenable. J’ai aussi réfléchi en ce sens sur la politique et maintenant c’est Dieu.

Si vous vous attaquez à tous les "incréés" de la société, votre prochaine victime chapitre sera peut-être Google?
Pourquoi pas! Pour l’instant, je me concentre sur le prochain tome sur Dieu. Je ne sais pas encore s’il y en aura deux ou trois. En tous cas, je ne peux pour l’instant rien en dire car je ne veux pas qu’on me vole l’idée. Tous les écrivains ont rêvé d’écrire la biographie de Dieu!

Propos recueillis par Lauren Malka

 

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Logo du site Fragments de lectureFragments de lecture - (Virginie Neufville)
Mars 2014

Site: Fragments de lecture

God loves you, love him back!

 

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Couverture du livre Mon nom est Dieu - Éditions Plon Pia Petersen décide de mettre en scène un personnage hors du commun, que tout le monde connaît, adore ou déteste: Dieu.
Pas facile de traiter de le thème de la religion sans sombrer dans la lourdeur stylistique, surtout lorsqu'on veut l'aborder sous couvert du genre romanesque. C'est pourquoi l'auteure a choisi l'humour et un récit bien ancré dans la vie réelle pour faire évoluer ses personnages.
Morgane, journaliste free lance, est contacté par un homme en guenilles, à l'allure de SDF, qui vient de perdre le concours très prisé de Père Noël, à Los Angeles. En effet, ce dernier, répond invariablement que son nom est Dieu lorsqu'on lui demande son identité. Au pays où les religions et les sectes en tout genre poussent comme des petits pains, son annonce a de quoi étonner et provoquer la curiosité! Alors, afin de donner de la légitimité à ses paroles, il désire que Morgane lui écrive sa biographie:
"Tu es un écrivain et j'ai besoin d'un portrait. Je veux que tu écrives ma biographie. Mon enfance. Ce qui a fait de moi ce que je suis. Ma vie."
L'occasion est belle, le sujet est en or, mais voilà, le Dieu en question est aux antipodes de nos représentations:
"Un seul, de type indéfini, ne sourit pas, renfrogné il évite de regarder la salle. Ses vêtements sont beaucoup trop petits, usés jusqu'à la corde, sa barbe est hirsute, grise et pas très longue, même plutôt courte (...) Il s'agit sans doute d'un SDF."
Simplement Morgane a du mal à accorder du crédit à cet hurluberlu sorti de nulle part, sûr de lui, et qui ne ressemble pas au Dieu humain de nos cours de catéchisme. Elle décide quand même de le prendre sous son aile, surtout que, depuis le concours de Père Noël, le "pape" de la nouvelle religion à la mode, un certain Jansen, voudrait bien faire de ce Dieu la nouvelle égérie de son église. Comme beaucoup d'évangélistes américains, Jansen a fait fortune en exploitant la misère religieuse des gens:
"Chacun a en soi-même un accès au divin et Jansen prétend détenir la méthode pour le découvrir afin d'être prêt à accueillir Dieu. Jansen se présente comme son nouveau porte-parole et les gens se ruent sur ses théories et se ruinent en cours d'initiation pour apprendre sa méthode et vivre selon ses préceptes."
Et celui qui se prétend être Dieu dans tout ça? Eh bien, il est perdu, déprimé au point de carburer aux anti dépresseurs, tellement être Dieu est une fonction lourde à porter: "j'entends tout simultanément à chaque heure du jour et de la nuit." De plus, il se rend compte qu'il ne comprend pas ses créatures, les hommes: "il les a libérés voilà tout, et c'était une bêtise." Et puis, comment lui accorder du crédit quand "les portes paroles sont les pires"? " Les prêtres, les imams, les prophètes, un vrai cauchemar, des escrocs, des arnaqueurs qui ne voient que leur intérêt"!
Petit à petit, Morgane sent que cet homme a quelque chose de spécial, que sa voix forte et profonde n'est peut être pas qu'un simulacre, et que sous couvert de son manque de charisme et d'envergure, se cache sûrement le véritable Dieu...

Pia Petersen nous offre un roman drôle, pétillant, mettant en scène un être divin parfois détestable et détesté, obligé de prendre des cachets pour supporter le monde des hommes. En filigrane, apparaît une critique acerbe de la religion avec parfois des réflexions qui font mouche. Le lieu de l'action du roman est tout trouvé: Los Angeles, royaume du cinéma et du paraître, dans un pays ou la religion est un commerce comme un autre.
De ce fait comment Dieu pourrait-il se faire accepter et aimer par les siens?
"Les hommes ne l'aiment pas ou lui en veulent. Il dit d'un ton maussade qu'il est trop démocrate, voilà tout. S'il n'avait pas donné le libre arbitre aux hommes, il n'en serait pas là."
Finalement, en présentant ce personnage hors norme comme un bouc émissaire et un souffre douleur amateur de la culbute, l'auteure a voulu démystifier le thème et mettre une pointe d'humour sur un sujet trop sérieux. Laissons donc Dieu conclure cet article:
"C'est pas compliqué les histoires de Dieu (...). Un prophète est peut être un poète qui fait des performances artistiques."

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Mon nom est Dieu de Pia Petersen.

 

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Couverture du livre Mon nom est Dieu - Éditions PlonL'auteur: Pia Petersen. «Mon nom est Dieu» est son dernier ouvrage paru chez Plon.

A boire et à manger... ou Tout ou rien!

Série B? Urgence de l'écriture? Cet ouvrage m'a agacé quasi jusqu'au bout. Mais, mais, mais...

L'écriture de Pia Petersen, j'y suis habituée avec son originalité, ses codes personnels qui transgressent le commun. Non-conformiste, j'accueille généralement avec plaisir - et savoure même - toute extravagance de style à une seule condition: que l'information demeure compréhensible. Ici mon agacement fut exacerbé: médiocrité de l'écriture, idées souvent mal habillées, ponctuation bizarroïde où règne la virgule ou son absence... Et ces "il dit, elle fait, Morgane dit..."

«Jo rince des verres dans l'évier derrière le bar. C'est un chouette nom, il dit.»

Quand la réplique dans le dialogue ne démarre pas au paragraphe suivant...

Non. Mon nom est Dieu. Il a répondu sans la moindre hésitation. Il reprend sa bière, la termine et la repose avec force sur le comptoir. D'un ton qui ne supporte pas d'objection, il dit. Personne ne doit me nommer mais je fais parfois des exceptions. (...).

Mais l'intrigue était là... autour de Dieu dans la peau de ce SDF, sorti de nulle part!

Of course... [Tiens, j'ai oublié dans mes désagréments cet épouvantable "franglais" qui se balade de-ci de-là dans le texte sans aucune justification: "downtown" pour centre ville, "How are you today?" ?].

Bref, j'ai atteint à reculons le tiers du livre, passé les deux-tiers en m'y accrochant et consacré ma grasse-mat dominicale à en achever la lecture, poussée par la seule curiosité de l'audacieuse imagination de l'auteure.

Dieu sous un aspect bien insolite... Why not?

Jeune journaliste à Los Angeles, Morgane rencontre un curieux personnage - un SDF dépressif et bougon peut-être même dangereux, susceptible et coléreux - qui se place derechef sur son chemin en lui annonçant qu'il est Dieu et qu'il l'a choisie pour écrire sa biographie!

Une imagination audacieuse à ravir

Eh... fallait le faire, comme le relève de manière narcissique et peu fine l'auteure à travers un personnage secondaire, Dorian, éditeur en herbe: «Si c'est Dieu, la biographie sera normalement en béton et je n'aurai aucun mal à la faire éditer.» Ou encore: «Un écrivain s'exalte sur l'histoire de Dieu, il dit que c'est la meilleure autofiction de l'année et qu'il se porte volontaire pour l'écrire si jamais ce type n'y arrive pas lui-même.»

Bon ma dureté n'a d'égale que ma déception sur la forme et le fond...

Des idées ou un panier d'interrogations philosophiques dans l'air du temps

Mal habillées, les idées autour de la souffrance de ce Dieu incompris, mal ou non aimé des hommes, ne sont que le ramassis des mots que l'on peut capter peut-être pas au marché, encore moins sur les réseaux sociaux, mais à n'importe quelle table de café pour un peu que l'on soit à l'écoute des autres.

L'intérêt sous les défauts... Une vision extrêmement lucide (et pitoyable) de la société humaine

Fort justement le reportage à la source est l'énorme qualité de Pia Petersen, qui malgré toutes les faiblesses de cet ouvrage sans doute commandées par l'urgence de dire, nous offre (en bousculant pour certains beaucoup de clichés) une vue de l'esprit incisive de ce monde en perte de repères entravé dans les dogmes religieux si néfastes.

Pia Petersen nous la retranscrit avec les mots imparfaits de sa population. Dans un langage pour autant on ne peut plus propice à toutes les interrogations, invitant sérieusement chacun à se replonger dans la source natale ou à s'élever dans le monde spirituel, si par chance l'on se souvient encore que nous possédons ce privilège et qu'il est jusqu'à présent toujours incommutable.

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Logo du site Les chroniques culturellesCultur'elle (Caroline Doudet)
Février 2014


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Mon nom est Dieu de Pia Petersen

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Couverture du livre Mon nom est Dieu - Éditions Plon Lorsque Dieu lui demanda d’écrire sa biographie, elle dit non, fermement non, pas question.
Lorsque Dieu lui ordonna d’écrire sa biographie, elle lui demanda de quel droit il lui donnait des ordres.


Il y a quelques années, j’avais rencontré une fille qui avait enseigné dans je ne sais quel pays étranger, et qui m’avait raconté avoir eu affaire à un élève humblement prénommé… Dieu. Un élève par ailleurs particulièrement pénible. Aussi passait-elle son temps à dire "Dieu, tais-toi", ou "Dieu, arrête", expérience pour le moins assez cocasse. Bref, c’était pour l’anecdote, qui ressemble un peu, finalement, au point de départ de ce roman.

C’est au cours d’une élection de Père Noël que Morgane, journaliste et écrivain, fait la connaissance d’un drôle de bonhomme qui affirme non seulement s’appeler Dieu mais être Dieu, et l’avoir choisie, elle, entre toutes les femmes, pour écrire sa biographie. Ce que Morgane, dans un premier temps, refuse. De toute façon, elle ne croit pas en Dieu.

Voilà une lecture à la fois divertissante et profonde, comme je les aime. Le point de départ est plutôt intrigant, et tout comme Morgane le lecteur ne peut que s’interroger sur l’identité de Dieu: un imposteur, qui va au bout de ses convictions, ou réellement Dieu? Mais dans ce cas, il n’est pas vraiment comme on pourrait se le figurer: dépressif, bougon, tyrannique, maladroit, il devient finalement particulièrement attachant, et drôle. Car, oui, le roman est dans l’ensemble amusant, et les péripéties de Dieu au milieu des hommes m’ont beaucoup divertie, et à l’occasion fait sourire. Mais l’aspect plaisant cache quelque chose de plus profond. Comme dans les autres textes de Pia Petersen, l’écriture, ce que c’est que d’être écrivain, sont des thèmes important. Mais ce que la romancière interroge ici, de manière assez troublante, c’est la société actuelle et son rapport au divin et au religieux: Dieu se plaint de ce que les hommes lui en veulent, l’accusent d’être responsable de tous les maux et de ne rien faire pour les consoler, alors qu’il leur a donné le libre-arbitre, qu’ils sont donc responsables de leurs choix, et que finalement ils s’en servent pour se laisser manipuler par les religions d’abord, puis les diverses sectes qui fleurissent ici ou là, comme celle du roman, dirigée par un certain Jansen (nom intéressant d’ailleurs, puisqu’il est celui du fondateur du jansénisme) et qui n’est pas sans rappeler, me semble-t-il, la scientologie: les unes comme les autres, finalement, font leur business mais se moquent bien du divin: son message est caviardé, on lui invente des actions, et on change sans cesse son nom sans qu’il ait rien demandé. C’est donc finalement dans un monde qui a perdu ses repères que Dieu se trouve incarné, et il y a de quoi effectivement devenir dépressif, fumer des joints, boire de l’alcool et draguer les filles pour se consoler.

