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Logo du site La République du livre numériqueLa République du livre numérique (Bernard Morlino) - Mars 2013

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Un écrivain doit-il se vendre comme un paquet de lessive?

Charles Bukowski à Apostrophes

Pia Petersen nous met en présence d’un écrivain actuel qui s’aventure dans une téléréalité car de nos jours être publié dans la Pléiade est un enterrement de première classe. Plus on côtoie la médiocrité, le degré zéro de l’esprit, plus on touche le public qui pense que Goya est une chanteuse avant d’être un peintre.

La romancière, Pia Petersen, la plus Française des Danoises, n’aime pas la littérature bas de gamme qui s’abaisse dans le caniveau pour vendre le plus possible.

Il ne suffit pas de dire qu’on personnage a des flatulences pour le rendre réel.

Aujourd’hui, tout le monde publie sans presque plus écrire. Les têtes de gondoles sont des bouquins de présentateurs télés qui ont été écrits par des nègres. En 2013, le public illettré se rue sur les confidences d’une ancienne idole des jeunes dont la nouvelle biographie est signée par l’ex femme d’un autre chanteur pour minettes.

Petersen est dans le juste. Jadis les livres étaient écrits uniquement par des écrivains. Aujourd’hui, les vrais écrivains sont plutôt condamnés au silence dès lors qu’ils ne veulent pas s’éloigner de la parole écrite.

Quand il a cessé «Apostrophes», Bernard Pivot fit une émission vêtu d’une veste de music-hall rutilante qui signifiait que la lumière désormais n’était plus intérieure. Ce soir-là, l’actuel académicien Goncourt avait fait la satire de tout ce qui allait arriver. Avant Pivot, il y a eu «Lectures pour tous» avec souvent Pierre Dumayet comme présentateur. A cette époque-là c’était de la radio filmée. Les écrivains invités étaient souvent des monuments. Sous l’ère du noir et blanc seuls, j’insiste, les écrivains écrivaient! Pivot a invité les derniers dinosaures mais, lui, de manière moins austère. Depuis son départ du petit écran (de plus en plus grand), on ne voit plus que de pâles imitateurs. Aucun ne parvient à mener une émission de manière aussi vivante que Pivot. L’authentique journaliste littéraire savait en même temps mener l’interview tout en ne jamais perdre de vue que de l’autre côté de l’écran, on n’avait pas lu le livre. Pivot respectait les invités et les télespectateurs. Il a toujours fait province et jamais microcosme, à l’inverse de Michel Polac. Ce fut la clef de sa réussite audiovisuelle. Sa sympathie crevait l’écran. Il n’a jamais incarné l’élite prétentieuse. On reste tous nostalgique de ce temps-fort de la télé où l’écrivain pouvait parler sans être coincé entre une miss méto déluré et un comique au rire gras. Bien sûr, il y a France Culture mais c’est un ghetto culturel pour happy few. C’est barbant. On a l’impression qu’ils parlent devant une assistance qui a desserté les lieux. Je me sens toujours exclu de France Culture. Une très désagréable impression d’entendre des gens qui ont confisqué la culture. Bernard Pivot faisait exactement le contraire: il faisait entrer la littérature chez les Français qui n’y avaient pas accès. Il s’adressait autant à un cordonnier qu’à un médecin, ainsi de suite. Quand il a cessé de faire ses émissions littéraires, je me souviens très bien qu’il a dit qu’il n’aimait pas les écrivains du moment. Avant de tirer le rideau, il en a cependant invité quelques-uns. Je comprends son choix de l’académie Goncourt: c’est un retour au coeur de la littérature. Il n’y a plus le paraître.

En 2013, plus que jamais, l’important c’est d’hurler, de faire le buzz pendant quelques temps pour déclencher la demande immédiate du public. Ensuite, les marchands crient «au suivant!»

L’important ce n’est ce qui est dit mais qui le dit. Pour faire un best-seller il faut inonder les librairies, les grandes surfaces, que le livre soit accessible entre un paquet de lessive et le pâté pour le chat.

Trouvez un titre idiot que tout le monde peut retenir, ennsuite vous serez soutenu par des gens qui ont besoin du néant intellectuel pour toucher le plus grand nombre, ceux qui n’ont jamais lu de vrais livres.

Dans le but de plaire à la masse, il faut être vulgaire au maximum.

Et Pia Petersen dans tout ça? Si l’on fait un focus sur son visage, on s’aperçoit qu’elle a les yeux vairons, un bleu, l’autre marron.

Cette coquetterie provoquait l’exclusion dans son enfance. Elle n’en est jamais sortie.

Le thème de la biographie de quelqu’un qui n’exista pas est un sujet de prédilection pour les auteurs. On pense à Ronceraille de Claude Bonnefoy, et à l’écrivain inventé par Steve Milhauser: le romancier américain considéra important un auteur dès sa naissance! Ou encore bien sûr à Romain Gary qui a poussé le canular jusqu’à la création d’Emile Ajar au risque de se brûler complètement les ailes.

«Albert Dunkel n’a jamais existé (…) C’est le pseudonyme d’Albert Hell» écrit d’emblée Michael Siefener, 52 ans, né à Cologne, dans un livre qui fait écho à celui de Pia Petersen. Le romancier nous dresse la biographie de son personnage qu’il fait naître le 13 janvier 1958, à l’hôpital évangélique de Weyertal: «Il gelait à pierre fendre». Au lycée, il commence par écrire des poèmes avant de s’intéresser «de plus en plus près au monde de l‘invisible». Ce qui va l’entraîner très loin. Quand il passe à l’acte, franchi la ligne blanche mais pas celle de la marge de ses cahiers il se retrouve devant le tribunal, à force de remplacer l’encre par le sang, celui des autres. Pour sauver la face, son avocat demande l’internement dans un asile de timbrés. Ce qui fut fait sur les hauteurs de Bonn. La mort viendra le cueillir comme on arrache la mauvaise herbe dans un champ de trèfle à quatre feuilles, ce qui n’est pas banal. Il avait trente ans, presque l’âge de l’autre. A trois ans près.

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