Un apologue
qui a du chien !


Fabienne Leloup
Mars2026


Le roman s’inscrit dans la tradition de l’apologue, un genre littéraire né dans l’Antiquité gréco-romaine et considéré comme noble, voire « divin » par La Fontaine, qui en attribue l’origine à Platon. Ce dernier, bien qu’il souhaite bannir les poètes, fait une exception pour Ésope, valorisant l'apologue pour sa dimension didactique.
Pia Petersen, forte d’une formation philosophique, pose systématiquement une question à ses lecteurs à chaque roman. Dans Dog Fiction, elle interroge : que se passerait-il si l’on pouvait greffer un visage humain à un chien et lui donner la parole ?
L’apologue de Dog Fiction adopte une forme polymorphe, débutant comme un conte moderne : « On dit qu’à Los Angeles tout est possible, le meilleur comme le pire ». L’utilisation du comparatif « comme » introduit également le lecteur dans l’univers de la fable, puisque le personnage principal, Yoda, est un animal qui parle à la première personne.
Le récit évolue ensuite vers une dimension mythique, s’appropriant des éléments du mythe de la métamorphose et ses ramifications avec les figures de Pandore, du Sphinx et de Prométhée.
À l’image de Platon, et plus récemment Kafka cité en épigraphe, Pia Petersen propose une histoire où, si la « beauté est un mythe », les frontières entre animalité et humanité demeurent une question centrale.
Le héros, Yoda, un chien, rêve de devenir humain. Dans ce récit teinté de merveilleux, la « bonne fée » prend la forme d’un magicien de la chirurgie esthétique, Orlando Samson, qui, avec son collègue Quentin Desouches, parvient à « faire parler la nature ».
Le récit met en scène des adversaires puissants, tels que des multimilliardaires de la Silicon Valley ou des religieux, et développe une structure narrative bien plus complexe qu’une simple allégorie. Un fragment en italiques dans les premières pages fait ainsi écho à un événement tragique survenant ultérieurement.
Par ailleurs, l’écrivain propose un jeu avec le lecteur, une sorte de rébus moral car il est incité à lire de manière active, à réfléchir par exemple sur la liberté de disposer de son corps, celle de pouvoir débattre d’un sujet avec « un débordement passionné » sans être obligatoirement « diagnostiqué névrotique et offensant et dangereux »
Y-a-t-il une morale ?
La question de la morale est centrale dans le récit, qui invite le lecteur à s'interroger sur la liberté individuelle et sur la possibilité de disposer de son propre corps.
Ainsi, la morale du texte ne se présente pas sous une forme traditionnelle : elle réside dans la réflexion sur les limites entre animalité et humanité, et dans la capacité à discuter librement des sujets qui touchent à l’essence même de l’être et de l’identité.
Les êtres humains sont humains et restent humains s’ils utilisent les ressources du langage pour transmettre des informations, communiquer et peut-être inventer les mythes qui leur permettent d’éveiller leur imagination et leur capacité à se projeter dans le futur, sans subir un cauchemar éveillé où tout « manque de réalité » comme à Los Angeles, la ville emblématique de l’artifice.