L’ensemble est évidemment très voltairien, sur la forme qui n’est pas sans rappeler celle du conte philosophique, comme sur le fond, assez irrévérencieux concernant les religions!

Il s’agit donc d’un roman bien agréable à lire, et qui ne manquera pas de susciter la réflexion. Il devrait s’agir d’une trilogie, et j’ai vraiment hâte de lire la suite….

 

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Dieu en tongs à la librairie
Pia Petersen - Mon nom est Dieu

Couverture du livre Mon nom est Dieu - Éditions Plon Mon nom est Dieu, le nouveau roman de Pia Petersen aurait pu s’intituler: «Et si c’était vrai?».
Il ne faudrait pas en déduire pour autant qu’il est modelé dans les mêmes intentions gentillettes. Qui a déjà lu Pia Petersen sait que ce n’est pas le genre de l’auteur.

Et si c’était vrai, donc?
Et si ce SDF malotru, râleur invétéré, narcissique, un brin libidineux, limite parano et porté sur les psychotropes en tout genre disait vrai? Et si c’était bien Dieu en personne, revenu sur Terre?

Même si tu es Dieu… Même là, je ne pourrais pas croire en toi. Tu es quoi? Une idée? Une fiction, un personnage de roman? Tu n’es peut-être rien de tout ça, c’est moi qui divague… elle est confuse puisqu’il est bien matériel, très physique.

Mais pourquoi elle, d’abord? Pourquoi celui qui dit être Dieu l’a-t-il choisie, elle entre tous, pour écrire sa biographie ? Morgane Latour, journaliste au Los Angeles Examiner, qui n’est pourtant pas du genre à s’en laisser compter, est perplexe.

Elle n’a pas envie de parler mais elle est curieuse, il faut qu’elle sache de quoi il retourne.
Ça fait longtemps que vous n’habitez nulle part?
Vous faites quoi, dans la vie?
Je suis Dieu. C’est ce que je fais.
Elle n’insiste pas davantage.


Si elle est présente ce jour à l’élection du père Noël officiel, où elle croise pour la première fois celui qui se fait appeler Dieu, c’est que dans l’assistance se trouve celui qui l’intéresse vraiment, l’homme qui sera au cœur de son prochain article: Jansen, un prédicateur, officiellement fondateur d’une nouvelle Église. Dans un article en préparation, la jeune journaliste s’apprête à dénoncer les dérives de l’organisation sectaire qui se cache sous les oripeaux de la respectabilité.

Morgane ne croit pas plus au père Noël qu’à Dieu, quel que soit le nom ou l’apparence dont on l’affuble. Et pourtant, contre toute attente, troublée par l’énigmatique clochard, elle va finir par accepter la tâche qu’il lui confie. Pire, elle lui propose de s’installer dans le petit studio attenant à son appartement.

Et si c’était vrai? Si c’était Dieu? Pourquoi pas? Est-ce qu’on peut prouver qu’il n’existe pas? Même si c’est une escroquerie, ce type y croit, il en est persuadé et Jansen s’y intéresse de près. Dans tous les cas, ce sera toujours l’histoire d’un homme qui se prend pour Dieu et qui va au bout de ses convictions.

Dieu est déphasé; il ne comprend plus rien aux Hommes.

Dieu affirme qu’il peut tout savoir mais ce n’est pas pour autant qu’il peut tout comprendre. Il ne comprend pas les hommes et il n’aurait jamais dû leur donner le libre-arbitre. Il les a libérés, voilà tout et c’était une bêtise.

Alors Morgane le traîne à travers L.A., pour lui montrer l’état du monde et qu’il se frotte à sa Création. Lors de leurs balades, Dieu se montre on ne peut moins coopératif: il élude la plupart des questions qu’elle lui pose sur sa vie et se comporte de façon pour le moins cavalière, comme entrer dans une librairie, honteusement flatté de trouver tant d’ouvrages qui lui soient consacrés, et repartir les livres sous le bras, sans passer par la caisse. À quoi bon, puisque tout lui appartient et que tout lui est dû; il est Dieu, non?
Même s’il lui en fait voir de toutes les couleurs, la jeune fille s’attache à cet homme singulier. À son contact quotidien, elle assiste à d’étranges phénomènes et se prend à remettre en question ses certitudes. Et si Dieu existait?

Après, bon, c’est à chacun de décider pour lui-même. D’ailleurs elle s’en fiche de savoir s’il existe ou pas, il peut exister, ce n’est pas pour autant qu’elle doit y croire.

De son côté, Jansen essaie par tous les moyens de rallier Dieu à son Église. Quoi de mieux pour son entreprise qu’une telle figure emblématique? Les nouveaux fidèles vont se bousculer et, avec eux, des sommes d’argent tout aussi conséquentes.
Mais le néo-gourou n’est pas seul sur le coup. D’autres responsables religieux veulent mettre la main sur ce Dieu qui pourrait mettre à mal les obligations et autres contraintes qu’ils ont érigé en son nom pour asseoir leur pouvoir.

Les porte-parole sont les pires. Les prêtres, les imams, les prophètes, un vrai cauchemar ; des escrocs, des arnaqueurs qui ne voient que leur intérêt.

Après Instinct primaire, Pia Petersen s’attaque dans Mon nom est Dieu à un nouveau sujet sensible: les religions.

Il est terriblement humain le Dieu de Pia Petersen, avec tous ses défauts. Bien loin de l’image d’Épinal, de ravissement et de bienveillance qui lui est traditionnellement associée.
Pourtant, les Hommes, il ne les a pas à la bonne. Ils n’ont rien compris et l’ont déçu, écœuré.
Pourquoi racontent-ils tant de fadaises à son sujet? Où ont-ils été cherché toutes ces histoires qu’ils propagent sur son compte, déformant tous ses propos, défigurant toutes ses intentions?
Ils ne s’y prendraient pas mieux pour l’accabler s’ils ne l’aimaient pas. D’ailleurs, il se mord les doigts de leur avoir laissé le libre-arbitre. Pour ce qu’ils en ont fait…

C’est n’importe quoi, ces disputes sur mon nom.
Tout ça pour une histoire de territoire, un angle de vue qui donne la priorité à une interprétation plutôt qu’à une autre, un bout du monde plutôt qu’un autre et c’est sûr que c’est compliqué mais le pire, c’est qu’on ne s’est même pas demandé ce que je désirais, moi. On me préfère tout le temps différent de celui que je suis et maintenant je ne sais plus très bien moi-même. Je te le dis, les hommes ne me comprennent pas, ils croient qu’il y a un nouveau Dieu qui prend la relève ou que je suis moins important. Pourtant, je suis le même, Dieu, l’Unique, quelle que soit la religion, fanfaronne-t-il.


Évidemment la figure de ce Boudu mystique et dépressif est matière à situations décalées et scènes drolatiques. Mais cette comédie “à l’américaine” faussement légère donne à réfléchir, sur l’existence d’une entité supérieure et le rôle réel des religions au nom desquelles les hommes s’entretuent à travers la planète.

Si Dieu est vraiment Dieu, il creuse sa tombe en revenant sur terre, c’est ce qu’elle se dit et elle se demande ce qui arriverait si la rupture entre les hommes et Dieu était consommée. Dieu pourrait-il mourir pour de bon? La relève est-elle prête? Et s’il n’y a pas de relève? Peut-être que l’homme peut exister sans supérieur hiérarchique.

Auteur de convictions, Pia Petersen ne se gêne pas pour distiller au passage ses positions sur d’autres sujets d’actualité tout aussi polémiques, comme la question des origines, par exemple.

Elle n’attache aucune importance à l’idée d’origines, ni de racines. L’histoire de sa propre famille est floue, ses origines vagues, incertaines, très mélangées mais ça l’arrange. C’est comme une liberté qui lui a été offerte et elle ne comprend pas cette obsession qui s’empare des gens à ce propos.

Mon nom est Dieu est une fable impertinente et divinement jubilatoire. Au moins jusqu’à son dernier quart, que j’ai trouvé plus poussif, et qui finit un peu abruptement. Mais j’ai appris depuis, dans cette vidéo pour les Librairies Mollat, qu’il s’agit là du premier tome d’une future trilogie. Ceci expliquant cela.
J’attends donc de découvrir la suite et de voir comment Pia Petersen va négocier son récit sur la durée.

 

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Mon nom est Dieu de Pia Petersen

Couverture du livre Mon nom est Dieu - Éditions Plon Morgane Latour est une journaliste qui s’intéresse de près à un dénommé Jansen, le chef, ou plutôt le gourou, d’une secte. Ce dernier assiste, sans doute pour son image, à un concours de père Noël: lequel sera le plus crédible pour l’incarner? Parmi eux, un hurluberlu qui dit s’appeler Dieu. Morgane s’intéresse alors à cet homme qui a plutôt tout l’air d’un vagabond.
Retombant le lendemain sur lui, elle se pose tout de même des questions: et s’il disait vrai? Et s’il était réellement Dieu? Des signes discrets font même leur apparition…
Commence alors un périple digne de la découverte du Créateur qui se rend compte de l’ignominie de son oeuvre: les hommes.

Mon nom est Dieu est tout d’abord bien perturbant. Il me fut compliqué d’appréhender cet homme comme l’incarnation de Dieu. Apathique, pitoyable, porté sur les anti-dépresseurs, l’alcool ou les joints, voici un portrait qui dérange et gratte. Bien entendu, le lecteur est avide de réponses, comme Morgane, mais Dieu est un taiseux qui ressemble davantage au persécuté passif qu’à un ordonnateur puissant.

Fable de nos heures sombres, Mon nom est Dieu revient sur les dérives des hommes, de la religion aussi: comment ne pas être fou de rage de voir que les hommes n’ont eu de cesse de tirer les religions en leur faveur sans écouter le réel message divin?
L’Homme serait alors la seule cause de ses malheurs, et la Bible, le Coran ou encore la Torah des tissus de mensonge crées pour le profit de quelques hommes.

De façon comique, par conséquent, Dieu est un déiste et rejette en masse toutes les religions.
Mais c’est aussi un être seul, qui souffre même de cette solitude, et n’aurait rien contre un petit plaisir charnel. Car Dieu est amour avant tout.
Mais ce roman ne se borne pas à son simple portrait. Les Hommes aussi sont au centre de cette fable, et ils n’ont pas le bon rôle …

Amertume, tendresse, pitié, le lecteur passe par de nombreuses émotions, et s’attache à ce vieux bourru. Portrait au vitriol de notre société, voici un roman tour à tour tendre et caustique qui permet au lecteur d’enclencher une certaine réflexion critique.
Leiloona

 

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Février 2014



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Mon nom est Dieu de Pia Petersen

Couverture du livre Mon nom est Dieu - Éditions Plon Je ne sais pas si vous vous en souvenez mais la lecture d’Instinct primaire avait été un moment important pour moi, comme une révélation, comme cette impression prétentieuse de lire un livre qui n’aurait été écrit que pour moi. Bon je n’ai pas fait mon égoïste jusqu’au bout puisque je l’ai pas mal prêté autour de moi. Si vous ne l’avez pas encore lu, faites-le, c’est une réflexion hyper intéressante sur la place de la femme dans notre société. Et quand on voit le recul des mentalités de ces dernières semaines…

Revenons-en à Dieu… et au nouveau roman de Pia Petersen. Je remercie les éditions Plon (et vous savez que je suis une ingrate qui remercie très peu) de non seulement m’avoir envoyé ce roman mais aussi de m’avoir permis de rencontrer Pia en tout petit comité et d’avoir pu lui poser plein de questions. Une rencontre que je ne suis pas prête d’oublier.

