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REBOOT: MANIFESTE DE L'ANTI BRAIN WASHING

 

- Art 1: Il faut matérialiser l’air du temps.
Dans les années quatre-vingt, l’informatique arrive sur le marché du travail et s’introduit à domicile. Le cerveau artificiel prend la place de l’homme, le remplaçant peu à peu.
Dans les années quatre-vingt-dix, avec Internet les notions espace et temps explosent, nos repères géographiques et temporels s’embrouillent, les frontières disparaissent et la mondialisation et la globalisation s’organisent.
Le monde virtuel s’installe, prend ses marques et devient la réalité la plus fréquentée et la plus proche, il devient un réel plus vrai que le réel. Le virtuel n’est pas une illusion ni une fiction, il est devenu la réalité, une réalité abstraite et pourtant réelle et sur laquelle on construit notre monde et dont on dépend. Une réalité où l’on peut modifier les règles de base à tout instant et dont on ne maîtrise pas l’évolution.
Nous sommes entrés dans un monde nouveau, une nouvelle ère. Un monde inédit dont nous ne mesurons pas encore les données et les liens. C’est un monde que nous ne comprenons pas, que nous ne pouvons pas définir, un monde que nous ne pouvons pas penser, faute de moyens. Nos définitions ne correspondent plus à la réalité, elles sont restées en arrière, dans le monde ancien ou d’avant. Nous continuons à buter sur des problèmes de société comme la crise, le travail, l’égalité, l’exclusion, la spéculation, la liberté, la religion, la guerre, etc. parce que notre langage et son contenu de mots ne correspond plus à rien. Nous faisons comme si rien ne s’était passé. En réalité nous ne pouvons pas penser notre présent et notre avenir parce que nous n’arrivons pas à situer les problèmes là où ils doivent être situés. Notre langage ne correspond plus à ce qui est. Nos instruments ne fonctionnent plus, nos outils sont antidatés.
N’importe quel pouvoir, gouvernement ou entreprise, peut tirer partie de cette situation et ils en tirent parti. Nous maintenir dans ce décalage, c’est nous maintenir en même temps dans un monde qui n’est plus, dans un faux problème, dans un problème qui est mal posé. Il suffit de penser à la notion de travail avec ses implications, le chômage, l’égalité des chances, les délocalisations, les licenciements, l’actionnariat, les bénéfices, les profits, les stock-options et à la manière dont cette notion est exploitée afin de conforter un pouvoir qui sait que le problème est mal situé mais qui tire sa puissance de là.
Il fut un temps où l’on travaillait, on produisait et l’on se nourrissait avec le fruit de son travail, le salaire. Le rapport était direct. Ce rapport a changé. Il y a de nouvelles données économiques, la société s’est hyper structurée et hyper systématisée. Tout est lié à tout. Il n’y a plus d’isolement. Le rapport n’est plus direct. Un rmiste peut donner un coup de main ou travailler dans une structure sans percevoir de salaire. Comme rmiste il perçoit l’argent par l’État. Son gain ne dépend donc pas de son travail, du moins pas directement. Pourtant il joue un rôle, il travaille mais il n’a pas d’emploi. Le travail qu’il effectue sans rémunération est souvent d’utilité publique, comme le travail dans des associations qui aident par exemple les sans-abris et sur lesquelles compte le gouvernement. Cela veut donc dire que le travail n’est pas toujours rémunéré, que travail et emploi sont à distinguer et que l’argent pour vivre ne vient pas forcément du travail.
