Sur la route again

 

Guillaume Cherel

 

 

Sur la route again - François Cherel - Éditions Transboréal

 

 

Cinquante ans après Jack Kerouac, Guillaume Chérel parcourt, dans le même esprit et avec un regard aussi décalé, la route qui rendit célèbre la figure emblématique de la Beat Generation.
Durant trois mois, de New York à San Francisco, en passant par Chicago et Denver, en véritable « vagabond des étoiles » du XXIe siècle, il bourlingue, vibre, jouit, observe et note…
À travers ce remix, il établit un dialogue – grave ou comique – avec son illustre prédécesseur, auquel il se mesure dans une lutte littéraire et fraternelle. Ce que Neal Cassady fut pour Kerouac, ce dernier l’est pour Chérel : un compagnon de voyage « solaire », sauvage et frénétique, une source d’inspiration, de style et d’attitude.
Dans l’Amérique d’Obama et des homeless, le voyageur prouve qu’il est encore possible de tracer sa propre route, d’en goûter l’ivresse et d’en savourer l’immense liberté.

Éditions Transboréal

 

 

 

 

 

PRÉFACE PAR COLUM MCCANN

 

 

«Lorsque Guillaume Chérel a passé le seuil de mon appartement, à New York, et que nous nous y sommes installés pour parler – des écrivains de la Beat Generation, de langage et de sens, de voyages –, nous savions tous deux que son périple à lui n’était pas encore achevé. Suivant la route de Kerouac, il avait traversé l’Amérique de long en large, et franchir ma porte marquait une sorte de point final à son odyssée. Mais, lui comme moi, nous avions bien conscience que ce n’en était pas l’épilogue car rien n’est jamais vraiment terminé. Les destinations se dérobent. Le début et la fin de la route finissent par se confondre. Pour la plupart, les bons voyageurs ignorent où ils vont. Et les meilleurs d’entre eux ne savent même pas d’où ils viennent.
J’ai ouvert la porte, Guillaume est entré, traînant derrière lui l’ombre de Kerouac, et c’est avec plaisir que je recevais ces deux hommes. Entrez, entrez !

Guillaume et moi sommes restés à deviser tout au long de l’après-midi et jusqu’au soir alors que, dehors, la lumière d’été commençait à étirer les ombres et qu’entre nous naissaient de nouvelles histoires. Il m’est soudain apparu, tandis que nous discutions, que l’un des plaisirs d’avancer en âge est cette capacité à se retrouver en divers endroits au même moment : les souvenirs de mon propre voyage sur la route ont ressurgi, quand, à bicyclette, j’avais sillonné le grand kaléidoscope américain, un périple de 8 000 kilomètres à travers plus de quarante États. J’ai repensé à des choses enfouies depuis très longtemps et commencé à les revivre.
“On ne racontera plus jamais une histoire comme si cela devait être la seule.” Ainsi que le suggère John Berger, dans chaque récit, c’est une double occasion qui s’offre à nous : celle de se souvenir et celle de réinventer. Nous vivons à la fois dans le passé et le présent, tout en composant aussi les alternatives à notre avenir.

Guillaume m’a raconté qu’il avait suivi la route de Kerouac de Chicago à Des Moines, ralliant ensuite Denver, puis San Francisco et le Mexique pour revenir enfin à New York, traversé ce pays qui, aujourd’hui comme hier, vivait les prémices d’une grave dépression économique mais le parallèle s’arrêtait là, bien sûr : la route avait changé et, avec elle, les histoires qu’elle véhiculait, leur signification. Le rouleau de Guillaume Chérel est un remix moderne de celui de Kerouac, une façon de le repasser dans la machine à écrire en y gravant aussi l’écho du XXe siècle. Cette nouvelle route ne peut pas ne pas être comptable des temps que nous vivons actuellement.

D’instinct, Guillaume sait que l’on ne peut faire l’impasse de l’expérience. Du mouvement naît la joie. Les gens veulent bouger, ont besoin de bouger. Et il faut que leurs histoires aussi suivent le mouvement, qu’elles aillent à la rencontre de ces autres qui sauront s’en saisir, se les approprier et les transmettre à leur tour. Nous sommes tous des romanciers, en vérité. Nous avons tous des histoires à raconter. Nous sommes tous, toujours, sur la route. »

 

 

Il faut garder dans sa main
celle de l’enfant que nous avons été.

 

Miguel de Cervantes