Dans ce roman, sous couvert de ce qui pourrait s’apparenter à une farce, l’auteur signe, selon moi, un coup de maître. Dans cette histoire, une journaliste, Morgane Latour, va faire connaissance d’un personnage très étrange. Candidat pour devenir le père Noël, il échoue lamentablement. Normal, me direz-vous… Il prétend être Dieu. Et il a choisi Morgane pour écrire sa biographie. Comment imaginer un instant que ce type débraillé, aimant les femmes et les substances addictives, souffrant de cette impression d’être aussi incompris et négligé par les hommes, pourrait être Dieu. Il est tellement humain… Et si Dieu avait vraiment créé l’homme à son image?

Ce livre a de nombreuses vertus. Tout d’abord, sous couvert d’une histoire déjantée (car on rit dans ce roman), l’auteur parvient à provoquer le questionnement du lecteur. Qui est Dieu? Existe-t-il vraiment? Lequel est-il? Dieu, Allah, Yahvé… Zeus? La religion ne serait-elle pas une manipulation massive de l’humanité? Et puis de manière générale, ce livre fait réfléchir et donc se sentir vivant! Et ça, ça n’a pas de prix.
On va suivre Morgane derrière ce type qui va peu à peu incarner réellement Dieu.
Un roman enlevé, plein de rebondissements, plein de sentiments contraires, drôle sans jamais virer dans un loufoque idiot. Un roman à lire. Un roman d’un projet en trois volumes.
Alors un peu de patience… Pia pouvait-elle traiter la question de Dieu en si peu de pages.
Stephie

 

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Mon nom est Dieu de Pia Petersen

Couverture du livre Mon nom est Dieu - Éditions PlonMorgane est une jeune journaliste vivant à Los Angeles. C’est lors d’une enquête sur Jansen, le fondateur d’une secte, qu’elle fait la connaissance de Dieu. Ou du moins d’un SDF grincheux qui dit être Dieu. Ce dernier souhaite que Morgane écrive ses mémoires pour que les hommes puissent l’aimer à nouveau. Profondément athée, Morgane se laisse néanmoins captiver par cet homme allant jusqu’à le loger chez elle et lui proposer d’être son assistant.
"Morgane aimerait qu’il arrête de parler pour qu’elle puisse penser. L’homme qui s’appelle Dieu l’intrigue, l’attire, elle a envie d’aller vers lui et en même temps elle veut qu’il s’en aille, elle a envie de lui dire de s’en aller le plus loin possible mais il semble si sûr de lui, comme s’il en savait plus long que quiconque sur toute chose et ça la fascine et la dérange."
Mais bientôt, elle s’interroge sur l’identité de cet homme. Des faits très étranges se produisent autour de lui: des ombres inquiétantes apparaissent lorsqu’il se met en colère, la mer s’ouvre autour de lui et une lumière blanche et intense apparait quand on le prend en photo.
Morgane n’est pas la seule à remarquer les dons de celui qui se fait appeler Dieu, Jansen s’y intéresse de près et il se voit déjà l’utiliser comme emblème pour son église.

On retrouve dans "Mon nom est Dieu" la formation philosophique de Pia Petersen. Dans la tradition des écrits de Voltaire, elle interroge notre rapport à la religion sous la forme d’une fable. Ici Dieu s’inscrit dans le quotidien de Los Angeles, il porte des tongs, boit de la bière et aime se faire draguer par de belles femmes. Mais s’il est revenu sur terre, c’est surtout pour essayer de comprendre sa création. Les hommes le détestent, lui en veulent pour tous leurs malheurs et Dieu veut réhabiliter son image. Il pense avoir laissé trop de liberté à l’homme: "Il dit d’un ton maussade qu’il est trop démocrate, voilà tout. S’il n’avait pas donné le libre-arbitre aux hommes, il n’en serait pas là. On lui en veut. Pour se venger, on le rebaptise, on dispense des interprétations farfelues de ce qu’il est censé avoir dicté et là encore, c’est à cause de sa gentillesse."
Les différentes églises tentent de récupérer Dieu dont le discours pourrait remettre en cause leurs règles, leurs diktats. Il se sent plus aimé par la secte de Jansen mais il se rendra compte qu’il ne s’agit que de l’exploiter, de l’utiliser pour embrigader plus de fidèles. L’idée de Dieu défendue par Pia Petersen est intéressante puisque son personnage remonte aux mythologies antiques. Dieu s’appelait, avant, Zeus et il aimait les histoires qui se racontaient sur lui. Le Dieu du livre aime la vie, l’amour et est tolérant. Un message qui est clairement dévoyé par les différentes églises.

"Mon nom est Dieu" questionne le besoin d’un esprit transcendant, d’une hiérarchie supérieure chez l’homme d’autant plus crucial en ces temps troublés. Pia Petersen dénonce les intermédiaires (religion ou secte) qui transforment le message de Dieu en obligations et en contraintes. Elle met surtout en avant ce qui pour elle doit rester le plus important: la liberté de vivre et de penser. Liberté qui est de nouveau portée par une écrivaine comme dans "Instinct primaire". Une fable drôle et pertinente.

 

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Couverture du livre Mon nom est Dieu Pia Petersen Mon nom est Dieu

Pia Petersen pratique le mélange des genres et flirte allègrement avec l'humour, le fantastique et le thriller, sans oublier d'évoquer l'intérêt de ses personnages pour l'écriture et la création littéraire. Dans son précédent roman, Un écrivain, un vrai, Gary Montaigu était un écrivain installé à New York dont la route croisait à plusieurs reprises celle d'un mystérieux homme aux cheveux gris, comme une figure du destin. Cette fois-ci, nous sommes à Los Angeles et une journaliste rencontre un homme qui dit s'appeler Dieu. La jeune femme étant athée, leur relation n'a rien d'évident – pour le plus grand bonheur du lecteur – et leurs conversations mettent en lumière bien des contradictions dans le fonctionnement du monde où nous vivons.

Tout commence avec une histoire de Père Noël…
Morgane Latour, journaliste au Los Angeles Examiner, a décidé d'écrire le portrait du fondateur d'une nouvelle Église, un certain Jansen, qui se fait des burettes en or en proposant toutes sortes de programmes et de traitements à des milliers de personnes qui ne vont pas très bien moralement. L'affaire est juteuse mais il pense pouvoir faire mieux encore et ce n'est pas par hasard qu'il est venu à un concours organisé par la société Disney pour élire le Père Noël officiel, celui qui serait universellement reconnu comme le vrai, le seul d'entre tous. Morgane trouve l'idée amusante et suit la présentation de la vingtaine de concurrents sans quitter de l'œil le prédicateur, sujet de son article. Le dernier candidat se montre peu coopératif. Il dit s'appeler Dieu et accepte mal qu'on mette sa parole en doute. Il affirme aussi être là par hasard et refuse d'endosser l'habit rouge.
Ce qui étonne Morgane c'est l'intérêt que manifeste Jansen pour cet homme aux allures de clochard bougon à qui il va donner sa carte et serrer la main à la fin du concours…

Le lendemain, Morgane est surprise de croiser à nouveau, dans une ville aussi vaste, l'homme qui dit s'appeler Dieu. Il reconnaît l'avoir suivie et lui demande d'écrire sa biographie. Elle refuse en expliquant qu'elle est athée et mal placée pour ce travail. Mais il n'en démord pas et d'étranges phénomènes se manifestent lorsqu'il se met en colère. Les sensations sont si fortes qu'elle finit par accepter de devenir la biographe d'un Dieu auquel elle ne croit pas.

Morgane a pour compagnon, Dorian, un agent littéraire, qui revendique l'indépendance de chacun ; ils se voient donc régulièrement chez l'un ou chez l'autre. Dorian est surpris et vexé quand il entend Morgane proposer à cet étrange SDF de s'installer chez elle, le temps de trouver une autre solution…

Une étrange relation s'instaure entre Morgane et le mystérieux inconnu. Elle est curieuse et attirée par cet homme hors du commun et insaisissable. Elle le trouve à la fois pathétique et attachant. Il se met en colère facilement, donnant alors l'impression que la terre se met à trembler ou que des ombres noires envahissent l'espace. Il affirme que les hommes ne l'aiment pas et il ne comprend pas pourquoi. Il s'insurge contre les images fausses qu'on véhicule à son propos.
Morgane dit que dans les Saintes Écritures... Dieu la coupe et sa voix résonne jusqu'à laisser des marques sur sa peau et elle sent encore la peur dans son ventre. Il dit que les Écritures ne sont pas saintes. Que les hommes ont fondé le monde sur ces écrits-là plutôt que sur d'autres et que c'était un choix. Aujourd'hui il faut choisir de remettre ces fondements à jour, réécrire les mythes, les actualiser, ou les corriger plus en profondeur. […]
Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi les hommes insistent pour faire de moi un être asexué, qui règne par la distance, qui vit dans le néant et qui est responsable de tout. Quelle métaphore triste...

Le sérieux des conversations alterne avec l'humour de scènes hautes en couleur. Une altercation avec un policier quand il affirme s'appeler Dieu. La visite d'une librairie dont il ressort les bras chargés de livres religieux. Une soirée avec des jeunes où il fume quelques joints de trop. Sans oublier ses expériences sexuelles, une activité qu'il n'a pas pratiquée depuis bien longtemps…

Malgré les grands airs que se donne l'inconnu et les pouvoirs qu'il semble détenir, Morgane reste sur ses positions non-croyantes et se fâche, elle aussi, quand Dieu refuse de fournir des réponses à ses interrogations. Il a un don pour esquiver les questions qui exaspère la journaliste.

Jansen, de son côté, est bien décidé à récupérer ce drôle de paroissien qui pourrait devenir l'emblème de son Eglise, augmenter sa crédibilité, attirer des foules de plus en plus importantes accompagnées d'un flot massif d'espèces sonnantes et trébuchantes. Encore faut-il le convaincre et tous les moyens seront bons. Le problème est qu'il n'est pas le seul à avoir cette idée...

Voilà un roman où le débat est aussi animé que les scènes d'action, où l'humour alterne avec la tendresse, où les personnages se cherchent et s'interrogent, où le lecteur s'amuse et se demande à la fin de chaque chapitre quelle surprise l'attend au suivant… Une lecture intelligente et drôle à la fois, il serait dommage de ne pas céder à la tentation.
Serge Cabrol

 

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Couverture du livre Mon nom est DieuMon nom est Dieu de Pia Petersen

Mon nom est Dieu….voilà un titre qui interpelle…

Quel est le nom de Dieu? Les Juifs disent que son véritable nom est tombé en désuétude. Les chrétiens l’appellent Jésus; les musulmans, Allah [...]. Alors, quel est-il?
Pia Petersen nous livre une puissante réflexion sur sa présence pour ne pas dire son existence.
De nos jours désinvolture à l’égard de ce dernier n’est pas rare et on serait tenté de dire comme certains personnages du livre... je suis athée... Dieu merci. Et si les doutes des athées devenaient des croyances? Qu’en pense Dieu??
Jeune journaliste à Los Angeles, Morgane devrait a priori se méfier de ce SDF dépressif et bougon, peut-être dangereux, qui se place obstinément sur son chemin... Surtout quand il lui annonce qu'il est Dieu et qu'il l'a choisie pour écrire sa biographie! Contre toute raison, Morgane, résolument incroyante, va se laisser captiver par ce personnage improbable.