Il y a des gens qui sont inutiles, qui sont de trop et qui sont classés comme chômeurs ou rmistes. On dit qu’ils doivent être réinsérés sur le marché du travail. Seulement il y a un décalage entre les places de travail et le nombre de personnes qui veulent occuper ces places. Il y a trop d’hommes. Pour que le système n’explose pas, faute de définition qui permette de remettre le problème à sa juste place, on invente la création d’emploi, des places de travail artificiellement créées et pas réellement nécessaires afin que tout le monde travaille. On ralentit le progrès technologique afin de préserver un maximum de places de travail.
Selon une ancienne idéologie, tout le monde doit impérativement travailler, coûte que coûte. On dit que le travail, c’est la santé.
Le travail paraît donc comme une valeur morale plus que comme une nécessité de survie.
Mais cela n’est pas pris en compte.
Le pourcentage d’hommes inutiles, d’hommes de trop augmente. Que faire d’eux ? Il n’y a pas de travail. On dit qu’on ne peut pas payer de salaires à des hommes qui ne travaillent pas. Que faire, alors ? Les euthanasier ? Les exterminer ? En faire des esclaves?
On parle des chômeurs comme d’un problème qui va trouver sa solution d’ici peu. N’est-ce pas antidaté ? Ne doit-on pas plutôt parler d’hommes inutiles au système ? Et est-ce que les solutions sont les mêmes dans les deux cas ? Si l’on reconnaît et il faut le reconnaître qu’un pourcentage d’hommes non identifiés est inutile au système et le restera, qu’il y a trop d’hommes, que fera-t-on ? Il ne sert à rien alors de vouloir résoudre le chômage, de les réinsérer sur le marché du travail parce qu’il n’y a pas de travail. Il faut peut-être restructurer ? Il y a toujours un homme de trop. Mais qui ? Faut-il sélectionner la personne ? Ne faut-il pas inventer un salaire pour les non-travailleurs, en remplacement du chômage ? Et pourquoi continuer à vouloir arriver à bout du chômage, sachant que ce problème ne trouvera jamais sa solution?
Les puissances politiques et économiques en tirent partie. Le manque de définitions et par conséquent d’arguments entraînent la fin des droits élémentaires, droits d’accès aux soins médicaux, droit au chômage, etc. faute de moyens et afin de résoudre la crise économique. L’entreprise peut désormais disposer du peu de main d’œuvre dont elle a besoin à un coût minimum et sans faire de vrais contrats de travail, augmentant ainsi le profit de ses actionnaires. C’est la résurgence d’une nouvelle forme d’esclavage.
Il faut redéfinir le travail, l’emploi et le salaire et leur rapport et leur place dans la société.
Il ne s’agit donc pas de changer le monde mais d’actualiser les principes fondamentaux dans tous les domaines, sociaux, politiques, économiques, juridiques. Ils doivent être réajustés ou mis au point ou redéfinis afin de pouvoir forger à nouveau des contre-arguments dont on a si cruellement besoin et tout le monde en a besoin, l’entreprise, la politique, l’homme en trop.
Le mouvement Reboot lance donc un chantier de travail qui consiste à faire le jour sur ces réajustements.

