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ART

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ENGAGEMENT(s)
Un projet en collaboration avec Delphine Delas

AMITIÉ LITTÉRAIRE

idier taniere

Dernier livre de Nicolas Idier, entretien avec
Arundhati Roy, célèbre écrivaine et militante indienne

AMITIÉ LITTÉRAIRE

Adrian Æ - Philippe Raymond Thimonga

Dernier roman de Philippe Raymond Thimonga,
Adrian Æ

 

 

 

 

AMITIÉS LITTÉRAIRES

 

mabanckou rumeursadrian aefleurs marcoidier tanieretrain fioretto

 

 

Logo des éditions Herodios

Elle se lance

Philippine Cruse

Un pied à Paris, un pied à Lausanne, Philippine Cruse, qui a été libraire, organisatrice de festival, rédactrice
puis attachée de presse de De Fallois, lance Herodios (le héron en latin), diffusée et distribuée par Harmonia Mundi.

Le Cri

Denis Michelis

Brigitte Bouchard et Manon Frappat ont eu la brillante idée, en ces temps de confinement,
de créer un BLOG où les auteurs de Notabilia publient régulièrement des textes INÉDITS...
Denis Michelis se lance dans une Histoire d'Ado un brin PARANO,
contraint d'aller se confiner chez ses grands parents masqués...

 

 

 

AUTEUR

Adrian Æ - Philippe Raymond Thimonga - Serge Safran Adrian Æ - Philippe Raymond Thimonga - Serge SafranAdrian Æ

Philippe Raymond Thimonga

 

En 1953, dans une célèbre maison close de Los Angeles, Ad, un jeune scénariste disciple de Fritz Lang, rend visite à la plus belle femme de son temps : Ava Gardner. Plus tard, dans un futur proche, au sein d’un laboratoire, une voix nous interpelle pour nous faire de troublantes confidences… sous la surveillance de deux observateurs impliqués dans ce qu’ils nomment le « projet Adrian ».
Roman d’une passion autant que d’une expérience, enlaçant les vies d’Ava Gardner et d’Adrian Experi, Adrian Æ propose de croiser, non sans mystères ni humour, la société de l’image hier fabriquée par Hollywood… et l’homme aujourd’hui réinventé par ses nouvelles technologies.

 

Éditions Serge Safran

 

 

 

 

Récit des failles

Extrait

Philippe Raymond-Thimonga

Histoire de ma maison

 

J'habite une maison bien droite au bord d'une ville étendue au nord d'un pays situé à l'ouest de l'Europe. Il y a longtemps, vers 1840, un cousin, pas le mien je veux dire le cousin de quelqu'un d'autre, un cousin est parti de sa province pour tenter sa chance à Paris. Il ne voulait plus être paysan. Il n'en pouvait plus. Aussi, pour tenir la distance, il a bien rempli son sac de jambons et il a pris la route. Il s'appelait Collard. Lucien Collard. La maison que j'habite ( ainsi que celles alentours – un ensemble de trois bâtiments ) a été construite par lui, ses bras, sa femme, leurs enfants et leur kyrielle de petits-enfants... pierre à pierre construite par leur descendance... jusqu'à Madame Shaw. La toujours jeune et délicieuse Madame Shaw. 94 ans aujourd'hui. Ma voisine.

L'histoire que je vais vous rapporter maintenant est donc celle de Collard, le désormais fameux Lucien Collard, l'histoire des femmes et hommes aussi qui pas à pas, dos à dos vers la seconde moitié du dix-neuvième siècle ont bâti l'avenue en étoile où il a choisi, où il a jugé malin, Lucien Collard, de poser la première pierre d'une maison dressée sur ces hauts quartiers champêtres de la capitale, puis l'histoire de ses descendants et donc logiquement histoire des ascendants de la toujours jeune Madame Shaw, qui eut elle aussi une vie bien remplie, en Afrique notamment après la Seconde Guerre mondiale, où elle suivit son mari et éleva un temps ses enfants avant de revenir en Europe, après tout, en France, pourquoi pas, tiens à Paris au début des années 60 dans cette maison attachée à un groupe de trois bâtiments légués par sa famille, et dans laquelle, à peine quelques décennies plus tard, au 5e étage, je vins un beau jour habiter... par hasard... comme toujours.