Dieu est parmi nous,va descendre sur terre ,dans la mégalopole de Los Angeles. Déprimé, écoeuré, largué,amer il ne comprend pas pourquoi les hommes se sont détournés de lui ni pourquoi ils lui attribuent d'autres noms, à l'exception de Jansen, fondateur d'une Église aux allures de secte, qui a décidé d'en faire son icône. Page après page il va nous apparaitre sous un jour insolite.

À cette fable, Pia Petersen parvient à donner une étonnante réalité. Comme Morgane, le lecteur finit par se demander s'il n'a pas réellement affaire à Dieu. Et se laisse prendre au miroir d'une fiction qui en dit assez long sur notre modernité si incertaine d'elle-même...

Bousculant tous les clichés et s'affranchissant de tous les dogmes religieux, cet autoportrait de Dieu nous offre une vision décalée de la société humaine, propice à toutes les interrogations, plongeant dans la création, physique et spirituelle, d'un monde en perte de repères.
L'importance de l'écriture qui transforme les mythes en réalité prend toute sa place dans ce roman où le questionnement l'emporte sur les affirmations.
Dieu imposture ou divinité??? question métaphysique dans cet environnement romanesque qui dresse un portrait implacable de l’humanité.
Les hommes n’auraient ils rien compris,reprends Dieu (dans le roman) ils comprennent tout de travers... chacun saisit le monde d’après soi–même.

Un roman philosophique à lire... un roman initiatique dans lequel le personnage principal, Dieu nous interroge subtilement sur nos existences

Henri Delorme

 

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Couverture du livre Mon nom est Dieu Pia Petersen brise l’ultime tabou, nom de Dieu!

"Les prêtres, les imams, les prophètes, un vrai cauchemar, des escrocs, des arnaqueurs qui ne voient que leur intérêt": Dieu n’a pas la langue dans sa poche!
Le voilà cabotin, aime à se plaindre pour un oui pour un non mais ne peut contenir sa joie quand il découvre, dans une librairie, tous ces livres qui ne parlent que de Lui. Au point de s’amuser à draguer les fidèles qui le prennent pour un fou ou un pervers…

Dieu est parmi nous et il est amère: il n’était pas revenu depuis la genèse et il découvre des Hommes "ingrats, instables, égoïstes, destructeurs et plus encore et le résultat, c’est une extrême solitude mais personne ne se rend donc compte de ça?"

Car Dieu regarde comme nous devrions voir le monde, sans la complaisance actuelle qui laisse libres des cohortes de prophètes illuminés, autorise à outrance le culte de la personnalité… "Toutes les religions sont des conneries", dit-Il. On est donc en droit de le croire, Il sait ce qu’Il dit à première vue. D’ailleurs, Il se repent très vite d’avoir offert le libre arbitre aux Hommes, une bêtise dont Il se maudit tous les jours: faut dire qu’en nous rendant visite, Dieu s’est très vite aperçu de l’importance de la catastrophe!

Un monde sclérosé, prisonnier de règles absurdes, épris d'absolu matérialiste, enclin à la sauvagerie, baigné de certitudes et pétri d'orgueil. Vraiment pas de quoi pavoiser. D'ailleurs, la jeune Morgane, journaliste free-lance qui récupère ce drôle de SDF lors d'un concours de Père Noël, commence vite à s'en mordre les doigts. Cet illuminé pique de drôles de colère et ses pouvoirs semblent étranges; peut-être dit-Il la vérité?

Elle accepte de travailler avec Lui à ses Mémoires et subit le tourbillon de son quotidien : Dieu ne tient pas en place et succombe un peu vite aux sirènes d'un prédicateur qui a senti le bon filon pour continuer à gruger ses disciples...

Qui croire alors, la presse? Certainement pas, les journaux ne donnent plus au lecteur que ce qu’il veut lire, les chiffres de ventes imposent leur loi ; adieu vérité et réalité objective. Les Hommes veulent du rêve et de l’espoir, il faut leur servir sur un plateau entre deux publicités. Tiens, ici aussi, sur le Salon, j’en vois désormais. Ne serai-je alors pas en train de rendre compte de manière honnête? Suis-je perverti par l’aura du bandeau dynamique qui vante les mérites d’une marque de café ou d’automobile? Sommes-nous en train de nous payer, nous aussi, la tête du lecteur? Comme ces églises qui manipulent les Hommes en jouant sur l’affect au détriment de l’intellect?

Soyons francs, il n’y a que des sots pour abonder à un dogme aussi ridicule et s’en satisfaire. Il faut être lâche pour ne pas oser affronter la mort et se cacher derrière des croyances ridicules d’une vie après le grand rendez-vous. Réveillez-vous! C’est ici et maintenant que se joue votre destin. Pas dans les limbes d’un paradis hypothétique ; le pari de Pascal est une imbécilité de premier ordre! Jouissez, prenez la vie à pleine dents, profitez, nom de Dieu!
Après il sera trop tard, vous serez mort.
Et seulement.

François Xavier

 

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Décembre 2013

 

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Couverture du livre Instinct primaireLui dire ses quatre vérités ou l’Instinct primaire de Pia Petersen

Étonnante collection que Claire Debru a initiée chez Nil (groupe Robert Laffont) où les auteurs sont sollicités pour écrire une lettre dans laquelle toutes les vérités sont bonnes à dire. Ainsi, quand Romain Solocombe livra sa lettre de délation, le landernau germanopratin laissa échapper quelques frémissements de bon aloi, mais le livre était nettement trop ambitieux pour ces jurés frileux des prix d’automne… Le bouche à oreille fit le reste, et deux émissions de télévision finirent par porter au grand public la bonne parole.

Espérons qu’en ces temps de disette le Père Noël n’en oublie pas pour autant ce nouvel élément de première importance. Il évoque un sujet primordial dans cette époque délirante où l’on marche sur la tête plus souvent qu’autre chose, ainsi, s’il y avait une avancée à savourer, c’est bien dans la reconnaissance – et sa mise en pratique – de l’absolue égalité entre les êtres humains, en débutant par le prisme homme/femme. Plutôt que de verser dans l’infantilisation de la langue et sa féminisation outrancière – et injustifiée – il convient d’oser aborder honnêtement les sujets qui fâchent. Ainsi, vous lirez Pia Petersen (qui m'avait enchanté avec Un écrivain, un vrai) sans la moindre retenue, appréhension, orientation, suggestion ou tout autre argutie insidieusement évoquée par quelques critiques, mâles de préférence, en conflit avec le talent qu’ils n’ont pas.
Car Pia Petersen est un écrivain, et non une femme qui écrit!

À l’image de tout artiste, elle est habitée. Elle n’écrit pas comme d’autres vont au bureau, elle s’impose un mode de vie, une manière d’être, c’est en elle. Sacerdoce, passion, appelez-le comme vous voulez, mais de Lou Andréa Salomé à George Sand ou Colette, ces dames de la littérature nous ont maintes fois démontré qu’elles dépassaient la grande majorité des hommes. Raison de plus pour cesser, une bonne fois pour toutes, de les considérer autrement.
Exit donc cet insipide et risible prix Fémina!

Et quitte à faire le ménage, jetons aux orties les conventions, les coutumes et les traditions; et commençons par la première: le mariage. Ce bout de papier si conventionnel qu’il appelle – presque obligatoirement, insidieusement, nécessairement – l’adultère. «C’est là que l’on voit l’importance exagérée du mariage. La maîtresse est toujours considérée comme l’intruse, la créature qui s’immisce dans le couple dit sacré puisque tenu par un contrat de mariage. C’est n’importe quoi. Moi, je dis qu’il faut libérer les maîtresses de leur clandestinité forcée.»

La narratrice est cette mariée aux yeux brouillés de larmes qui s’enfuit pour ne pas épouser l’homme de sa vie. Voilà un an que cela s’est produit, elle ne l’a plus jamais revu. Elle ne parvient pas à le joindre au téléphone, alors elle lui écrit cette longue lettre. Car elle assume être cette femme qui a choisi de ne pas se résigner à enchaîner son amour dans des conventions sans avenir. Elle revendique sa liberté d’être humaine sans devoir être sexuée systématiquement et devoir assumer cette maternité imposée. Être femme ne veut pas dire nécessairement être mère!

Diatribe cinglante sur cette réalité occidentale, tout aussi misérabiliste que cette culture musulmane que l’on critique tous les jours, cette lettre inondée de lucidité renvoie les femmes à leur lâcheté. Celles qui refusent «de franchir le pas pour devenir enfin ce qu’elle[s sont, des] être[s] humain[s].»Au lieu de cela, elles refusent l’évolution et se cantonnent dans leur animalité: méchantes, mégères, sans amour, égoïstes, asséchées, amères, vindicatives… Mais de quel droit juge-t-on une femme qui choisit de ne pas avoir d’enfant?

Drôle d’habitude que cette manie si humaine d’avoir un avis sur tout, et de se mêler des affaires des autres. La narratrice se voit confrontée aux médisances de ses amies qui lui reprochent d’aimer un homme qui n’est pas libre, sans se poser la question de savoir ce que cela représentait pour elle. «On ne décide pas qui on aime, ni quand. On décide seulement d’y aller ou pas […].»

Comme il y eut en son temps quelques pamphlets célèbres qui firent se lézarder les dingues de vertus et autres crétinismes sociétaux bien ancrés dans des cerveaux mal réveillés, savourons ce missile d’outre-pensée qui démontre combien la femme est encore à des années lumière de sa libération, donc de sa vie à prendre en mains. Outre la courageuse politique de la dénatalité prônée ici ou là (notamment dans certains États de l’Inde), ce texte en appelle aussi à la responsabilité des hommes qui se définissent plus par leurs actes que par leur paternité ; et qui doivent donc aussi laisser à la femme le total choix de sa vie, et donc de ses sentiments et de son corps!

Les exigences sociétales n’ont pas à interférer dans le choix de vie d’un être humain. Il faut, après avoir refermé ce livre, voir (ou revoir) Little Big Man.
François Xavier

 

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Instinct Primaire de Pia Petersen

Couverture du livre Instinct primaire - Éditions NilLa collection Les affranchis des éditions NiL regroupe des œuvres épistolaires. En effet, chaque livre est une lettre destinée à une personne. Ici Pia Petersen écrit à son ex-compagnon. Elle lui expose tout l’amour qu’elle lui porte mais aussi sa façon de voir la vie et en particulier la vie de couple. Leur histoire n’a pas fonctionné puisque qu’elle ne souhaitait pas se marier ni avoir d’enfant alors que lui si. Dans cette lettre, Pia Petersen se confie à lui sur ses regrets, ses doutes passés et ses convictions les plus intimes.

Comme vous l’aurez compris, il s’agit d’un récit engagé d’une femme qui croit fort en ses convictions. Dans son passé, face à des femmes atterrées à l’idée qu’elle ne veuille pas d’enfant elle a parfois eu du mal à assumer sa pensée, elle nous l’expose sans aucune concession en utilisant ses propres mots. Elle est touchante par son humanité, ses faiblesse mais aussi par sa combativité à ne pas se plier aux normes. Ce que j’ai apprécié c’est que Pia Petersen ne dénigre pas les femmes qui ont des enfants. Elles dénoncent seulement celles qui ne respectent pas sa façon de voir les choses et de mener sa vie.