- Art 2: Peut-on encore contester?
Le pouvoir médiatique, il est réellement question de pouvoir, devient le premier pouvoir ou la cible des pouvoirs puisqu’il a la capacité de créer la réalité. Non seulement il crée la réalité mais il a modifié notre schéma de pensée. Le pouvoir médiatique détient la communication et représente la place publique.
Les médias font office de ministère de la vérité, voilà ce que dit Orwell.
Le pouvoir médiatique nous a entrainé vers une espèce d’amnésie ou d’inertie cérébrale. L’information est essentielle à notre société et à notre liberté mais sous l’avalanche d’informations, on est devenu léthargique, passif. Les multinationales et la spéculation ont transformé notre humanité en donnée économique et se posent en tant qu’ennemis mais cela s’est fait avec notre collaboration. Par passivité et par manque d’esprit critique, on est devenu nous-mêmes notre propre ennemi. En vue de la promesse d’un bonheur absolu et d’une facilité de vie, on cède notre liberté et notre capacité à dire non. C’est si facile de ne rien dire. C’est si facile d’accepter.
Seulement cela nous dirige lentement mais très sûrement vers une espèce d’esclavage, la pire de toutes puisqu’elle est volontaire et quasiment exigée. Donner à l’État le droit de nous gérer et de gérer nos vies revient à donner à l’État un droit sur nous et ce droit est absolu. La demande de sécurité, de risque zéro, d’un principe de précaution absolu nous amène directement à un genre de totalitarisme. Cela donne également la possibilité au pouvoir de continuer à restreindre nos droits sans aucune contestation réelle. Et quel est l’avenir d’un homme inutile au système?
Le monde n’est plus un monde mais un système, tout est interdépendant et l’économie est au centre de ce système.
L’économie devient le principe fondamental selon lequel on se définit. Désormais on doit s’adapter à l’économie, une entité abstraite. Les fondements ont changé. L’homme n’est plus son propre principe fondamental mais une donnée économique, un vecteur économique parmi d’autres vecteurs économiques. L’économie est désormais au centre de tout, de notre perception, de notre pensée, de notre langage. On se définit par l’économie. L’homme se voit en entité économique. L’économie ne s’adapte plus à l’homme, c’est l’homme qui s’adapte à l’économie. Et que devient l’homme dans un système où il ne doit être que rentabilité, efficacité, bénéfice? Et que devient l’homme quand il n’est plus rentable?
L’économie va bien alors on est heureux. L’économie va mal alors il faut la sauver, la sauver coûte que coûte. L’économie, c’est le fondement. Pour sauver l’économie, il faut accepter des diminutions de salaire. La voiture dépend du pétrole. Même sans pétrole on continue à la fabriquer, sachant que cela pose des problèmes irréversibles à la planète. Sauver l’économie, peu importe les conséquences pour les hommes.
Et l’économie trouve son essor dans le virtuel. Elle devient insaisissable et incontrôlable. On ne sait plus où trouver l’ennemi. Il n’existe plus, concrètement parlant. Il se volatilise sans cesse. Les fonds changent de main virtuellement et avec une telle rapidité qu’on ne peut pas les saisir. Par conséquent, l’idée d’une révolution ou d’une rébellion ou même d’une simple manifestation ne sert plus à rien. On s’attaque à des fantômes, à moins de changer les manières mais cela exige qu’on revoie nos définitions et aussi les structures de notre société.
Obéissance automatique.
Donner à l’État ou au pouvoir un droit sur nous, en acceptant par ailleurs les contrôles et les fichages non-contrôlés sur les gens, conditionne l’habitude d’accepter un dirigisme dont la remise en cause se révèle de plus en plus difficile tant nous sommes habitués à obéir et à le faire automatiquement.
Il ne peut y avoir de contre-pouvoir sans argumentation. Pour accéder à une argumentation, il faut un vocabulaire précis qui prend en compte le changement du monde. Il faut forger des instruments qui soient des instruments de notre temps, il faut redéfinir un certain nombre de principes de base.
Il en va de la liberté et de notre capacité à être humain et non pas des hommes robotisés. Il s’agit de faire face à la déshumanisation.

