Enfin un roman qui sort des sentiers battus !

Erik Poulet-Reney
Mars2026


Enfin un roman qui sort des sentiers battus,
dont l’audace et l’originalité ne pourraient laisser personne indifférent !
Dog Fiction de Pia Petersen, d’origine danoise, mais toujours entre un vol pour Paris et un autre pour Los Angeles, nous entraine avec elle, au fil des pages, là où l’on s’imaginerait par endroit, assis dans le train fantôme d’une foire sur une planète parallèle, entre d’étranges surprises et une part d’effroi.
Orlando et son associé Quentin, tous deux grands scientifiques spécialisés à Los Angeles, dans la chirurgie esthétique, plastique et réparatrice, osent un projet fantasque et révolutionnaire pour changer le monde et l’ordre établi de la création. Dans un laboratoire équipé d’un matériel médical performant, ils seront financés durant cinq ans par un milliardaire nommé Busk, dont la consonance identitaire n’est pas sans évoquer en filigrane celle d’un autre Américain aux multiples pouvoirs. Humaniser les animaux s’inscrit dans ce programme, lequel, à terme, divisera nombreuses communautés, associations, réactionnaires, complotistes, religieux extrémistes et porteurs de vérité… Orlando choisit son chien Yoda, récupéré dans une rue de son quartier, après avoir établi avec lui un lien fusionnel. Le narrateur de ce roman, n’est autre que lui, cet animal doté du pouvoir inné de réfléchir, d’observer, d’analyser les faits et gestes des humains et l’essence même de tous leurs défauts, mais aussi de leur génie en matière de recherche.
Quel sera donc l’itinéraire de Yoda au sein de ce monde ? Comme dans cette légende japonaise, il sera transposé dans le rôle du Jinmenken, cette créature avec un corps de chien et une tête humaine. Il parlera le langage des hommes et le comprendra. Yoda deviendra une curiosité humanoïde. On lui a façonné un visage à la peau brune, avec une bouche et un nez à la place du museau, ses yeux sont plus proéminants et ses oreilles sont réduites. Certains crient au scandale, à l’horreur personnifiée !
Et si ce cheminement chaotique était finalement à l’image d’une bête de foire, comme à une époque, certains se précipitaient pour payer et voir Joseph Merrick qui inspira le film Elephant Man, cette réflexion sur la dignité et la différence ?
Et si ce chien beaucoup trop docile, voyait sa curiosité et ses nouveaux avantages, trahis par la récupération mercantile d’inopportuns ?
L’originalité de l’autrice, outre la densité de son imagination, dans la cour d’Orwell et compagnie, elle transpose dans le cerveau de son personnage canin, des questionnements intellectuels, existentiels et philosophiques avec un raisonnement argumenté de culture et intelligence. Yoda est aussi prédisposé à lire, enregistrer et interpréter.
Et l’on s’imagine Sartre, écrire L’existentialisme est un humanisme… On doit aussi à Pia Petersen une fidèle description de la faune hétéroclite des cours de miracles observées dans ses pérégrinations aux Etats-Unis, l’univers de ces lieux ouverts à tous les possibles.
Ce roman page-turner bouscule déjà les étagères des libraires, outre sa couverture flamboyante, il nous réconcilie avec la fiction qui ose heureusement s’inviter là où l’autofiction, ces dernières années, envahit les tables de chevet.
C o u l e u r P a p i e r