Ce livre contient également une bonne dose d’émotion puisqu’à plusieurs reprises l’auteure dévoile à l’homme qu’elle aime tout l’amour qu’elle lui porte. Mais elle ne peut renoncer à ce qu’elle est et à ce qu’elle ressent au plus profond d’elle-même. Il s’agit d’une belle preuve de sincérité, d’honnêteté, de tolérance et de respect des choix de vie d’autrui. Pia Petersen fait tomber les tabous avec brio et sobriété. La société nous enferme dans un rôle qui ne nous est pas forcément adapté. Il faut savoir s’affranchir de ces codes pour vivre sa vie malgré les regards et les jugements extérieurs. Il s’agit d’une lettre qui prend aussi la forme d’un manifeste et d’un coup de gueule à l’encontre des jugements. Elle dévoile une pensée intime, profonde dont ont parle peu dans notre société.

Je me suis reconnue à plusieurs reprises. En effet, à seulement 23 ans je subis déjà des réflexions de ce genre. Comme si ayant fini les études, ayant un compagnon et ayant un travail je suis seulement bonne à faire un enfant ou que ma personnalité ne sera complète seulement lorsque j’aurais donné la vie. Pour ma part, je pense qu’il est possible de s’accomplir et de devenir quelqu’un de bien en dehors de la maternité. Je trouve ça assez triste et réducteur. Bizarrement, ces remarques ne viennent jamais de ma famille (ils savent à quoi s’en tenir avec moi) mais plutôt de collègues de travail ou de connaissances. Toujours est-il que l’idée d’avoir un enfant ou de me marier ne me vient même pas à l’esprit et pourtant je me sens très bien dans mes baskets.

Voilà un petit livre à mettre entre les mains de femmes et d’hommes pour une prise de conscience dans une société qui se targue d’être ouverte et moderne.. Qu’on soit d’accord ou non avec ce qu’expose l’auteure, il fait forcément réfléchir et nous mène vers davantage de tolérance. La conclusion: un homme ou une femme peut très bien trouver le sens de sa vie, s’accomplir, s’affirmer et faire de belles choses sans pour autant être marié ou parent. A réfléchir et à accepter…

 

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Lettre à Pia Petersen pour "Instinct Primaire"

Couverture du livre Instinct primaire - Éditions NilChère Pia,

Il m’est impossible de vous consacrer un article sur ce blog, car votre livre mérite mieux. Il est bien trop subtil pour cela, et c’est la raison pour laquelle je préfère vous écrire, à mon tour, une lettre.

Vous venez de publier «Instinct Primaire». Si mes comptes sont bons, il s’agit ici de votre neuvième livre. J’ai déjà lu certains de vos romans («Le Chien de Don Quichotte», «Un écrivain, un vrai», «Parfois il discutait avec Dieu» ou encore «Une fenêtre au hasard»). J’écris bien «certains» car je ne veux pas me presser, je veux prendre le temps de vous découvrir. Dans ma bibliothèque, deux autres livres dont vous êtes l’auteur m’attendent mais je n’ose pas les ouvrir. Pas tout de suite, je veux dire. Il faut du temps pour vous lire, il faut vous savourer car vous êtes ce genre de femme qu’on attend au tournant mais qui surprend à chaque détour. En cela, j’ai déjà envie de vous féliciter mais n’allons pas trop vite en besogne.

Revenons à ce dernier texte, «Instinct Primaire». Le format n’est pas identique à vos précédents livres, et pour cause puisque vous voici désormais «Affranchie» par Claire Debru, directrice éditoriale de cette collection aux Editions Nil. Le principe est simple: elle demande à des auteurs de rédiger «la lettre qu’ils n’ont jamais écrite». On se souvient évidemment d’Annie Ernaux publiant «L’autre fille» où elle s’adressait à cette grande sœur partie avant sa naissance. Vous, c’est à un homme que vous écrivez et pas à n’importe lequel: celui-là même que vous avez laissé choir devant l’autel au moment de votre mariage. Oserais-je vous demander s’il s’agit là d’une histoire vécue? (Vous n’êtes pas obligée de me répondre). Mais ceci n’est qu’un détail, vraiment. L’intérêt de ce texte, c’est avant tout votre discours si peu commun mais ô combien essentiel dans la société actuelle. Enfin une voix différente, enfin de la littérature de l’engagement, presque politique! Car oui, vous n’êtes pas femme à vous laisser faire par les diktats imposés aux femmes. Non, vous ne voulez pas vous marier. Non, vous ne voulez pas d’enfants. Oui, vous êtes écrivain et libre surtout. Et c’est cela que vous criez dans ce texte de cette écriture qui vous est propre. On parlait souvent d’un style Duras, et je crois sans mentir qu’on peut aussi parler d’un style Petersen. Ce style, c’est de la brièveté mélangée à une précision chirurgicale, un choix des mots qui n’est pas identique à vos comparses français, non, car vous êtes danoise, vous avez choisi notre langue comme d’autre choisissent de partir en guerre: avec dévotion et émerveillement. Ne racontiez-vous pas en interview que vous aviez appris le français avec «Le Rouge et le Noir» de Stendhal, le livre dans une main, un dictionnaire dans l’autre et un crayon entre les dents pour annoter chaque nouveau mot découvert?
Et pourtant, n’écrivez-vous pas dans la langue de Molière avec la forte influence de la littérature américaine?

Dans ce livre, vous êtes à contre courant de la pensée fixe et généralisée de la maternité «heureuse» et du mariage. Vous donnez la parole à toutes celles qui n’ont pas eu le choix, votre choix, vous entrez en résistance avec l’écriture comme alliée. Vous m’avez notamment touché lorsque vous parlez de la trace qu’on doit laisser lorsque l’on s’en va, quand la vie s’achève. Vous dites que vous n’aurez pas d’enfant, que vous ne serez pas de celles qu’on enferme dans un mouroir, et que votre trace, vous l’espérez (et vous êtes sur la bonne voie) sera votre œuvre littéraire. Non pas de la chair humaine, mais bien de la chair de mots, les vôtres et ceux que vous offrez au regard de vos lecteurs.

Oui, ce texte est fort car différent, et votre voix n’est pas celle que l’on entend d’ordinaire.
Ce livre est un drapeau de sang, celui que vous ne verserez pas lors d’une naissance mais le rouge englobe votre écriture, le rouge de l’urgence de crier, de dire ce que tant de personnes ne comprennent pas ou ne veulent pas admettre. Vous semblez heureuse, bien que souvent mélancolique lorsque vous écrivez à l’homme que vous avez aimé. Et lorsque vous apprenez au terme de ce récit ce qu’il est advenu de lui, on sent comme une liberté vous gagner. Votre pari est tenu, et c’est une réussite.
Bravo pour votre courage et votre point de vue. A n’en point douter, ce court texte fera date. Et vous entrez ainsi dans l’Histoire de ces femmes qui pensent, celles qui disent «Non» au féminisme aseptisé. Et c’est tout à votre honneur.
Amicalement,

 

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Logo du site MybooxMyboox (Sophie Adriansen)
Novembre 2013



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Pia Petersen: une vision salvatrice de la condition féminine

Couverture du livre Instinct primaire - Éditions NilPourquoi la femme serait-elle une moitié d’elle-même lorsqu’elle fait le choix de n’avoir ni conjoint ni enfants? Pia Petersen donne sa vision, inhabituelle mais salvatrice, de la condition féminine dans Instinct primaire, un livre sur la liberté comme mode de vie et sur la difficulté de son acceptation par une société que rien ne rassure tant que les sentiers bien balisés.

Pourquoi on aime "Instinct primaire":

"Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants". Ainsi se terminent les contes de fées. Mais dans la vraie vie, les fées n’existent pas. Dans la vraie vie, la narratrice d'Instinct primaire a répondu oui quand l’homme qu’elle aime lui a demandé de l’épouser. Mais dans cette église où l’union doit être consacrée, elle se ravise: cet engagement-là est contraire à tous ses principes et, au-delà de ses principes, il est incompatible avec son mode de vie et sa conception de l’amour. Car cette femme est écrivain et, si elle n’en aime pas moins les hommes qu’une autre, elle ne veut sacrifier ni l’amour ni sa liberté sur l’autel de ce contrat à durée indéterminée instaurant un droit de propriété que l’on nomme mariage. La collection "Les Affranchis" demande à ses auteurs de rédiger la lettre qu’ils n’ont jamais écrite. La narratrice de Pia Petersen s’adresse à l’homme qu’elle a tant aimé et qu’elle n’a jamais revu depuis qu’elle a quitté cette église. Il était marié, elle vivait avec bonheur sa condition de maîtresse, et puis il a divorcé pour l’épouser elle. Elle croyait qu’il avait tout compris de ses aspirations et de ses choix mais visiblement ce n’était pas le cas – et c’est son besoin de clarifier les choses qui lui fait prendre la plume.

Toutes les petites filles rêvent d’un mariage et de bébés; c’est du moins ainsi qu’on les élève, leur fichant une poupée dans les bras dès le plus jeune âge. Pourquoi n’en donne-t-on pas aux garçons? Pour Pia Petersen, femme de lettres née au Danemark mais écrivant en français, l’éducation est la première responsable si la femme est perçue (et se perçoit) avant tout comme un ventre. Le fameux "instinct primaire" qui l’emprisonne et l’empêche de se penser d’abord comme être humain. Pia Petersen se revendique écrivain plutôt que femme qui écrit. Mais pas moins femme pour autant au prétexte qu'elle ne veut ni époux ni enfants.

L’on n’est guère habitué à ce son de cloche. C’est aussi qu’il est compliqué à entendre. Il génère incompréhension, jalousie, agressivité parfois. La liberté des uns place les autres face à leurs propres choix; et il n’est pas simple d’admettre que ceux-ci auraient pu être meilleurs, voire qu’ils n’ont été faits que sous la pression, si souriante soit-elle, de la société (il est pourtant avéré que la planète n’a pas besoin d’enfants). Pia Petersen déplore de ne pas trouver chez ces femmes qui lui brandissent le mariage et la maternité en étendards le fameux épanouissement qu’elles promeuvent. Mais, sauf à vivre en ermite, comment ne pas subir le regard des autres? Sauf à être de pierre, comment ne pas en souffrir au moins un peu? C’est aussi ce constat, désarmant, que fait l’écrivain dans cette fiction efficace qui se nourrit d’intimité. Il est forcément difficile, sinon douloureux, de nager à contre-courant.

N’en déplaise aux bien pensants de toutes espèces, le sexe faible ne l’est plus depuis un moment. Epanouie sans mari ni enfants, écrivain par choix, amoureuse et libre, Pia Petersen véhicule l’idée d’un féminisme qui n’a d’autre revendication que la pleine possession de soi. Et la défense de cette liberté fondamentale ressemblerait presque à un engagement politique.
Ultrasensible, l’auteur livre un plaidoyer en faveur de l’amour, le vrai, celui qui s’assortit d’envie, de désir, et de liberté, celui qui n’est que don, celui dont la longévité ne passe pas par l’enfermement. Le tout servi par une écriture incisive et d’une grande justesse. Avec Instinct primaire, Pia Petersen assume son affranchissement total de modèles dépassés que notre société, qui craint plus que tout la solitude, s’entête à maintenir comme normes. Une lettre en forme de manifeste dont la lecture, nécessaire, déculpabilisera bien des femmes.