C'est là, maintenant, au cinquième étage près de la fenêtre claire, que j'écris ces lignes où je m'apprête à faire scrupuleusement l'inverse de ce que j'ai annoncé : je ne vais pas raconter cette histoire. Non, je ne la raconterai pas. Non pas qu'elle ne soit vraie, d'ailleurs, ni forte, ni belle ou émouvante à raconter, cette histoire... Non ce n'est pas pour ça. Simplement parce que tout récit basé sur la relation exacte de faits réels m'ennuie, ami lecteur... visiteur... m’ennuie... mais m'ennuie...
Au-delà du possible.

 

 

Æ

 

 

Trois villages de pierre
sous une structure d'eau

 

 

Æ

 

 

L'au-delà du possible qui seul (probablement ?) m'intéresse.

 

 

Æ

 

 

C'est  sans  doute  pourquoi jusq'ici
je n'ai pas beaucoup parlé du Covid
19    :    immense    monde   matériel
dépeuplé  par   petit   être  invisible

 

 

Æ

 

 

La Terre malade de l'homme

 

Comme si
...quelque part dans l'univers notre planète avait soudain voulu se débarrasser d'une espèce entière par le biais d'un petit être invisible... provoquant aussitôt un regain de sa nature et le réveil de son monde animal... alors qu'en ce lumineux printemps 2020 dans les villes sidérées des religieux officiaient devant des temples vides... où Dieu même avait souhaité ne plus être... d'où même Dieu avait désiré fuir... prendre l'air ...
                      enfin dehors devenu pur.

 

 

Æ

 

 

Bande de Möbius

 

Les trois religions monothéistes forment parmi les hommes des œuvres étranges et magnétiques qui se rejoignent sans jamais se compléter
                   intimement elles se rejoignent sans faire semblant de s'unifier et plus de trois mille ans plus tard nous ne savons toujours pas pourquoi.

Sinon, selon l'usage, les trois religions du Livre produisent aussi de parfaites idéologies totalitaires. Et chacun sait très bien pourquoi !

 

 

Æ

 

 

Trois villages de pierre avec
feu sous une structure d'eau

 

 

Æ

 

 

Axiome

Haines racismes et autres rejets de l'autre

 

Il est parfois difficile aujourd'hui dans nos sociétés globalisées et identitaires d'échapper au double piège de la sur ou sous estimation du racisme. Double risque menant au même résultat affligeant de son renforcement. Un fait toutefois demeure incontestable :

dans n'importe quelle société et sous n'importe quel climat tout individu appartenant à un groupe dévalué devra pour s'insérer manifester plus de qualités que ne devront en faire preuve la moyenne des individus appartenant au groupe dominant

Fait n'entrainant pas toutefois que des leaders un peu énervé. e. s prétendant combattre le fléau universel du racisme ne basculent à leur tour dans une exclusion du Non Noir ( allez ne soyons pas effarouchés et osons prononcer le mot du stigmate : le Blanc : invalidé pour dénoncer le racisme par sa couleur même), à leur tour ne basculent dans une haine circulaire incroyablement régressive et contre-productive.

 

 

Æ

 

 

Les cloches

 

Les hommes sont des cloches.
Nous sommes tous des cloches.
De grosses, légères, lointaines minuscules fragiles ou monumentales mais tous des cloches.
Les hommes sont des cloches qui sans savoir, sans pouvoir, se balancent entre deux réalités, se balancent dans le vide entre deux falaises de l'absolu, un bref instant se balancent entre les bornes du tout et du néant.
Et qui résonnent.
Et qui, les homm. e. s, ensemble ou séparément,
résonnent.

 

 

Æ

 

 

Paris, dans la nuit du 14 au 15 avril 2019.

 

L'incendie de Notre-Dame

 

Pas de mots.

 

 

Æ

 

 

Car nous ne vivons plus parmi des pays déchirés toi et moi
vivons mêlés désormais dans un même et déchirant pays.

 

 

Æ

 

 

Paris, dans la nuit du 8 au 9 avril 2020.