- ART 3: Reboot déterre l’engagement artistique.
Il fut un temps où l’on parlait sérieusement d’engagement mais aujourd’hui l’engagement intellectuel n’est plus qu’un épisode de notre histoire. Aujourd’hui l’engagement est réservé aux idéalistes et comme on le sait, les idéalistes sont des rêveurs. On ne prend pas les rêveurs au sérieux.
Reboot revient donc à l’engagement et à sa possibilité. Il est temps de bouger.

- ART 4: Le mouvement REBOOT s’est donné pour tâche de réactiver ou d’ouvrir des pistes vers la réinitialisation du disque dur [interne de chacun d'entre nous.]
Le décalage entre les définitions et la réalité nous empêchent de poser les problèmes là où ils doivent être posés. Afin d’aborder les problèmes avec des données qui sont de notre temps, il faut une mise au point, un chantier qui tente de commencer ce travail sur les définitions. Il faut réinitialiser le disque dur.
Chaque écrivain, philosophe, chercheur, artiste, scientifique, informaticien, journaliste, hacker, etc. engagé dans la société ou le monde peut amener par son travail une mise au point de tout ce qui est en décalage.
Il y a de la confusion, un manque de discernement
Le pouvoir médiatique, possession des multinationales, a le pouvoir de créer la réalité. Cette réalité n’est pas stable ni continue, elle est modifiée selon un certain nombre d’intérêts à chaque nouvel événement, inventé ou réel. Le pouvoir médiatique, consolidée par l’informatique, a modifié la pensée qui ne fonctionne plus en continue mais en fragmenté. La mémoire n’existe plus au-delà de quelque jours, il n’y a plus de mémoire vive, seulement une mémoire historique. Comment penser quand on ne peut plus pense en continue?
Les essais des penseurs, souvent très lents et plutôt difficiles d’accès, sont remplacés par les livres d’actualité des journalistes, souvent plus rapides et plus efficaces et qui ciblent non pas l’esprit critique avec une possibilité de discernement mais les émotions.
La pensée fonctionne désormais par fragments mais ces fragments ne sont pas liés entre eux. La pensée fait du zapping, elle sautille et met tout au même niveau. Comment penser quand on ne peut plus penser un problème dans son ensemble et quand le temps pour le faire n’est plus?
C’est un problème auquel peut répondre par exemple la littérature, qui reste un endroit où penser en continue est encore possible, à condition d’accepter une littérature de fond, critique, une littérature qui ne soit plus seulement un amusement ou une histoire romanesque mais aussi un travail de fond, un positionnement sur le monde et donc sur la société. Cela nécessite de l’engagement.
Un certain nombre de problèmes sont toujours débattus en dépit de leur ancienneté. Ainsi on continue à faire vivre les vieux problèmes comme le racisme, la colonisation, la guerre, etc. Cela met en place une nouvelle forme de colonisation, la colonisation par le débat et en réalité c’est une manière de faire perdurer la colonisation. Comme ça on s’occupe et l’on n’en sort plus. Pourquoi ? Si s’en est fini avec la colonisation, pourquoi ne pas passer le cap et se concentrer sur autre chose?
Pourtant quelque soit l’endroit d’où l’on vient sur la planète, on a le même problème, des problèmes en commun, des problèmes qui sont mondiaux.
La spéculation, la famine, l’exploitation, le réchauffement de la planète, l’appauvrissement intellectuelle, l’oppression religieuse, le virtuel-réel. Qu’est-ce qu’un problème économique ? Y a-t-il un problème économique ? N’est-ce pas plutôt une idée fixe?
Africain ou scandinave, le nouvel esclavage est le même, le problème est donc pour tout le monde. On s’occupant de l’esclavage du 15ième siècle, on ne s’occupe pas de l’esclavage qui se met en place et qui se met en place faute de contestation.
En réalité aucun gouvernement ou puissance économique ne voudrait sortir de ce décalage. Ils peuvent en toute impunité continuer à faire travailler les gens à des salaires indécents, voir ne plus les payer, ils peuvent continuer à spéculer en paix sans se soucier de ces hommes de trop. Ils peuvent faire tenir la société, tout juste mais la faire tenir quand même et disposer d’une main d’œuvre pour rien, parfois gratuitement. Il s’agit de profits, de bénéfices, de rentabilité. L’économie doit survivre, coûte que coûte. Les énormités, autrefois inacceptables, sont acceptées. De toute façon, on ne peut rien y changer. Effectivement. Du moins pas tant que nous sommes dans ce décalage.

- ART 5: Le mouvement Reboot est un mouvement, la matérialisation d’un air du temps et non pas une association.
Il se veut un contre-argument (contre-pouvoir). Il se propose non pas de diriger des travaux ni d’aider qui que ce soit mais de fédérer les idées, réunir les travaux et les voix de tous ceux qui sont conscients de ces problèmes de base afin de faire émerger d’autres points de vues pertinents sur ces sujets.

- ART 6: Reboot ne se revendique d’aucun héritage culturel ou idéologique.
Les bases sont à réajuster, non pas à reprendre. Il faut ouvrir la réflexion sur demain et non pas sur hier. Il n’est pas possible d’avancer en s’arrêtant pour regarder en arrière. Ce qui était, était. Il faut savoir dire non aux héritages ou au passé quand cela nous amène dans une impasse. Reboot ne se réclame donc d’aucune orientation politique ni d’aucun héritage intellectuel.
Reboot existe et ne se déconsidère pas quant aux anciens. Qu’il ne soit plus dit que l’engagement était l’apanage des intellectuels d’autrefois qui savaient aller jusqu’au bout. Reboot se dit à l’égal de tous les mouvements intellectuels dans le temps et n’entre pas dans le jeu de la nostalgie. Il est question de résistance mais aujourd’hui la résistance ne peut qu’être une attaque, voir une guerre.

- ART 7: Il n’y a pas d’adhésion, ni d’inscription.
Reboot peut être utilisé comme l’espace commun de ces pensées qui ne trouvent plus un endroit où circuler et n’existera qu’en tant que lieu de référence. Il y aura un site où les idées pourront s’affronter et Reboot tentera de les faire entendre par les différentes voix d’artistes, d’écrivains, de philosophes, de scientifiques et aussi le monde de l’informatique, etc. Que cela soit un lieu public non-infiltré par les pouvoirs en place.

 

Lire le manifeste de Jean-Philippe Desbordes

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