La page à corner:

"Le mariage, c’est signer un contrat dans lequel il est stipulé qu’il ne faut plus jamais tomber amoureux de quelqu’un d’autre. Est-ce que l’on a si peur de perdre l’autre que l’on soit obligé de lui mettre un contrat autour du cou. Jamais je ne me suis imaginée t’enchaîner à moi par peur de te perdre. Pourquoi te contraindrais-je à rester avec moi si tu ne le veux pas? Je ne veux pas d’un homme qui resterait par devoir" (page 45)

"Instinct primaire" critiqué par la presse:

"Dans les pages serrées d'Instinct primaire court une belle et intense réflexion sur le féminisme, le mariage, l'incompréhension qui demeure entre hommes et femmes, le sentiment amoureux, l'asservissement aux règles d'une société… Une fois encore, Pia Petersen signe ici un texte à l'originalité éblouissante", Serge Bressan – Le Quotidien du Luxembourg

"Un livre audacieux et qui dérange", Muriel Steinmetz – L’Humanité

"Une sincérité impressionnante. Ne pas être comme tout le monde coûte cher", Marie Claire

Sophie Adriansen

 

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Instinct primaire de Pia Petersen

Couverture du livre Instinct primaire - Éditions Nil Un texte fort, percutant, bouleversant, à découvrir absolument.

Cette collection (Les affranchis, aux éditions NIL) demande aux auteurs d'écrire la lettre qu'ils n'ont jamais écrite.

Pia Petersen écrit à celui qu'elle a aimé, qu'elle aime encore, avec lequel elle n'a pu s'expliquer.

Leur histoire a d'abord été une liaison: il était marié. Elle explique combien cette période a été heureuse pour elle, combien elle acceptait la situation. Elle acceptait l'idée qu'il ne soit pas uniquement "à elle", qu'il puisse l'aimer et aimer l'autre femme, que ce soient deux relations très différentes. Elle ne cherchait pas à faire en sorte qu'il "quitte l'autre". Elle ne nie pas l'existence de la jalousie, mais se questionne aussi sur la légitimité de "vouloir que l'autre nous appartienne".

Cette seule interrogation suffirait à rendre ce texte intéressant, d'autant qu'il est porté par un très beau style.

Mais Pia va plus loin.

"Le mariage, c’est signer un contrat dans lequel il est stipulé qu’il ne faut plus jamais tomber amoureux de quelqu’un d’autre. Est-ce que l’on a si peur de perdre l’autre que l’on soit obligé de lui mettre un contrat autour du cou? Jamais je ne me suis imaginée t’enchaîner à moi par peur de te perdre. Pourquoi te contraindrais-je à rester avec moi si tu ne le veux pas? Je ne veux pas d’un homme qui resterait par devoir."

Combien en connaît-on, de ces couples, de ces gens malheureux qui restent par devoir, par souci des convenances? Par peur aussi, peur de la solitude, peur de se retrouver face à soi-même, d'avoir à s'interroger sur ce que l'on a fait de son existence...

La plus belle preuve d'amour, n'est-ce pas d'aimer l'autre tel qu'il est? Pia a profondément aimé cet homme, et c'est ce qu'elle tente de lui faire comprendre. La beauté de leur amour, dit-elle, résidait aussi dans leurs libertés respectives.

Elle tente de faire percevoir aussi combien sa propre Liberté lui est chère. Elle est une femme indépendante, un écrivain, qui aime la vie qu'elle s'est choisie, qui n'attend pas d'un homme qu'il l'aide à s'accomplir...

Malheureusement, son amant, qui pourtant est un homme intelligent, cultivé avec qui elle a eu de longues discussions passionnantes sur des sujets similaires, l'a demandée en mariage. Pia l'a quitté sur l'autel. Cette longue lettre, elle l'écrit aussi pour donner ses raisons, pour qu'il comprenne enfin que c'est par amour qu'elle est partie.

Dans cette lettre, Pia aborde aussi le sujet du regard de la société, des autres sur nos relations amoureuses. Et le fait que, dès que l'on sort des normes (que ce soit en vivant une relation adultère, par exemple, ou par le fait de choisir de ne pas avoir d'enfant), l'on est jugé, irrévocablement.

"Toutes les femmes n’ont pas l’instinct maternel mais elles ont toutes une amie qui dit tu vas le regretter un jour."

Ces lignes sur le non désir de maternité m'ont profondément touchée. Je me suis sentie, enfin, comprise, comme jamais auparavant, sur ce sujet. Je suis vraiment reconnaissante à l'auteure. C'est rassénérant de lire une vraie réflexion sur le sujet.

"Le féminin qui se revalorise par la mission de la maternité ne peut pas être un progrès."

Pia Petersen revendique simplement le fait que l'on puisse être heureuse sans avoir d'enfant, qu'on puisse désirer s'accomplir, s'épanouir, de façons différentes. Et souligne que c'est tellement évident que ça ne devrait PAS faire polémique.

Je me suis retrouvée dans ce texte. Il invite à une véritable réflexion, sur des questions qui nous touchent tous, sur ces normes qui nous enferment parfois, sur le poids de ce regard des autres dont on ne peut tout à fait s'affranchir, hélas.

C'est aussi une authentique lettre d'amour, très touchante.

Une magnifique découverte, j'en suis reconnaissante aussi à ma libraire, c'est elle qui m'a mis ce bijou entre les mains.

 

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Basic instinct
Pia Petersen - Instinct primaire

Couverture du livre Instinct primaire - Éditions Nil Sournoise, perverse, voleuse de mari, briseuse de couple, impatiente de piquer la place de la “légitime”, frustrée d’être dépendante des instants volés qui lui sont consentis…
La maîtresse est malfaisante et dangereuse… mais malheureuse! Rongée par la culpabilité aussi, si possible. C’est toujours mieux.
Mais amoureuse, jamais. Satisfaite de sa condition et comblée par sa relation, encore moins. Il ne manquerait plus que ça!
Son image dans l’inconscient collectif a cela de rassurant pour beaucoup qu’elle ne compromet en rien la morale judéo-chrétienne. Envisager que la réalité puisse être tout autre leur est inconcevable.
Et pourtant…

La narratrice d’Instinct primaire, de Pia Petersen, est de ces femmes qui s’accommodent très bien de leur condition d’amante. Mieux, son choix est dûment assumé, certainement pas subi.
Elle savait que l’homme qu’elle aime n’était pas libre mais elle a préféré laisser cours à son amour plutôt que de se résigner et renoncer.

«Être amoureux est un état généreux. Pourquoi se priver de cela?»

«On ne décide pas qui on aime, ni quand. On décide seulement d’y aller ou pas et pourquoi refuser quelque chose d’aussi essentiel que l’amour ? Il est hors de question de vivre avec des regrets, rien que pour rassurer des gens qui n’ont pas le culot de vivre.»

Pour autant, pas question pour elle de chercher à effacer la femme de son «homme»; elle ne la considère même pas comme une rivale potentielle.

«Je te donnais quelque chose que ne pouvait te donner ta femme. Ça ne me semble pas scandaleux. Elle t’apportait également quelque chose que je ne pourrai jamais t’apporter. Personne ne peut tout donner, personne ne peut être tout pour l’autre. Faut-il alors, pour honorer un contrat, tourner le dos à quelque chose de peut-être vital ? Pour quoi faire ? Tant que les deux vies ne se chevauchent pas, où est le mal ? Je n’avais rien pris à ta femme, elle n’avait pas moins à cause de moi. Au contraire. Je n’étais pas une voleuse, mais une maîtresse.»

N’en déplaise à certains: sa relation amoureuse est au beau fixe.
Jusqu’au jour où sans qu’elle n’ait jamais rien exigé, l’homme décide de divorcer… et lui demande de devenir sa femme et la future mère de ses enfants. Alors que tant de femmes dans sa situation en auraient pleuré de joie, la proposition lui semble grotesque. Plus encore de la part de celui qu’elle croyait en phase avec ses convictions.

«Le mariage, c’est signer un contrat dans lequel il est stipulé qu’il ne faut plus jamais tomber amoureux de quelqu’un d’autre. Est-ce que l’on a si peur de perdre l’autre que l’on soit obligé de lui mettre un contrat autour du cou ? Jamais je ne me suis imaginée t’enchaîner à moi par peur de te perdre. Pourquoi te contraindrais-je à rester avec moi si tu ne le veux pas ? Je ne veux pas d’un homme qui resterait par devoir.»

Et puis, des enfants, elle n’en veut pas.

«Je le voyais bien dans ton regard quand je te disais non, pas d’enfant, tu te demandais si j’étais normale, peut-être étais-je un monstre? Peut-être que je ne t’aimais pas assez? Tu ne voyais donc pas l’immensité de l’amour que j’avais pour toi? Refuser le lien de l’enfant pour ne pas perdre mon lien avec toi, ce n’était rien?»

«Ce n’est pas que je n’aime pas les enfants mais je t’aimais encore plus, je ne voulais pas courir le risque de nous perdre, d’abandonner notre histoire (…).»

Instinct primaire est une longue lettre dans laquelle la narratrice engage un dialogue qu’elle n’a jamais pu établir jusque-là, pour expliquer sa décision à l’homme qu’elle a aimé (qu’elle aime toujours), mais qu’elle a pourtant préféré quitter.

«Je l’écrirai sur plusieurs jours, elle sera cette conversation avec toi que je n’ai pas eue et en la continuant, je prolongerai notre dialogue, que tu le veuilles ou pas. C’est comme ça. Je savoure que tu es à nouveau présent dans ma bien. Ça fait du bien.»

S’il est une émouvante déclaration à un amour perdu, ce texte est aussi une réflexion singulière et engagée sur la condition de la femme et ses “corolaires”: la maternité, le mariage.
«Ils se marièrent, vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants.» Dès leur plus jeune âge, les enfants mâles et femelles sont conditionnés pour reproduire plus tard un schéma préétabli.

«Depuis mon enfance, on m’a raconté qu’une femme doit désirer se marier, elle doit vouloir des enfants et si ce n’est pas le cas, elle n’est pas normale, une vraie femme cherche l’homme avec qui construire le nid, un homme prêt à s’engager jusqu’au bout, ce bout étant la construction de la famille et accessoirement, elle peut viser une carrière mais toujours accessoirement, l’enfantement étant le but final.»

Pour la majorité des femmes, ce modèle représente le Graal de la réussite sociale (auquel on pourrait ajouter la maison avec jardin, la voiture familiale et le Labrador).
Mais, la narratrice refuse de se voir réduite à sa seule fonction reproductrice.

«Où que tu ailles sur la planète, la femme ne se définit toujours pas en tant qu’être humain, seulement en tant que femme, en tant qu’instinct de reproduction ou de procréation et elle refuse de modifier sa façon de voir.»

«Le féminin qui se revalorise par la mission de la maternité ne peut pas être un progrès.»

«Elle [la femme] dit qu’en donnant la vie, elle assume à bras-le-corps cette responsabilité, elle est donc généreuse. Mais est-ce vrai? Donne-t-elle cette vie pour l’enfant ou pour elle-même et ses propres intérêts? N’est-ce pas son moi qu’elle fait perdurer au travers de sa reproduction? Une multiplication d’elle-même dans le temps? Est-elle plutôt narcissique?»