 

Trois villages de pierre
avec feu
sous une structure d'eau

 

Cette nuit j'ai rêvé que j'entrais dans une pièce où se trouvaient sur des socles ( au milieu d'amis parlant dans la pénombre, parlant, bougeant et parfois regardant ) trois villages de pierre éclairés d'une lumière vive comme du feu, trois villages de pierre chacun posé au creux d'une structure entièrement composée d'eau.

Trois villages logés dans un cube ( ou parfois une coupe ) uniquement constitué d'une eau pure frémissante et solide.

Pour nous autres invités qui nous penchions sur ces œuvres d'une sculptrice contemporaine, je crois, compagne d'une amie écrivain peut-être, l'éclat de ces apparitions était immédiat : irradiant : inexplicable.

Alors nous sommes demeurés là.
Nous sommes restés là sans parler devant ces trois « objets » composés de pierre de feu et d'eau : muets devant ces présences sans nomination mais dont la saisissante beauté se trouvait, là, simplement, devant nous.

 

 

Æ

 

 

On ne vit jamais à la hauteur de ses révélations.

 

 

Æ

 

 

Embarquons vers l'extrême
contemporain
médiatique et hanté par tous les fantômes
de la transparence

 

 

Æ

 

 

New Technology

 

Entre le programme et le destin, entre l'empire du contrôle et la vie cousue de mort indéchirables, entre le règne sans partage du calcul et le vol indécis du destin... la caresse trouble planante et incertaine du destin
                             je choisis le destin.

 

 

Æ

 

 

Ces textes sont issus d’un livre de poésie en cours :
Récit des failles

A paraître le prochain roman de Philippe Raymond-Thimonga :
Adrian Æ
éditions Serge Safran
janv / fév 2022.

philippe recit failles capture

Fleurs

 

Fleurs de Marco MartellaFleurs de Marco Martella

Marco Martella

Le gorille dort toujours
la tête dans un nuage de roses

Pia Petersen

 

 

      Le dernier opus de Marco Martella vient d’arriver, il est là, sur mon bureau et il m’attend. Je ne rédige pas de billet d’habitude. Pour un écrivain, c’est souvent compliqué. Mon cercle d’amis se compose principalement d’écrivains et comment leur expliquer que je bricole un petit quelque chose pour un écrit et pas pour un autre? Comment expliquer que le choix d’écrire une chronique ne se fait pas en fonction de la qualité d’un travail ou d’une personne mais plutôt d’après l’affinité d’un contenu?

      Il se trouve que j’ai une connivence avec les pensées de Marco Martella qui est, de surcroît, l’un de mes amis. Sa tournure philosophique, ses contemplations et cette manière qu’il a de dériver me plaisent et m’interpellent. J’aurais voulu pouvoir écrire comme ça, m’abandonner à la poésie des fleurs ou des mots. Hélas, malgré moi, je construis tout en problème, je conceptualise et deviens inéluctablement politique.

      Marco ne publie pas beaucoup mais quand l’un de ses bouquins arrive, je me jette dessus avec l’attitude d’un toxicomane. Sur fond de virus et de restrictions et de confinements, avec un sentiment d’oppression permanente et la perte de ma liberté personnelle, je découvre avec joie son récit. Ou roman. Ou roman articulé comme un récit. Ce n’est pas un polar. Peu importe ce que c’est. Je sais que de page en page, je pourrai librement respirer cet air d’intemporalité qui ajoute de la richesse à sa pensée, à ses émotions, à ce qu’il partage avec nous. Pas de flic qui m’inflige une amende parce que je me suis éloignée à plus d’un kilomètre. Pas de liste de ce que j’ai le droit d’acheter ou non. Rien ne peut m’empêcher d’entrer dans sa poésie de fleurs pour écouter discrètement, en marge de son univers, ces conversations qu’il aurait pu intituler Dialogues autour des fleurs, des livres et des fantômes et qui, rien que pour ça, me font marcher au fil du récit.

