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Logo de Paris-MatchParis-Match (Irène Frain) - Février 2013

Pia Petersen l'anticonformiste

Dans son nouveau roman, la Danoise se moque avec bonheur de la littérature calibrée. Irène Frain a rencontré cet électron libre.

Photo de Pia Petersen dans Paris-MatchQuand les libraires sont menacés de faillite et que les romanciers dits «exigeants» voient chuter leurs droits d'auteur, une nouvelle bête noire se profile dans leur viseur: la fascination des lecteurs pour le «storytelling». Ce modèle de fiction issu du monde des communicants aurait si bien formaté les esprits que les éditeurs voudraient maintenant persuader leurs auteurs d'en respecter les règles: univers d'émotions standards, rythme haletant et, surtout, fin heureuse. Vent de panique chez les fans de littérature: à ce compte, se lamentent-ils, pour publier sa «Madame Bovary», Flaubert aurait dû accepter qu'au lieu de se suicider, son héroïne rentre benoîtement faire du point de croix au domicile conjugal... Dans ce concert de plaintes, une voix discordante, celle de Pia Petersen, qui a préféré publier sur le sujet un roman inventif et décapant: «Un écrivain, un vrai».
Je la rencontre dans un café, son terrain d'observation préféré. «Oui les romanciers français sont dans un état dépressif avancé», convient-elle sur un ton enjoué où s'attarde l'accent du Danemark qui l'a vu grandir. «Mais moi, à la morosité, j'ai toujours préféré l'humour!» ll faut dire que, depuis une adolescence tourmentée qui la conduisit à regagner la France où elle était née, cette belle blonde quadragénaire est rompue à vivre loin des sentiers battus.

Successivement femme de ménage, loueuse de voitures, réceptionniste d'hôtel, étudiante en philo, propriétaire d'un bar-librairie du côté de Marseille, elle a crapahuté dans les mondes les plus divers. Mille métiers, mais pas mille misères.

Ce parcours a aiguisé son don d'observation. Celui-là même qui nourrit son présent roman où elle met en scène les tribulations d'un «grantécrivain» français installé aux Etats-Unis. Propulsé au faîte de la gloire, son héros est vite confronté à une «crise de la page blanche». Un producteur de télé-réalité lui propose un marché: moyennant un pactole, il sera suivi par des caméras 24 heures sur 24, sera tenu d'écrire un chapitre par semaine et verra son capital célébrité se maintenir au zénith. Le romancier accepte, mais la dictature du fameux «storytelling» régit dès lors toute son existence. Retransmis en prime time, le feuilleton de sa vie génère des pluies de dollars, tandis que les téléspectateurs, via Internet, exigent du romancier qu'il biffe ce qui leur déplaît... Si bien qu'il se retrouve à écrire «un roman qui ne fasse surtout pas penser», comme dit Pia Petersen. «Une formule, s'alarme-t-elle, que j'entends de plus en plus dans la bouche des gens qui achètent des livres. En France, pour garder leur lectorat on voit les auteurs se mettre en scène dans des médias absolument étrangers à leur travail d écrivain. Je les comprends: dans notre société, on n'existe que si on est vu. Le plus grave, c'est qu'ils se censurent; et les critiques aussi»
Sacrément impertinente, Pia Petersen! D'où lui vient cette rage de secouer le cocotier? Elle désigne son sac à dos: «Je suis restée nomade. Toute ma vie est là: mon ordi, mes romans, mes photos. Je n'ai pas de bureau. A Paris, je dors chez les uns, chez les autres; et, pendant la journée, je vais travailler dans des cafés.» Puis elle ajoute, plus grave: «ll y a aussi mes yeux...»
Quoi, ses yeux? Dans la pénombre du bistrot, je n'ai rien remarqué «L'un est bleu, l'autre marron, explique-t-elle. Dès mon enfance, cette différence m'a exclue des groupes.» Ombre de mélancolie. Vite, la belle Pia la met en fuite, retrouve, à l'image de son livre, son insolente nature d'optimiste à tous crins. Parce que oui, j'ai oublié de vous dire: pour mieux dénoncer les bouquins formatés qu'elle déteste, elle a poussé le vice jusqu'à faire en sorte que son roman, comme eux, finisse bien.
Irène Frain

 

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