«Mais l’amour désintéressé, je te le demande, n’est-ce pas une manière de se découvrir dans sa relation à l’autre, une manière de s’abandonner, de se donner, de tout donner? Et les femmes qui pensent accéder à un niveau supérieur en enfantant, en quoi est-ce désintéressé? (…) Cette générosité à laquelle toutes font référence est bidon puisqu’elle est fondée sur une obligation, un devoir, une absence de choix ou un but comme prolonger sa propre enfance, ou laisser une trace de soi dans le monde, ou sauver un mariage, ou donner du sens à sa vie. L’enfant paie simplement le prix.
Mais on le dit encore, ne pas enfanter est un acte d’égoïsme.»


De même, elle n’imagine pas que l’amour doive être validé par un mariage. À quoi bon un contrat d’appartenance alors que l’amour sous-entend confiance et respect mutuels? N’aimerait-on vraiment que sous contrat, sous contrainte? Et d’abord, qui peut prétendre n’aimer qu’une seule et même personne, et l’aimer toute sa vie?

«Notre itinéraire nous change, on vit une métamorphose permanente, on n’est jamais vraiment le même, alors comment peut-on s’établir dans un lien, soutenu par un contrat?»

Quitte à devoir signer un contrat qui engage les personnes, autant que les clauses soient réalistes et les objectifs, atteignables:

«(…) j’ai enchaîné, lui donnant le coup de grâce en lui demandant ce qu’elle pensait du mariage à durée déterminée. Est-ce que ce type de mariage ne serait pas une idée à creuser?»

Inutile de dire que ces déclarations finissent de scandaliser ses quelques amies, déjà mortifiées par sa condition «marginale» de maîtresse et de femme sans enfant.

«Est-ce que je me rendais compte de ce que je faisais? N’avais-je aucune pitié des autres? Étais-je réellement si égoïste? Elle ne s’est pas demandé si je t’aimais et ce que pouvait représenter d’aimer un homme qui n’est pas libre.»

Une telle liberté de penser et de vivre, revendiquée et assumée, embarrasse, effraie même, parfois, parce qu’elle renvoie chacun à ses propres choix de vie et à ses propres frustrations.
Il est plus commode, plus lâche aussi, de faire comme toute le monde, par conformisme, résignation, souci des convenances, peur de la solitude. Plus facile aussi, ensuite, de juger et condamner ceux qui ont choisi une option de vie autre que celle suivie par le plus grand nombre.

«(…) elles m’ont toutes regardée d’un air froissé et suspect, elles étaient dérangées par ma liberté, par ce choix fondamental que je ne regrettai pas, je leur montrais que c’était possible d’aller au-delà du mari et de l’enfant mais pour elles, c’était inacceptable, j’aurais dû ressentir un regret, être stérile ou avoir malgré moi dépassé l’âge, cela aurait été concevable. Être épanouie sans être mère, sans avoir d’enfants éveille presque toujours une agressivité qui ne dit pas franchement son nom.»

L’auteur pointe également un paradoxe troublant: alors même qu’elle dispose, comme jamais auparavant, des clés de son émancipation, la femme ne serait-elle pas l’artisan de son propre malheur?

«Peut-être que la femme a l’homme qu’elle mérite? Malgré tout, c’est elle qui inculque les premières bases de son existence. En Asie, on tuait bien les petites filles, non? Les mères voulaient des garçons, rien que des garçons et elles les ont gâtés au point qu’ils sont devenus grassouillets et mous. Les mères mettent en place le modèle social dès les couches. La preuve, c’est qu’elles donnent des poupées aux petites filles afin de les préparer à leur rôle à venir.
Alors, à qui la faute?»


«La femme, est-elle allée au-delà de sa naturalité? Non. Est-ce qu’elle le veut? Non plus.
Est-ce qu’elle ne s’est pas interdit le choix? Absolument. Toutes les femmes n’ont pas l’instinct maternel mais elles ont toutes une amie qui dit tu vas le regretter un jour.»


«En tant que principale acheteuse de livres, la femme impose son goût sur le monde littéraire et au travers de ses goûts, sa perception de la littérature. Entre Harlequin et l’autofiction, je me demande bien où j’irais pour me poser des questions sur le monde.
Ce sont les femmes qui dirigent le monde littéraire, les femmes qui de plus en plus s’imposent dans les médias. Ce sont elles qui décident de notre culture aujourd’hui. Elles répondent aux désirs des femmes, ce sont même elles qui créent ces désirs mais elles restent enfermées dans des cercles féminins.
(…) Je me rends compte que la femme laisse une liberté créatrice à l’homme qu’elle ne concède pas aux femmes. Elle crée son propre ghetto, elle féminise l’écriture à outrance et diminue la diversité des sujets. Elle n’accepte aucune liberté de la part de l’écrivain femme qui soit être principalement sensible et amoureuse, sous peine d’être hors du coup et elle soutient avec force la liberté de l’écrivain homme, qui lui peut écrire ce qu’il veut, c’est un homme, non?
La littérature qu’elle impose est celle dans laquelle elle se reflète, se perçoit, se reconnaît, où elle revit ses rêves et ses attentes et ses problèmes, une littérature qui parle d’amour, de couple, de maternité, de psychologie. Une littérature qui ne veut pas penser, pour quoi faire, la vie est quand même trop courte.
(…) Si la femme n’a pas de vision du monde en dehors d’elle-même et de ses propres problèmes, que tout ce qui n’est pas elle ou sa famille ne la concerne pas, que tout ce qu’elle recherche, c’est son double et qu’elle se targue de prescrire des lignes directrices de l’interprétation du monde selon des idées arrêtées, comment alors poser des questions au futur, à ce qui est à venir? N’est-ce pas là une diminution de la liberté créatrice? Comment écrire le monde qui vient si l’on ne peut pas sortir de son propre jardin?»


Le moins que l’on puisse dire, c’est que Pia Petersen, par la voix de sa narratrice tout au moins, n’y va pas avec le dos de la cuillère. Son plaidoyer politiquement incorrect est jubilatoire. En libérant ainsi la parole de ces femmes ostracisées et condamnées au silence, mais plus nombreuses qu’on pourrait le laisser penser, elle risque fort de faire grincer des dents dans les chaumières.
Un texte bref mais dense, indispensable et salutaire.
À glisser d’urgence entre toutes les mains, hommes et femmes confondus.

Pour aller plus loin, deux entretiens avec Pia Petersen:
le premier, à lire dans l’Huma ; l’autre, à écouter dans l’émission Vertigo, de la radio suisse RTS

 

Ce qu’elles en ont pensé:

Asphodèle: «Que ça fait du bien de lire une prose sincère, vraie qui ne s’encombre pas du quand-dira-t-on!»

Aupouvoirdesmots: «Une lettre qui amène une réflexion sur le conditionnement lié à notre sexe. Et enfin, peut-on aimer et rester libre?»

Cathulu: «Avec rigueur et méthode, Pia Petersen défend son point de vue féministe, n’hésitant pas parfois à se montrer extrémiste, à débusquer les hypocrisies sociales et ça fait un bien fou. Un livre dérangeant dans le meilleur sens du terme. Une lettre qui devrait engendrer bien des polémiques dans le ronron ambiant.»

Gwenaëlle: «Qu’on soit homme ou femme, on ne peut pas rester indifférent aux questions qui sont posées. (…) Pia Petersen défend, à mes yeux, un vrai féminisme. Non pas une femme qui se définirait par rapport aux hommes mais par rapport à elle-même, en tant qu’être humain pensant et libre.»

L’Irrégulière: «Ce texte, c’est le cri d’une femme qui assume de ne pas vouloir ce qu’on croit que toutes les femmes veulent.»

Pharefelue: «Pia Petersen revendique simplement le fait que l’on puisse être heureuse sans avoir d’enfant, qu’on puisse désirer s’accomplir, s’épanouir, de façons différentes. Et souligne que c’est tellement évident que ça ne devrait PAS faire polémique.»

PILC n°18: «On croyait commencer la lecture d’une lettre d’amour, on comprend peu à peu que l’on s’est engagé dans une déclaration d’indépendance et d’insoumission totale au monde tel qu’il veut nous conduire et paradoxalement, on découvre que l’amour véritable réside bien sûr dans cette capacité à laisser libre et à partager ce qui ne nous appartiendra jamais pourvu que l’on ne soit pas dans cette logique implacable de la possession qui domine la société.»

Stéphie: «Pour moi, cette lettre est un très bel hymne à la liberté, au droit d’assumer ses choix, ses envies et à la nécessité de revendiquer son droit au bonheur même si nos choix sont différents de ceux attendus par la norme.»

Titine75: «Cette lettre d’une centaine de pages est un magnifique plaidoyer pour la liberté en amour et pour celle des femmes.»

Et d’autres avis, encore, sur Babelio.

Instinct primaire, de Pia Petersen
NiL / Collection Les Affranchis (2013) - 108 pages

 

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Instinct primaire de Pia Petersen

Couverture du livre Instinct primaire - Éditions NilQuelle claque que cette lettre! Cent huit pages de féminité et de féminisme revendiqués. Eh oui! Les deux ne sont pas incompatibles, il est même recommandé de n’en perdre aucun de vue pour ne pas faire reculer les choses (vu qu’elles n’avancent pas beaucoup)… Que ça fait du bien de lire une prose sincère, vraie qui ne s’encombre pas du quand-dira-t-on!

C’est encore une lettre de la Collection Les Affranchis de NIL, ma cinquième lettre. C’est à ce jour, à mon goût, peut-être pas la plus belle d’un point de vue stylistique mais la plus vraie, la plus touchante.

Dans cette lettre, Pia Petersen écrit à l’homme qu’elle aimait passionnément et qu’elle a abandonné au pied de l’autel un an plus tôt. Elle veut lui redire pourquoi elle a fait ça, elle lui avait déjà dit pendant leur liaison, mais il semble qu’il n’ait pas entendu. En effet, il était marié, il a tout quitté pour elle alors qu’elle ne le voulait pas, tout comme elle ne voulait pas d’enfant. Elle aime encore très fort cet homme qui refuse tout contact avec elle depuis ce jour. Elle décortique ici avec une logique implacable une suite d’évidences pour nous dire comment la femme est championne du monde pour s’aliéner alors que le féminisme qui est passé par là lui permettrait de choisir sa vie, de «se définir tout d’abord en tant "qu’être humain" et seulement après, en tant que femme. «Je me suis longtemps demandé pourquoi et c’est assez incroyable mais les femmes se définissent encore aujourd’hui d’après leur ventre.» (p.48).

Paradoxalement, les femmes libres de ne plus enfanter depuis l’avènement de la pilule ont érigé comme idéal la maternité triomphante et s’empressent de renvoyer dans la «marge» celles qui ne suivent pas le chemin de la reproduction et les codes sociaux qui vont avec: «Être épanouie sans être mère, sans avoir d’enfants, réveille presque toujours une agressivité qui ne dit pas franchement son nom. (…) C’est fou ce que les femmes peuvent se ressembler quand elles sont liguées contre une même personne». (p.55).