      Je commence invariablement les romans de Marco comme le début d’une lente dérive, une promenade dans une bulle, dans un espace de respiration, d’un moment où je suis en rapport avec quelque chose qui me semble aussi important qu’essentiel. Loin de moi les bruits de la ville, les vies agitées des gens qui courent sans savoir pourquoi. Le désir de destruction et de mort qui structure l’histoire humaine s’éloigne pour laisser la place à la vie. Sentir le souffle dans mon corps, la pulsion de la pensée et l’imaginaire, me laisser aller à la découverte de toutes ces choses qui vivent, qui se sont créées dans une forme de chaos logique et ordonné selon des principes dont je ne sais pas grand-chose, que je ne connais que peu mais que je me représente et imagine en créant à partir de ces univers des métaphores à l’infini.

      Posant le bouquin de Marco, je me rends compte que depuis j’écris, je lis campé devant mon ordinateur, avec une feuille vierge ouverte sur mon écran sur laquelle je peux consigner les pensées qui, je l’espère, couleront de ma rencontre avec le texte. Des impressions d’exaltation, aussi d’incompréhension, ou d’ennui. Les moments d’agacement ou d’ennui sont capitaux dans un texte. Qu’est-ce que l’ennui, si ce n’est un intervalle, nécessairement vacant ? C’est là où l’on s’interroge, qu’on se détache de sa lecture pour devenir un vrai participant au texte. Quand le texte déborde de son cadre pour prendre vie. Il n’y a rien que je déteste autant qu’un écrit parfait. Je sens à chaque fois un espace carcéral qui ne m’accorde aucune marge, qui ne m’incite pas à prendre mon envol. De l’ennui naît la liberté.

      Les écrits de Marco possèdent et transmettent une magie qui me pousse à la lecture. Cela ne veut pas dire que je ne lis pas. Je lis sans interruption mais principalement des essais en rapport avec le projet d’écriture sur lequel je travaille. Avec le roman de Marco, je renoue avec un plaisir innocent de lecture. Je ne cherche rien de spécifique, ne veux pas extraire à tout prix du sens, je ne tente pas de confisquer le texte pour le soumettre à mes désirs. Je m’abandonne à l’atmosphère et déambule dans la forêt.

      Assise sur mon tronc d’arbre dans le Bois de Vincennes, lisant comment Dorothy Paz disparaît dans la forêt de Corcovado, je perçois le silence presque complet de ma forêt pourtant extrêmement bruyante. Depuis l’arrivée du virus, elle est prise d’assaut et abrite des orgies et des fêtes, des raves parties, des déjeuners familiaux et des ébats sexuels. Partout, des masques jetés sur les herbes et les ronces, des capotes pleines de sperme et d’excréments, des seringues, des plastiques, des mouchoirs de papier nimbés d’étrons laissés par ceux qui se soulagent derrière les buissons, les cartons des fast-foods, des bouteilles en plastique, en verre et des cannettes, beaucoup de cannettes.

      Et il y a ma clairière.

      Je l’ai découverte par hasard. Les troncs d’arbres tombés, couverts de mousse et de lierre et des feuilles mortes forment un tapis épais. Les arbres sont éparpillés, espacés et pourtant, au-dessus de ma tête, leurs cimes sont tellement en expansion qu’ils se joignent et se touchent et créent un effet d’ombrelle. Un dôme naturel où très peu de lumière passe. Le silence est profond, épais et impénétrable. L’étouffement des sons rend à ce moment précis hommage à la magie et je remercie les mots de ce récit de me permettre de le sentir et d’en être consciente.

      Je me souviens de ma première rencontre avec Marco sur L’île Verte où il travaillait. En m’expliquant en quoi consistait son travail, en m’introduisant dans sa passion pour les jardins, il m’avait ouvert des portes et un lien différent à cet espace libre qu’est le jardin et par extension, la forêt a germé en moi. Penser nécessite la distance, le silence, l’air libre.

      Aujourd’hui, en ce moment même, emprisonnée dans le présent par un virus, privée de mon avenir, je vis sous un masque. Penser avec cette muselière qui dresse une barrière devant ma bouche et mon nez ne peut que faire naître des idées contrariées, coléreuses, réduites, mal articulées, une poésie sans circulation qui peine à cause d’un manque d’air.

      Je sais que dans quelques mois, je serai ailleurs, dans la ville, dans un aéroport, dans un café et je sortirai le roman de Marco de mon sac pour retracer ce moment magique où les bruits sont étouffés, où je respire à pleins poumons. Un instant d’imagination libre, qu’aucun ordre social ou confinement ne peut entraver. Un endroit hors du temps où l’idée d’être en paix avec soi-même n’est pas si absurde, où le cynisme se repose, où la méfiance envers la vie se laisse oublier.