D’une voix douce et amoureuse, ponctuée de «tu me manques», Pia Petersen va bien plus loin que la simple lettre d’explication. C’est un véritable plaidoyer pour rappeler à celles qui ont mémoire courte ce qu’est la liberté de la femme, contre les femmes qui érigent des ghettos toutes seules, se posant toujours en victimes de l’homme alors que ce schéma n’existe plus mais il est tellement ancré dans la mémoire collective que les femmes ont bien du mal à s’en défaire et celles qui le font sont montrées du doigt, condamnée à une vie sociale compliquée voire impossible en dehors des périphéries isolées… Et Pia ne veut pas de chaînes au nom de l’amour: »Le mariage c’est signer un contrat dans lequel il est stipulé qu’il ne faut plus jamais tomber amoureux de quelqu’un d’autre. Est-ce que l’on a si peur de perdre l’autre que l’on soit obligé de lui mettre un contrat autour du cou ? (…) Je ne veux pas d’un homme qui resterait par devoir» (p.45).» Elle nous dit aussi la priorité de son travail d’écrivain, indissociable de sa personnalité, «un véritable mode de vie» et son inquiétude quant à l’avenir de la littérature tant que les femmes qui écrivent et lisent la majorité de la production actuelle resteront dans un schéma matriarcal et ghettoïsé. Cela pourrait ressembler à une nouvelle forme de dictature.»» Alors oui bien sûr, vous vous en doutez ce livre met le doigt là où ça fait mal, il dénonce des «modèles qui ne marchent pas», comme celui du mariage+enfant=bonheur à vie, et surtout nous regrettons avec Pia Petersen que la femme ait encore de nos jours une si piètre vision d’elle-même. Un petit livre à mettre entre toutes les mains, des femmes comme des hommes car il ne s’agit pas ici de monter les uns contre les autres mais de démonter les mécanismes éculés qui contribuent à l’incompréhension entre l’homme et la femme dès que nous sortons des normes sociales établies et inattaquables. On peut aimer les romans de Jane Austen sans pour autant perdre de vue que la société nous permet aujourd’hui, à nous les femmes, des choix assumés que nous n’avions pas il y a à peine cinquante ans… Sans oublier que l’homme et la femme sont faits pour s’aimer, car il est aussi beaucoup question d’amour ici!

 

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Instinct primaire de Pia Petersen

Couverture du livre Instinct primaire - Éditions Nil Pia Petersen entre dans cette belle collection de lettres. Rappelons que la devise de cette collection est «Ecrivez la lettre que vous n’avez jamais écrite.» Elle se destine à une personne en particulier. Pia Petersen, ou une narratrice (on ne sait jamais très bien qui est qui dans ces lettres. Le doute persiste, et tant mieux.), s’adresse à l’homme qu’elle a aimé. Il était marié, il s’est séparé de sa femme pour elle. Il l’a demandé en mariage, elle ne voulait pas, et a fini par céder. Le jour du mariage, elle est partie. Il n’a plus jamais voulu lui adresser la parole.

Cette lettre est forte en émotion, de l’émotion d’une femme qui regrette un homme, qui regrette qu’il ne veule même pas entendre ses explications. Mais cette lettre, ce n’est pas que ça. Pia Petersen nous emmène sur les thèmes du statut de la femme, du féminisme, de la condition de vie de l’écrivain, puis des deux réunis.

Elle évoque le thème de la maternité. Elle voit dans la vision qu’on a des femmes, de simples machines à reproduire. Leur but dans la vie serait la reproduction. La narratrice, elle, n’a pas d’enfants, et est incomprise par toutes ces mères-femmes. Seraient-elles jalouses du choix de vie de la narratrice? Elles lui cherchent des excuses et ne comprennent pas un simple choix: «Tu es stérile?» est un des sous-entendus qui traînent régulièrement aux oreilles de la narratrice.

Je représentais pour ces femmes un autre aperçu de ce que pouvait être la vie et en cela j’étais une agression. [...] Je me dis que je dois être capable de prouver par ma propre expérience qu’une femme ne se définit pas d’après son ventre, d’après sa capacité à la reproduction, qu’elle est un être humain avant tout, qu’elle peut étendre son champ d’action, son espace, ses possibilités et je considère que ma joie de vivre est la preuve que l’on peut se vivre autrement.

Puis, elle évoque aussi le statut de l’écrivain, le fait qu’il ait besoin de temps pour écrire, qu’il ait une vie parfois un peu différente des autres, et qu’il ne soit parfois pas beaucoup mieux compris:

Mais j’étais un écrivain et non pas une femme qui écrit. Peut-être l’as-tu oublié à un moment donné? Mon travail d’écriture me prend beaucoup de temps, me remplit tellement, plus qu’un travail, c’est un mode de vie, une manière d’être, je n’en ai pas d’autre. Je voyage beaucoup avec mes livres et rencontre des gens partout dans le monde. J’ai une vie pleine.

En conclusion, Pia dans cette lettre nous dit que nous avons toujours le choix…
Un très beau texte. À lire, que nous soyons en accord ou non avec son choix de vie!

 

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Instinct primaire de Pia Petersen

Couverture du livre Instinct primaire - Éditions Nil Il y a un an, l’église, l’autel et le marié s’offraient à la narratrice d’»Instinct primaire». Mais devant la foule des amis et de la famille rassemblés, l’évidence lui apparaît soudain: elle ne veut pas se marier et ne l’a jamais voulu. Elle s’enfuit, laissant en plan l’homme qu’elle aime. Après avoir vainement essayé de le contacter pour s’expliquer, c’est une longue lettre qu’elle lui écrit.

Leur histoire est au départ passionnée, un amour total même si l’homme est marié. «J’étais ivre en permanence, je pouvais déplacer des montagnes et j’avais des ailes, je me sentais extra-lucide, rien que des lieux communs et j’en voulais encore.» Entre eux d’eux, l’amour était libre: pas de contrat, pas de jalousie, pas d’exigences du quotidien, juste le plaisir d’être ensemble quand on le souhaite. La narratrice, écrivain, a besoin de cette liberté pleine et entière. Elle se pensait comprise par l’autre mais on échappe pas si facilement aux conventions sociales.

Cette lettre d’une centaine de pages est un magnifique plaidoyer pour la liberté en amour et pour celle des femmes. A l’heure du mariage pour tous et de l’explosion démographique, la narratrice constate qu’il est toujours problématique pour une femme de ne pas vouloir d’enfants.
Elle entend les mots d’incomplétude, de non accomplissement. Les femmes ne sont toujours pas débarrassées des stéréotypes de la femme au foyer devant obligatoirement fonder une famille. Et il est très difficile de faire front: «J’aime ma liberté, j’aime ma vie, je t’aimais toi et j’assumais tout ça. Mais il y a les autres. Ce n’est pas si évident d’être affranchi des normes, ce n’est pas si simple de créer sa propre ligne de vie. Et dis-moi, comment est-ce que la société et la représentation que nous avons de nous-mêmes peuvent évoluer et s’adapter au monde tel qu’il est, si nous, à titre personnel, on continue à fuir dans les convenances du passé?» Les hommes rentrent eux aussi dans les normes ou s’imaginent que la femme qu’ils aiment le souhaite. La narratrice nous montre qu’il y a d’autres voies possibles, d’autres manières d’être en couple, qu’il faut innover pour réinventer l’amour.

«Instinct primaire» est un vrai livre féministe où la narratrice assume avec courage sa vision libre du couple et de l’amour. C’est également une très émouvant déclaration d’amour. Et pour cela, je la remercie sincèrement.

Un grand merci à Cécile et Christelle et aux éditions Nil.

 

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Instinct primaire par Stéphanie Joly

 

Son personnage le dit pour elle «L’autofiction a quasiment balayé toute autre approche de la littérature et a en même temps changé notre rapport au réel». Aussi, écrire une lettre à la première personne du singulier relève pour Pia Petersen d’un défi par la contrainte: il s’agit pour l’auteur de faire ce qu’elle ne fait jamais, tout en parvenant à se retrancher derrière le mur fictionnel qu’elle affectionne tant.

Nous n’irons donc pas demander à Pia Petersen si ce qu’elle a écrit sous cette forme épistolaire imposée appartient au monde réel. Nous préférons nous attarder sur les sujets qu’elle aborde, et que tant d’autres n’abordent et n’aborderont jamais avec tant de clarté et de courage.

L’expéditeur de cette lettre est une femme qui a un jour commis aux yeux de la société une faute irréparable envers l’homme qu’elle aimait. Bannie par celui-ci de tout espace de dialogue, elle prend donc la plume pour lui écrire tout ce qu’elle ne peut plus lui dire.

L’auteur aborde dans ce texte la place des femmes dans la société d’aujourd’hui. Après s’être battues pour un certain féminisme, le droit au travail et l’indépendance, des femmes d’aujourd’hui opèrent un recul sans mesure, nous dit-elle. Seules celles qui sont repoussées en marge peuvent faire, et surtout avouer ce triste constat: ne pas se marier, ne pas enfanter, désirer un homme marié, ne pas envisager sa vie comme d’autres envisagent la leur serait un délit d’être, de l’égoïsme, ou même de la folie.

On croyait commencer la lecture d’une lettre d’amour, on comprend peu à peu que l’on s’est engagé dans une déclaration d’indépendance et d’insoumission totale au monde tel qu’il veut nous conduire et paradoxalement, on découvre que l’amour véritable réside bien sûr dans cette capacité à laisser libre et à partager ce qui ne nous appartiendra jamais pourvu que l’on ne soit pas dans cette logique implacable de la possession qui domine la société.

Pia Petersen prend une fois encore le contre-pied de la tendance actuelle pour en décrypter les fondements. Son personnage peut paraître tour à tour fou à lier ou tout bonnement admirable dans sa capacité à dénoncer ardemment la perversité d’un système reposant sur une norme d’après-guerre, désuète, et tout simplement destructrice aujourd’hui. Ceci n’est qu’une question de point de vue, et chacun ne pourra s’empêcher de choisir son camp, selon les normes qu’il a choisi de suivre.
Un texte courageux et une fois encore, nécessaire.

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10 bonnes raisons de ne pas lire...
Pia Petersen

 

Pia Petersen - Photo Jean-Jacques LeberrePia Petersen n’a pas obtenu le Prix Nobel et le magazine Elle n’a pas publié d’article sur ses livres.

Pia Petersen n’a jamais été invitée au Café Picouly pour parler de son père face au miroir, ni au JT de France 2 pour dire ce qu’elle pense du globish.

Pia Petersen n’a jamais été pastichée par Pascal Fioretto alors qu’elle a donné sa définition de l’unique mot de la langue martienne qu’a transmis Moravagine.

Elle est danoise mais n’écrit pas de polars, ce qui est décevant.

Pia Petersen a un problème d’identité qui embrouille les lecteurs et elle-même. Elle n’est pas francophone parce qu’elle est danoise. Elle n’est pas un écrivain danois parce qu’elle écrit en français et elle n’est pas traduite en danois, ni en français. Elle n’est pas un écrivain français parce qu’elle est danoise et le pire, c’est qu’elle n’a pas écrit Millenium, ni La vie sexuelle de Catherine Millet. Quand on la lit, on ne sait jamais à quoi s’en tenir, ni sur quel pied danser, c’est contrariant.

Pia Petersen n’a pas les yeux de la même couleur. Les lecteurs peuvent être troublés.

Malgré de nombreux meurtres, le dernier roman de Pia Petersen n’a pas été adapté par Luc Besson, ni par Tarantino.

Elle ne fait référence ni à Proust, ni à Céline, ni à Flaubert et ne manifeste aucun respect pour qui que ce soit, à part Jean-Baptiste Botul dont elle est une adepte. Elle ne rassure pas les lecteurs.

Pia Petersen n’est pas noire et malgré ses efforts, elle ne fait toujours pas partie de la communauté noire et ses livres ne sont pas exotiques.

Pia Petersen n’a jamais écrit sur le Danemark, elle reste vague sur les raisons de son exil et parle en des termes négatifs de l’idée d’origine. L’absence de racine, visible dans ses écrits, peut déstabiliser.
Pia Petersen

 
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