      Je découvre le personnage de Pia Petersen qui, d’après Marco, n’est pas moi, seulement elle porte mon nom et donc le représente. Ou est-ce moi qui représente son nom à elle ? Très vieille, son visage est dur et ridé et elle écrit des récits froidement mélancoliques. Je me rassure en me disant que je ne suis pas si vieille que ça, pas encore. Je me rends compte que j’énumère tous les détails qui me distinguent de ce double romanesque qui utilise mon nom et qui d’une certaine manière m’identifient. Avec le temps, je vais forcément la rattraper et me voir dedans comme dans un miroir. Le portrait de Dorian Gray rattrape toujours le temps. Quoique. Je n’ai jamais porté la graine de la mélancolie en moi. Ce personnage n’est pas moi. Ceci n’est pas une pipe. Je continue ma lecture et me retrouve au Danemark, dans une ville que je ne connais pas, qui s’appelle Ringkøbing et dont l’église en briques rouges m’inquiète. J’ai un oncle qui s’appelle Jacob et qui hérite d’un jardin. Tant d’impressions qui montent à la surface. Je suis un peu surprise de lire comment l’ordre parfait des fleurs et des arbres provoque des bouffées d’angoisse, accompagnées d’une extrême solitude. Il faut être un écrivain comme Marco pour restituer l’effet de ce pays, mon pays natal, si difficile à saisir parce qu’on ne peut y accéder que par la langue, reflet d’une société obsédée par l’ordre ordonné et parfait dans tout et le principe de précaution.

      Devant mon ordinateur, je poursuis mon errance à travers le roman, à la découverte des odeurs de fleurs, les espaces sans limites où l’imaginaire peut voyager à l’infini. Je découvre une galerie de personnages et leur lien au jardin, comme Teodor Cerić, l’écrivain Enrique Vila-Matas et Annamaria Tosini. J’oublie le virus, la perte de ma liberté, l’angoisse d’être en prison et je respire à nouveau librement…

Fleurs, de Marco Martella, publié par Actes Sud,
collection Un endroit où aller, dirigée par Evelyne Wenzinger

Rumeurs d'Amérique

 

ALAIN MABANCKOU

Alain Mabanckou à Los Angeles - Le Point

Le portrait d'une autre Amérique

Ici, je me suis fondu dans la masse, j’ai tâté le pouls de ceux qui ont ma couleur, et de ceux qui sont différents de moi, avec lesquels je compose au quotidien.
Certains lieux, de Californie et du Michigan, me soufflent leur histoire car je les connais intimement.
D’autres me résistent, et il me faut quelquefois excaver longtemps pour voir enfin apparaître leur vrai visage. Mais ce périple n’a de sens que s’il est personnel, subjectif, entre la petite histoire et la grande, entre l’immense et le minuscule. Et peut-être même que, sans le savoir, j’entreprends ici ce que je pourrais qualifier d’autobiographie américaine, entre les rebondissements de l’insolite, la digression de l’anecdote et les mirages de l’imaginaire.

Le Circle Bar se trouve sur Main Street, à Santa Monica, en allant vers Venice... Malgré l'éclairage rutilant qui jette une ambiance électrique, les photos anciennes accrochées aux murs, de manaière étudiée, donnent un cachet littéraire à l'endroit. Parmi les anciens clients de l'établissement, on reconnaît sans mal Jim Harrison et Truman Capote...
C'est sans doute pourquoi j'y ai emmené mon amie de longue date Pia Petersen, dès son premier séjour chez moi, à Santa Monica.

Pia projetait d'écrire une fiction dont la trame se déroulerait à Los Angeles. Elle ne se reposait pas une minute, voulant tout voir, tout photographier afin d'accumuler le plus de matériau possible pour la précision de son entreprise romanesque.
N'ayant pas le permis de conduire, elle empruntait les bus, marchait sur des kilomètres, s'égarait, m'appelait à la rescousse, et je la retrouvais parfois dans des lieux que je foulais pour la première fois...